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Une ville, une histoire : Aïn Temouchent, partie I


Chapiteau_AlbulaeAïn Témouchent tire son nom de l’arabe « aïn » , signifiant source, et du berbère « touchent » : désignant le chacal (femelle) : « Aïn El Diba ». En latin, on l’appelait Albulae.

Ain Temouchent occupe une situation privilégiée en raison de sa proximité avec à trois grandes villes (70 km à l’ouest d’Oran, 70 km au nord de Sidi Bel Abbes, et 75 km à l’est de Tlemcen.

L’histoire récente d’Aïn Témouchent est d’une richesse inouïe, puisque cette ville a connu et a hébergé de grands noms de l’histoire, tels que l’émir ABde El-Kader, Rabah Bitat, le cheikh El Bachir El Ibrahimi, le colonel Otmane, et les martyrs Larbi Bendjerid, Ahmed Ammour, les frères Benfissa, Salah Chouiref, ainsi que bien d’autres figures importantes de la guerre de révolution algérienne.

Les traces d’une présence humaine aux environs de Ain Temouchent remontent à cinquante milles (50 000) ans avant notre ère; comme le démontre la découverte de « l’homme de Rio salado » qui vivait dans cette région (aujourd’hui El Malah) dans les grottes du mont Sidi Kacem.

Longtemps après, de 1600 à 1200 ans avant J.C, des commerçants phéniciens et ensuite carthaginois transitèrent et séjournèrent sur le littoral temouchentois, et plus précisément dans la région de Beni Saf. Les traces de leurs passages, on été retrouvées sur l’île de Rachgoun (anciennement dénommée Cap d’Accra), anis qu’à Sufat, village punico-berbére bâti sur les rives de l’Oued Senane, au niveau de l’actuelle cité des Jardins de Ain Temouchent.

Vers la fin du 1er siècle avant J.C, les romains arrivent à Sufat; ils s’y installeront durablement et bâtiront des fortifications militaires pour se prémunir contre tout assaillant extérieur; Le village sera renommé  » Proesidim Surfative »,et ne cessera de se développer pour devenir la grande cité romaine d’Albulae (ville blanche).

Albulae devient vite un véritable poumon dans le négoce qui prévalaient dans la région (céréales, huile….),mais son déclin accompagne celui de l’empire romain au milieu du Ve siécle.

Après les romains, les vandales envahissent la région puis les byzantins; puis, un violent séisme secouera la région au VII e siècle occasionnant des incendies immenses; et mettant fin à la ville romaine d’Albulae, la cité sera littéralement rasée de la surface de la terre, ce qui explique le peu de vestiges apparents.

Le site archéologique de Siga (située dans la wilaya actuelle de Aïn Temouchent) attestée dés le IVeme siècle avant J.C est mentionné chez divers auteurs anciens comme Polybe, Pline l’ancien, Strabon, Pomponius Mela …  La ville de Siga était située à deux kilomètres au sud de l’embouchure de l’Oued Tafna, en face de l’île de Rachgoun.

Des fouilles archéologiques ont prouvé l’existence d’une installation punique, sinon phénicienne, sur l’îlot de Rachgoun, à compter du VIIeme avant J.C. D’autre part, des fragments d’amphores puniques datant du Veme siècle ont été trouvé à Siga même. Cette ville offrait aussi un avantage non négligeable pour la navigation dans l’antiquité, celui de sa relative proximité de la péninsule ibérique; De nombreuses poteries ibériques ont été retrouvées à la fois à Siga et à  Rachgoun.

De comptoir carthaginois, Siga devient l’une des capitale de l’Afrique antique (vers la fin du III éme siècle avant J.C). Elle est gouvernée par le roi  berbère Syphax, dont le royaume englobait les deux tiers de l’Algérie et une partie du Maroc (jusqu’à la Moulouya), et que Tite-Live, célèbre historien romain, décrivait comme étant « le roi le plus riche de cette terre d’Afrique ».

Lors des guerres puniques, au cours desquelles l’Afrique a pris une part active, Massinissa, ennemi de Syphax et roi des Massyliens dont la capitale était Cirta (actuelle Constantine) s’allie à l’empereur romain Scipion tandis que Syphax  choisi de s’allier à Carthage; ce dernier, vaincu est fait prisonnier; et Massinissa gouvernera dès lors, une partie du royaume de Siga.

Syphax avait fait construire, au dessus de la colline qui surplombait sa capitale, un mausolée qui porte aujourd’hui le nom de ‘Kerkar el Arais’ (il a été dégagé en 1977), mais il n’a pas eu « la chance » d’y être enterré, puisqu’il mourut prisonnier, dans une petite localité, prés de Rome.

La ville tombera par la suite, entre les mains des romains; l’histoire romaine de Siga est difficile à cerner car la ville à subit beaucoup de bouleversements : elle fut tour à tour ruinée, brûlée ou tout simplement détruite, au cours de ses siècles d’existence.

Par ailleurs, l’on sait qu’un roi nommé Bocchus y a fait battre monnaie, mais la ville fut visiblement supplantée par Cirta. Il existait un port à l’embouchure de la Tafna ( nommé Portus Sigengis) qui remonte au moins au V e siécle avant J.C où est actuellement  bâtie la localité de Rachgoun. Des bornes romaines (1 mille romain=1480m) retrouvées à Maghnia ( Wilaya de Tlemcen) attestent qu’une liaison routière existait à cette époque et servaient à relier Siga à Numerus Syrorum (actuellement Maghnia). Par ailleurs, les activités de la ville devaient être assez variées, et l’agriculture allait de pair avec le commerce.

Sous la conquête Arabe elle fut renommée « Archgoul ou Harchgoun »; elle fut plusieurs fois saccagée et détruite, mais toujours reconstruite et ce jusqu’en 1208, ou les mercenaires d’Ibn Ghaniya l’incendièrent. En 1517, il n’y a plus que de modestes habitations; elle fut renommée Takembrit et restera un petit village. Aujourd’hui il n’y a plus qu’un terrain broussailleux.

Malgré ce prestigieux passé, Siga n’aura intéressé que très peu, les chercheurs qui n’y auront exécuté que des fouilles mineures en 1936 et 1956, ayant permis de découvrir les quelques pierres sépulcrales, comme seules témoin d’une gloire passée.

Bien après les romains, les arabes conquièrent toute la région et fondaient une agglomération arabo-berbére qui succédera à Albulae; Celle-ci sera dénommée « Ksar Ibn Sinane »(Chateau d’Ibn Sinane); et plusieurs tribus arabes et berbères s’y succédèrent. Ainsi, les  Beni Ameurs issus des Banou Hillals s’installent dans la ville avec violence, en s’adonnant à de nombreux massacres et pillages vers le IXe siécle après J.C . Ce coin durement éprouvé pansera ses blessures et prendra le nom mi-arabe mi-berbère de « Ain Temouchent » ou littéralement  » La source des chacals ».

Au XV e et XVII e siècle, Ain Temouchent appartient toujours aux Beni Ameurs; Ils ont opposé une farouche résistance aux incursions turques et espagnoles… A suivre

B. Babaci

Écrivain-chercheur en histoire

  1. Illustration : Chapiteau du temple de la déesse Maura conservé au musée d’Oran.

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