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Us et ruses des femmes des oasis occidentales (suite et fin)


oaisDeuil et veuvage

Le deuil féminin est une pratique observée dans diverses sociétés, et demeure l’expression ultime d’un dévouement éternel de la femme envers son défunt époux. En Inde, la pratique funéraire de la satī chez la caste des kshatriyas  (vie siècle apr. J.-C.) se traduit par un suicide de certaines veuves, qui  se jettent dans le bûcher crématoire de leur époux, offrant ainsi leur enveloppe charnelle aux flammes, dans le but de voir leurs âmes unies à jamais. 

Pour les Musulmans, et en application de la réglementation  de la charia (ensemble de normes doctrinales, sociales, culturelles, et relationnelles édictées par le coran),  la période du deuil de la veuve est fixée à quatre mois et dix jours, durant laquelle elle est soumise à de rigoureuses instructions en vue (principalement) de préserver le lignage.

A la fin de son veuvage, la femme des oasis occidentales et particulièrement celle du Gourara pratique un rituel  ancestral, visant à marquer sa réintégration dans la vie sociale de l’oasis.  Le manque de documentation à ce sujet, nous empêche de nous prononcer sur la datation du rituel et de dire s’il est antérieur ou postérieur à l’avènement de l’islam dans la région.

Rituel de réintégration social

L’ensemble des habitants de l’oasis y participe . Les femmes âgées se chargent de la logistique de la zarda : elles perçoivent des contributions pour préparer le festin, principalement des denrées alimentaires telles que : le sucre, le thé, la semoule …etc.

Durant ce temps-là la veuve, accompagnée uniquement de jeunes filles, se prépare à quitter l’oasis et cela après la prière de l’asr. Lavée, ornée et de blanc vêtue, puis escortée de ses dauphines, elle se rend au périphérique de l’oasis,qu’elle doit rejoindre  en évitant tout regard indiscret, car nul ne doit la voir en tenue de deuil!

Les fillettes se chargent de surveiller et de chasser toute présence masculine; gare à celui qui lèvera le regard, car l’escorte forte de ses armes : jrid et palmes, est prête à infliger les châtiments corporels que méritent les curieux, car si la règle de discrétion n’est pas respectée, cela risquerait de porter malheurs et préjudices aux jeunes dauphines.

Une fois le périmètre sécurisé, le rituel peut commencer…

Deux jeunes garçons sont désignés parmi les proches parents de la femme, pour faire el hamala (les porteurs). On leurs confie le soin d’acheminer les vêtements du deuil, constitués d’une sobre toilette et d’un d’un morceau du linceul du défunt, et qui fut porté en guise de foulard par sa veuve durant les quatre mois et dix jours de son veuvage.

De ses habits, on fera un énorme feu, autour duquel danseront des jeunes filles, présageant ainsi une période de renaissance pour la veuve. De nombreuses interprétations gravitent autour de cette pratique : du simple jeu au rituel magique, en passant par la symbolique d’une nouvelle vie qui commence. On peut dire que le rituel marque sans aucun doute la réintégration mais surtout la disponibilité de l’épouse.

Certains racontent que les jeunes filles, les plus audacieuses et désireuses de se marier dans les semaines à venir doivent traverser le feu crépitant en  direction de la destination (homme) souhaitée… Sur leur chemin, elles peuvent croiser celles, qui plus rusées  tenteront de saboter leurs plans en leur indiquant une direction opposée,  et les nargueront en se félicitant de leur malice.

De retour à l’oasis, la cérémonie se clôture autour d’une table garnie de succulents mets attend le cortège.

Qu’elles aient encore cours de nos jours dans quelques oasis occidentales, où qu’elles soient rapportées par les doyennes garantes de la mémoire des anciens; les pratiques des femmes des oasis occidentales, témoignent de L’étroite relation qu’entretient la femme avec ses croyances, ses sensibilités,  son espace et son vécu. Les us et les ruses deviennent subséquemment l’expression d’une dialectique qui se transmet exclusivement par mimétisme et voie orale.

 

Leila A

 

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