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Amar EZZAHI, le costumier des qassaÏd, (suite et fin)


amarEZZAHI nous a entre autres fait découvrir le dialogue qu’a eu la bougie avec le poète ESSOUIRI; il a su essuyer ses larmes et la réconcilier avec la beauté dans la fameuse chanson « bellah aâlik ya echemaâ »…

A écouter ces faux trémolos tirés de la mâchoire dansante de certains chanteurs, on ne peut qu’être admiratif d’EZZAHI pour les prouesses vocales et ces ornements qu’il place spontanément à chaque vers.

En dehors de la morgue, de la rancune et de la violence revancharde qui animent les thèmes de nos chansons, combien de fois n’a-t-on pas entendu de grands enfants de quarante ans implorer leur maman dans une récitation dégoulinante d’inepties et de génuflexions dans la cupidité de vivre un meilleur destin ? Quand les autres vous livrent la chanson sur un parcours canalisé sur le même lit mélodique en ressassant les mêmes refrains et vous font subir le supplice des litanies, EZZAHI vous fait voyager à travers les ruelles étroites du zidane, mezmoum et sika dans la même chanson.

Qui, mieux que lui est capable de jouer et de chanter simultanément syllabe par syllabe. Les répertoires de nos chanteurs chaâbi n’ont pas changé.

Des chansons comme « youm el djemaâ », « el herraz », « el meknassia, « elkhezna essghira » ont été râpées, radotées, aboyées, exploitées, ressassées jusqu’au bout. Alors qu’il y a des centaines de textes qui attendent d’être mis en musique. EZZAHI se démarque car personne ne pourrait contester qu’il possède le plus grand répertoire de « chaâbi ».

BREL n’avait pas tort quand il disait : et c’est encore l’Europe qui répète l’avare dans un décor de mil neuf cent. FERRE lui a même emboîté le pas avec sa phrase assassine : la poésie contemporaine ne chante plus, elle rampe. Et il parlait de la poésie !

Qui mieux qu’EZZAHI a su faire renaître des chansons autrefois monotones dans les gorges ennuyeuses de ses pairs. Qui dira l’immensité de son programme ? En effet, à chaque « saison », EZZAHI sort des textes inédits et les met en musique au gré de son inspiration. Et voilà qu’une poésie se retrouve avec une garde-robe en quelque sorte faite d’une dizaine de mélodies.

Le chaâbi s’apprécie comme le jazz en cela qu’elle est une kyrielle de chants aux variations et au tempo improvisés.

Que de tendresse dans ses inflexions de voix, que de sensibilité à travers le ton qu’il y met.

Il est cet habilleur de textes lesquels se retrouvent parés des plus beaux airs, se pavanant comme des mannequins aux mille apparats.

Il est de ceux dont le chant soulève la peau d’orange, réveille des émotions, fait perler les yeux de larmes de nostalgie. Quand au hasard des rencontres vous tombez sur un vieil enregistrement, vous touchez du doigt la virtuosité de ce chanteur qui s’amuse à donner plus de prouesses musicales que son alter ego, un joueur exceptionnel de banjo jamais égalé dont la naïveté l’a traîné dans les méandres sombres du prosélytisme et de la bigoterie. Quelle perte quand on sait que le temps d’aujourd’hui érode les belles choses plus vite que naguère.

C’est à cause de tout cela qu’on pourrait comprendre son humeur, son silence, son détachement à écouter ces récitants de textes injustement piétinés par les voix chevrotantes et gauchement théâtrales.

Bien qu’il prétende qu’il n’est qu’un simple « meddah », EZZAHI reste un maître particulier, excentré,  mais original et qui fait école. Souhaitons-lui santé et virtuosité et surtout une grande attention des médias pour qu’il soit placé au rang qui lui ressemble et qui lui sied.

 

Dr Rachid MESSAOUDI.

Retrouvez la première partie sur Babzman : http://www.babzman.com/2014/amar-ezzahi-le-costumier-des-qassaid-premiere-partie/

 

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