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Cela s’est passé un 29 juin 1992, assassinat de Mohamed Boudiaf


boudiafC’était une très belle journée d’un début d’été qui semblait prometteur. Rien, absolument rien n’indiquait que ce jour-là, l’Algérie allait perdre son président… certainement le plus courageux et le plus valeureux qu’elle ait eu. Revenons sur ce lundi 29 juin 1992 à travers les yeux de jeunes adolescents…

 Depuis plusieurs mois que nous attendons ce grand jour. Nous préparons ardemment la grande fête du 5 juillet avec un grand spectacle pour l’occasion. « Algériades » qu’on le nomme ! C’est pour beaucoup d’entre nous, la seconde fois qu’on y participe. Nous avons eu une partie de nos accessoires la semaine dernière et bientôt nos tenues. Nous nous entrainons régulièrement pour réussir notre chorégraphie.  Chaque sortie, dans cet immense car, à destination du stade du 5 juillet, est un rendez-vous festif. Nous chantons à-tue-tête des chansons patriotiques et des slogans amusants, souvent moqueurs.

Nous sommes jeunes et insouciants. Tout juste pressés de vivre pleinement notre jeunesse. Nous avons dans les 14 et 15 ans et nous ne sommes pas tout à fait inconscients de ce qui se passe dans notre pays. Evidemment, nous captons ici et là des conversations de grands, nous savons que la situation n’est pas au beau fixe, qu’il se trame des choses graves, mais c’est tout. Nous ne connaissons pas l’étendue du drame qui nous attend.

En janvier dernier, nous avons vu apparaitre un nouveau président. A l’école, on s’est empressé de rajouter son nom dans nos cours d’histoire. Visiblement, il a joué un très grand rôle dans le déclenchement du 1er novembre 1954. Mais nous avons tant de choses à faire que nous n’y pensons pas plus.  

Ce jour-là, un lundi, il fait très chaud. Nous suffoquons dans le car. Arrivés au complexe du 5 juillet, on nous demande de rester à son bord et de patienter. Nous continuons à chanter, à nous taquiner les uns les autres… Une heure passe. Nous voyons vaguement une agitation dehors au sein de nos profs. Puis une rumeur nous arrive : On a tiré sur le président… Le silence se fait dans le car. Nous ne savons pas ce que cela implique, mais nous pensons que c’est certainement assez grave comme situation. Nous ne savons pas encore qu’il en est mort surtout.

Au bout d’un temps interminable, on nous renvoie chez nous sans aucune explication. Le spectacle est annulé.  

C’est en rentrant chez nous que nous mesurons l’étendue de la catastrophe. Dans nos petites têtes insouciantes, nous comprenons quand même que plus rien ne sera comme avant. Nous voyons qui un père, qui une mère pleurer, se tenir la tête entre les mains. Et puis ces images… La télévision nationale qui a filmé en direct et qui rediffuse en boucle… Le président fait un discours dans une grande salle, à Annaba. A un moment, un bruit étrange lui fait tourner la tête. Quelques secondes plus tard, le corps du président s’affaisse sur la table, tous ceux qui sont dans l’assistance se jettent à terre, se cachent entre les sièges…

Les images de ce drame resteront à jamais inscrites dans nos mémoires… 22 ans après ce jour tragique, alors que nous sommes devenus des adultes, nous avons eu largement le temps de saisir la portée de cet assassinat. Nous avons aussi eu le temps de comprendre à quel point cet homme tué était l’homme providentiel qui nous a été arraché.

Boudiaf parlait juste. Boudiaf croyait en ce peuple. Boudiaf comptait changer les choses dans cette Algérie du début des années 90 qui était au bord du gouffre. On l’a tué. L’Algérie a sombré.

Nous étions jeunes mais ces images en boucle de son assassinat sur les petits écrans nous ont forcés à grandir vite. Trop vite. Et tout s’est enchainé : assassinats, bombes, massacres…

22 ans ont passé, mais ces images restent gravées dans nos têtes. Elles sont nettes et ont toujours ce même effet, comme une main qui saisit nos entrailles.

Toutes ces larmes et tous ces cris de douleurs le jour de son enterrement. Cette foule immense qui a surgit de partout pour suivre le cortège funéraire…

C’était l’homme de la providence. On nous l’a arraché… physiquement. Car dans nos cœurs, dans nos têtes aujourd’hui, il reste vivant et triomphant. Il reste celui qui a cru en ce peuple, en nous qui étions l’avenir. Reste à savoir si nous avons été fidèles à sa pensée ? Si aujourd’hui, nous sommes à la hauteur de ses attentes ? C’est peut être à cela qu’il faut penser en cette journée, 22 ans après l’assassinat de Mohamed Boudiaf. Qu’avons-nous fait de cette Algérie qu’il souhaitait grande et résolue ?

Zineb Merzouk

 

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