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Il était une fois des ogresses et des ogres  dans la culture berbère


petitL’imaginaire chez les Berbères en Afrique du nord nous offre des contes dans lesquels les ogres et, surtout, les ogresses apparaissent comme des créatures maléfiques, mais qui ont une fonction utilitaire dans la société.  

Il est fort probable que sans les ogresses et les ogres, le conte serait beaucoup moins attrayant, et ce, dans toute société. Dans celle des Berbères en Afrique du nord  et même chez les Maghrébins d’expression arabe, la littérature orale populaire est aussi diversifiée que qualitative. A ce sujet, le philosophe Ibn Khaldoun a affirmé : « Les Berbères racontent un si grand nombre d’histoires que, si on se donnait la peine de les mettre par écrit, on remplirait des volumes ». Cette riche production s’explique autant par la force de la tradition orale qui a résisté des siècles durant, depuis l’antiquité à nos jours, que par l’inspiration d’un contenu méditerranéen qui se caractérise par le genre mythique.

Pour nombre de lecteurs avertis et de chercheurs, les ogresses sont plus nombreuses que les ogres, dans l’imaginaire de la société berbère. L’ogresse se situe comme le « personnage » principal (mot plutôt propre au récit), sinon un être vivant qui exerce une fonction précise. Son origine demeure inconnue, même s’il est dit qu’elle appartient à un autre monde  : l’au-delà, les ténèbres qu’il y a sous terre, les grandes profondeurs océanes, les eaux de la mer Méditerranée. Il en est de même pour son homologue masculin qui, lui, symbolise la puissance et le pouvoir. Bref, un univers méconnu à craindre !  

El ghoula 

Cette ogresse – teryel (ou encore tsériel en tamazight), el ghoula (en arabe) – viendrait aux abords des plaines, des prairies et des montagnes avant de hanter les nuits, en particulier celles des enfants. Elle sort de sa cachette : forêt, grotte. Elle les guette au seuil de leurs foyers ou s’y introduit même. Son histoire, avec ses faits et méfaits, est racontée exclusivement par une femme, généralement la grand-mère. Les hommes popularisent, eux aussi, des histoires, dans les marchés, foires et autres espaces publics, mais le conte est avant tout le terrain des femmes.

La conteuse réunit ses petits enfants, ces non-pubères qu’il faut bien éduquer. Ils doivent saisir la capacité de cette ghoula à leur faire du mal : les punir, les séquestrer et même les manger vivants. Peu importe son apparence, sa laideur, sa dimension sauvage ! Chacun y va libre de son imagination. Assimilée à une sorcière, à un être maléfique, elle porte en elle le statut de la femme reléguée au second plan, dans le système social patriarcal en Afrique du nord. Son rôle consiste en la protection de sa jeune progéniture, à lui apprendre l’obéissance et la sagesse envers le tuteur, le paternel et l’aîné.  

Loundja 

Telle une marâtre omniprésente dans le conte traditionnel, elle devient ogresse, celle qui s’assure que l’enfant est sur le droit chemin. Quant à l’autre élément féminin, la princesse comme Loundja, elle incarne la beauté que l’homme doit absolument sauvegarder, y compris de la dangereuse ghoula. Aussi, une ogresse peut avoir le visage d’une très belle femme pour tromper son vis-à-vis. L’exemple du conte L’homme qui épousa une ogresse est significatif. Dans les deux cas : laideur et beauté, l’auditoire retiendra le contenu merveilleux et fantastique de l’histoire. Sans cela, il n’y aurait pas d’attrait, de plaisir et d’intéressement du public à une fiction.

Fiction qui, au gré du temps, a voyagé et s’est enrichie des différents passages sur notre vaste territoire, pour être transmise de génération en génération. Il convient de préciser que le conte est un héritage universel. Et si l’on retrouve les mêmes histoires un peu partout dans le monde, elles demeurent représentatives de l’environnent géo-culturel, auquel le récit s’adapte.

Aujourd’hui, la modernisation se traduit par la mise en scène théâtrale du conte, sa publication par les maisons d’édition. Et si le conte sert à sensibiliser et éduquer les plus jeunes, il permet également de mettre en valeur l’identité berbère auprès d’un public plus large. 

 

Mohamed Redouane 

 

Bibliographie 

  1. Contes par A. Bounfour et D. Merolla (Encyclopédie berbère, 1994). 
  2. L’ogresse dans la littérature orale berbère de Nabile Farès (Karthala éditions, France).  
  3. L’homme qui épousa une ogresse dans conte-moi.net  
  4. Les contes par Emile Dermenghem dans alger-roi.fr   
  5. Illustration : Ogre dans le petit Poucet 

 

 

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