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Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

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Quand la loi régissait les souks ottomans …


souk algerA l’époque ottomane, les médinas organisaient leurs populations actives en corporations de métiers dont chacune avait son propre territoire appelé souk. La structure spatiale qui marquait les centres villes des médinas obéissait à des règles qui ne cessaient de se développer et se plier aux recommandations de l’Islam et aux exigences du temps et du lieu.

A l’époque ottomane, au vu de l’essor commercial qu’ont connu les médinas, le nombre des corporations, selon André Raymond, avait atteint un indice important. Au Caire, on en comptait 250 corporations, à Tunis 83 et à Constantine, seulement 35. A Alger, on n’en comptait que 32, mais l’apport maritime de sa flotte pendant les trois siècles de l’ère ottomane était de loin bien plus important que les autres activités commerciales.

Ces structurations connues à Alger sous le nom de Jamaâa étaient formées en plusieurs chefs d’ateliers connus sous le nom de Mouâalimin (maîtres), à qui la gestion de l’atelier revenait. Un titre reçu par tradition après l’obtention d’une ijaza, l’attestation de maîtrise, délivrée par le maître à ses apprentis à la fin du stage.

Le président ou chef des mouâalimin était appelé el amine choisi pour sa maîtrise du métier et sa piété parmi eux. Il était le trait d’union entre les corporations et les autorités publiques. Il défendait les intérêts des artisans et aidait les autorités municipales dans l’administration de cette population ouvrière. De ce fait, les amine avaient des prérogatives de police et de juridiction sur les membres de leur corporation. Hoexter avait noté que «Dans le cadre de la police intérieure qu’ils exerçaient, ils surveillaient aussi les déplacements des membres de leur corporation. Nul ne pouvait pénétrer dans la ville ou en sortir sans se présenter devant son amine.». Selon les sources historiques, les amines avaient leurs propres prisons et policiers, chaouch. Les décisions judiciaires dans les affaires civiles étaient, dans ce cas, de leur prérogative. Ce n’était que rarement que le gouvernement intervenait dans leurs jugements. De par leur expérience, les avis techniques dans les questions conflictuelles, dépassant les connaissances des juristes ou ahl el khibra, les experts, ils se délaçaient pour enquêter sur le terrain. De ce fait, ils étaient les aâwan el qadi, aides de cadis, dans leur domaine, selon la définition des juristes.

Quant au domaine de police, les amine coordonnaient avec el mouhtasib (le comptable?), en matière des contrôle des poids et mesures, de la qualité des biens, ainsi que le comportement des membres de la corporations avec les clients.

Le jugement des litiges entre membres de ces corporations et les habitants de la ville, revenaient aux institutions suprêmes de a ville : le majlis et la mahkama, le Conseil et le tribunal. C’est ainsi qu’on régla le litige qui opposa les Mozabites à l’Oukil des habous (domaines) du tombeau de Sidi Ramdan, sur la propriété du four, au dessus de Souk El Djemâa.

Les litiges entre corporations, étaient réglés par Cheikh lebled, le sage de la médina, à travers des accords de réconciliations, comme ceux des membres de différentes corporations, tels opposants les jijlis (natifs de Jijel) aux mozabites (natif du M’zab), ou encore les tebbanine, marchands de paille aux sebbaghines, teinturiers … etc.

Amine el ouména, le chef des chefs de toutes les corporations, était élu par les amines. L’amine des siyaghines (les bijoutiers) était nommé Al Hadj Mohamed Ibn El Hadj Hamid, fut Amine el ouména.

Dans les prochains articles, nous verrons comment les autres corporations s’organisaient, telle a corporation des mozabites et des maîtres-maçons.

Mounira Amine-Seka.

Sources :

  • Dar Es-Sultan, de Mustapha Ben Hammouche, Ed. Dar Elbassir, 2008.
  • Mondes et places du marché en Méditerranée – Formes sociales et spatiales de l’échange, par Franck Mermier et Michel Peraldi – CJB-KARTHALA- IFPO.

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