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Cela s’est passé un 3 décembre 2014 … Décès de l’artiste Mokrani Abdelwahab


MokraniArtiste de génie, il faisait partie des meilleurs de sa génération. Tourmenté et écorché, son parcours était à son image, discret et sincère. Et c’est ainsi qu’il tirera sa révérence, à sa façon.

Né le 6 janvier 1956 à Taher (Jijel), Abdelwahab vient à l’art avec une grosse boite de pâte à modeler que son père a gagné dans une tombola. Il est à l’école maternelle et se met alors à modeler les figures humaines parce qu’elles l’attirent autant que les contes de fées.

Entre son enfance et son adolescence, on ne sait quasiment rien. De la maternelle, les rares biographies disponibles le concernant, sautent directement à son entrée à l’école des Beaux-arts. C’était en 1971, quatre ans après s’être installé à Alger.

Rebelle et turbulent, il est cependant l’un des plus brillants étudiants de sa promotion. Il est même major de promo, mais sera éjecté de l’école au bout de deux ans. C’est à peu près à cette période qu’il rencontre M’hamed Issiakhem et se lie d’amitié avec lui. Il deviendra un peu son père spirituel et à sa mort, Abdelwahab sera inconsolable.

En 1976, il part à Paris où il s’inscrit à l’école supérieure des Beaux-arts et y étudie jusqu’en 1982. L’année suivante, Abdelwahab revient à Alger et passe deux ans à la Villa Abd-el-Tif. Il monte par la suite sa première exposition. Cette période de sa vie est marquée par une autre belle rencontre, celle avec Kateb Yacine. Une rencontre qui se terminera mal et qui laissera aussi, après la mort de Yacine, une autre douleur dans l’âme d’Abdelwahab.

L’artiste vit en reclus dans la maison maternelle de la rue Hassiba-Ben-Bouali à Alger. Il vit, dort et peint dans une même pièce. De son balcon, il a une vue imprenable sur le port d’Alger. Il avouera que le changement dans son travail –le passage du sombre à l’éclat de la couleur- vient de cette vue qui devient peu à peu une espèce de besoin pour lui, un besoin qui le touche au plus profond de lui-même.

Il ne sort de chez lui que pour rencontrer quelques rares amis ou pour participer à des expositions, seul ou avec d’autres artistes, en Algérie ou à l’étranger, et revient toujours dans cette pièce devenue son univers.

En 1990, la Galerie Isma à Alger expose ses œuvres réalisées pour «Vision du retour de Khadidja à l’opium», un recueil de poésie d’Amin Khan. Deux ans plus tard, les Centres culturels français d’Algérie présentent à leur tour ses illustrations pour «Le Voyage», un poème de Charles Baudelaire tiré des Fleurs du Mal.

Abdelwahab Mokrani ne court pas après les galeries d’art et les salles d’exposition. Il préfère demeurer indépendant et exposer quand il le souhaite et quand il le peut. C’est qu’il n’est pas très prolifique et avoue se retrouver souvent à court de toiles.

Prolifique ou pas, il n’empêche que ses peintures demeurent l’œuvre d’un génie. Un  génie dépressif, intelligent, poète amoureux de la poésie, passionné par beaucoup de choses… mais d’abord un génie qui ne trouve pas sa place dans sa propre société. Ecorché vif, fragile et fragilisé par ce qui l’entoure, il continuera à peindre avec cette sincérité qui le caractérise et que tous ses amis soulignent.

Peu importe la suite de son parcours – on sait qu’il a vécu dans des squats dans la capitale française et qu’il se nourrissait à peine, qu’il vivait dans la clandestinité avant de rentrer définitivement à Alger, qu’il avait des difficultés d’ordre familiales… Le 3 décembre 2014, Abdelwahab, Wahab pour ses intimes, tire sa révérence.

Peu importe aussi de savoir comment il est mort et pourquoi. Un génie ignoré s’en est allé ce jour-là et il mérite qu’on se souvienne de lui. Il est d’ailleurs dommage de constater qu’il n’y ait même pas une véritable biographie digne de ce personnage. Les détails de son parcours sont à peine relatés dans quelques sites sur le web et seuls demeurent quelques textes de ses amis proches, écrits au lendemain de sa mort. Un tir à rectifier !

Zineb Merzouk

Sources :

  • « Dictionnaire encyclopédique de l’Algérie », par Achour Cheurfi. Editions ANEP, 2007.
  • « Abdelwahab Mokrani- Rage et désespoir d’un artiste algérien », par Civa de Gandillac, publié le 7 mai 2015 in www.micmag.net
  • « Algérie: Abdelouahab Mokrani, une fresque de la déchirure », par Nadir Bacha, publié le 11 décembre 2014 in http://fr.allafrica.com

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