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THAYAQOUT ou «La Perle rare» – Partie III – FIN – Une perle bien cachée


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Quatre ont eu trois réponses exactes sur dix, quatre n’ont élucidé que deux énigmes et l’une des jeunes filles n’a pas daigné participer à ce jeu car elle n’a marqué aucun point ! Mais ce n’est plus à moi de conclure cette séance divertissante, mais à notre charmant prince qui est le véritable maître du jeu !»

Le prince se mit debout et après un moment d’hésitation il parla si doucement que tous étaient obligés d’écouter attentivement son discours :

«Mon cher Akuk, je te félicite pour ton jeu si subtil et si divertissant ; malgré la difficulté de quelques unes de tes questions je suis certain que tous ici ont passé comme moi un agréable moment. Je tiens à féliciter nos candidates si courageuses et il faut l’avouer, peu d’entre nous auraient fait mieux qu’elles. Comme j’ai l’honneur de présider cette cérémonie, j’aimerai dire un secret merveilleux que la nature m’a appris : ce sont parfois les fleurs les plus anodines, celles qui sont dénuées de charme et de couleurs vives qui exhalent les parfums les plus suaves ; les pierres précieuses également, l’or, les rubis et les diamants, ne se trouvent t -ils pas dans la boue, au creux de la terre et dans les remous des torrents ? A plus forte raison l’être humain recèle aux tréfonds de son âme ce qu’il a de plus beau en lui : la bonté, la patience, le courage, la sagesse, la liberté de l’esprit et la force du pardon, l’espérance et l’amour surtout sont des qualités précieuses, invisibles à l’oeil nu, des trésors inestimables et impérissables que l’on ne peut ni acheter, ni imiter, ni déguiser sous des vêtements d’apparat, hériter avec la couronne d’un roi ou trouver dans les pans des robes immaculées des prêtres.

Seules la providence, les épreuves de la vie et l’attention de parents vertueux peuvent nous prodiguer ces richesses toutes intérieures… Tout ceci vous le saviez, mais je tenais à l’exprimer avant de clore ce jeu. Maintenant, y a t- il parmi vous des personnes qui ont trouvé cinq bonnes réponses ?»

 Beaucoup de personnes levèrent la main et Akuk les consulta secrètement; puis Ameray demanda à ceux qui avaient six bonnes réponses de se manifester à leur tour. Le bouffon du roi vérifia leurs dires et parmi eux il y avait le roi, assez satisfait de son score. A partir de sept réponses trouvées il y eut beaucoup moins de personnes à se déclarer. La reine s’était manifestée à son tour avec les rares personnes qui avaient trouvé huit solutions ; il y avait avec elle un simple soldat, deux domestiques et un conseiller du roi. Quand Akuk hocha la tête, signifiant qu’ils avaient raison, ils furent très applaudis par le public. Le prince observait toujours la jeune servante, qui n’avait fait signe à aucun moment. Cela l’intriguait et il se demandait si elle n’avait pas du tout participé au jeu. Puis, quand les applaudissements cessèrent, il continua :

«J’espère avoir trouvé neuf bonnes réponses aux dix énigmes ; que ceux qui pensent avoir trouvé autant que moi se déclarent aussi !»

Et parmi la centaine de personnes présentes au salon seules quatre se présentèrent devant Akuk pour lui chuchoter leurs résultats, et le prince fit comme elles. Un ministre fut éliminé par le juge qui considéra qu’il avait deux erreurs. Ils furent également très applaudis et le roi se leva personnellement pour les féliciter ; il serra fièrement son fils contre lui ; on estima alors que la cérémonie était finie, les convives commençaient à se congratuler et à s’agiter, impatients de connaître les solutions des énigmes et surtout la décision finale du prince. Ce dernier frappa énergiquement dans ses mains pour rappeler tout le monde à l’ordre puis il dit :

«Je réclame le silence absolu, s’il vous plaît, car nous voici parvenus à la fin du jeu. Quelqu’un parmi vous estime t – il connaître toutes les réponses aux énigmes ?»

Pour détendre l’atmosphère Akuk leva la main et s’écria : «Moi ! Moi !» Et le public se mit à rire. Alors on entendit une petite voix timide dire :

-«Mon prince, j’espère connaître les réponses aux dix questions, si vous permettez que je participe.»

Toute l’assistance fut saisie d’étonnement, on cessa de rire et on se pencha pour regarder cette jeune fille frêle, la seule qui prétendait connaître toutes les solutions. Le jeune prince stupéfié resta interdit et ce fut la reine qui répondit à sa place :

«Bien sûr que tu as le droit de parler, ma fille, si tu estimes connaître toutes les réponses. Approche- toi, n’aie pas peur et à toi l’honneur de conclure.»

La jeune fille avança, toute hésitante, puis d’une voix distincte elle énonça les réponses les unes après les autres :

«Pour la première énigme, nous savons tous que c’est l’arbre qui se dénude l’hiver ; la réponse à la deuxième question, c’est le feu qui consume tout sur son passage, poussé par le vent, réduisant tout derrière lui en cendres et en charbon. Bien – sûr, ce sont le Soleil et la Lune qui parcourent le ciel sans jamais se rencontrer ; pour la quatrième énigme il s’agit de l’estomac et nous connaissons tous la nécessité de manger et la tyrannie de la faim. La cinquième énigme, mon bon prince, concerne l’oignon ; la sixième la réponse est l’eau car rien ne l’arrête quand elle coule, elle devient glace quand il fait froid et s’évapore quand il fait très chaud. Pour la septième énigme il ne peut s’agir que de la graine : lorsqu’elle est semée elle reprend vie, donnant naissance à un épi de blé doré plein de nouvelles graines. La huitième réponse c’est le temps, car il est impalpable, sans début ni fin, jamais il ne s’arrête et en effet il emporte tout dans son cours silencieux. Pour l’avant dernière énigme il ne peut s’agir que du pardon ; en effet lui seul apaise les cœurs amers et efface les rancœurs, les disputes cessent, on oublie l’offense subie et on peut alors renouer de nouveaux liens. Pour finir, il n’y a qu’une seule chose que l’on peut donner sans compter et qui nous grandit, c’est l’amour : plus on en donne plus nous sommes heureux, épanouis et aimés en retour…»

 Toute l’assistance était sidérée par la justesse des réponses de cette modeste domestique et l’on trouvait que ses paroles tombaient sous le sens, tellement évidentes et vraies, on la regardait avec admiration en attendant que le bouffon- juge donnât son verdict final. Elle voulut regagner sa place, se dissimuler parmi les convives et les domestiques mais Ameray la retint auprès de lui.

«S’il te plaît, reste ici auprès de moi ! Akuk, à toi de parler !»

Le bouffon était aussi ébahi que les autres et pour exprimer son admiration il dit à la jeune fille :

«Mademoiselle, je vous félicite pour votre perspicacité et votre sagesse. C’est bien la première fois que quelqu’un réussit à résoudre toutes mes énigmes !»

Il y eut alors des applaudissements, des bravos et cette fois- ci ce fut la reine qui s’était levée pour l’embrasser et la serrer contre elle pour lui témoigner toute sa sympathie et son estime. Et tout en la tenant dans ses bras elle dit à son fils, qui semblait aux anges :

«Ameray, je crois que tu as trouvé la Perle précieuse, celle qui se cache dans sa modeste coquille. Je vous ai observés durant toute la soirée et je sais que vous vous aimez… On ne peut pas cacher ces choses à une femme, surtout à une maman…»

 Puis elle se retourna vers son mari qui ne disait mot, dépassé par les événements :

«Alors, qu’en pensez- vous, cher ami ?»

– «Heu…» Balbutia- il «S’ils sont heureux et consentants tous les deux, je ne peux que les bénir et leur souhaiter tout le bonheur du monde.»

 Et il y eut une salve d’applaudissements, des vivats et la fête reprit de plus belle. Même les jeunes filles candidates au mariage avec le prince félicitèrent la princesse élue, l’embrassèrent et lui firent leurs voeux de bonheur. Seul Akuk marmonnait encore des énigmes, mais plus personne ne voulait l’écouter. La jeune servante et le jeune prince se marièrent au printemps suivant, comme convenu ; ils eurent de beaux enfants si sages et si doux qui comblèrent de joie le vieux roi et la reine et la vie reprit son cours paisible au royaume des oasis, où la rocaille et les sables sont le refuge des amours les plus exquises. FIN.

Un conte à énigmes, par Jasmine Sunset 

Illustration 1: http://mediene.over-blog.com/article-32415967.html

Illustration 2: http://www.grignoux.be/dossiers/288/La_Source_des_femmes

Retrouvez les premières parties sur Babzman:

THAYAQOUT ou  » La Perle rare  » – Partie I – Le choix du prince

THAYAQOUT ou «La Perle rare» – Partie II – Le jeu des énigmes

Illustration:

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