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Une photographie, une histoire : « Chefs de tribus décorés de la Légion d’honneur »


Six-chefs-algeriens-photographies-en-1860La légende de la photographie, prise en 1860, porte :

« Chefs de tribus décorés de la Légion d’honneur à l’occasion du voyage de Napoléon III en Algérie – 1860

Debout de gauche à droite :

Abdel kader Ben Daoud, agha de Tiaret – Si Mohamed Saïd Ben Ali Chérif, bachagha de Chellatta, conseiller général de Constantine, Si Slimane Ben Siam, Agha de Miliana

Assis, de gauche à droite :

Si Tahar Ben Mehiaddin, bachagha des Slimani – Ben Yahya ben Aïssa bachagha du Titteri – Bou Alem Ben Chérifa, bachagha des Djendels ».

 

La photo est particulièrement intéressante. Malgré les apparences, ce ne sont pas de simples « chefs de tribus », avec une tonalité exotique, y compris dans le costume. On a un groupe de chefs algériens parmi les plus considérables du milieu du XIXe siècle, même s’il en manque quelques uns, comme des membres des Awlâd Muqrân ou des Awlâd Sîdî al-‘Arîbi. Ils ont en commun d’être tous au service officiel des Français, auprès de qui ils briguent un commandement élevé.

‘Abd al-Qâdir ben Dawûd, agha de Tiaret, est issu du maghzân turc oranais. C’est un homme de guerre, particulièrement redouté, successeur d’Al-Mazâri et du général Mustapha ben Isma’îl. Sî Slimân ben Siam, agha de Miliana, appartient au même univers. S’il est moins guerrier, il n’en réussit pas moins une ascension exceptionnelle dans un autre domaine.

Bû ‘Alâm ben Sharîfa, basha-agha des Djendel, près de Miliana, a quitté l’allégeance à l’égard de ‘Abd al-Qâdir de longue date et a réussi à évincer son frère aîné Sharîf ben Sharîfa, pourtant très entreprenant. Personnalité inquiète, il réussit à traverser toutes les embûches.

Ben Yaya ben ‘Isâ, bash-agha du Titteri est le plus âgé de tous. Il est immergé en profondeur dans les luttes politiques de l’Algérie médiane et en particulier du Titteri, entre Alger et le Sud Saharien. C’est une personnalité puissante, difficile à manœuvrer et elle- même très manœuvrière.

Sî Tahar ben Mahî ad-Dîn (décédé en 1866) est d’extraction maraboutique. Il doit se contenter du titre de bash-agha des Beni Slimân, en Basse-Kabylie, ce qui est une rétrogradation par rapport à son frère titulaire de celui de khalîfa jusqu’à sa mort en 1852. Sî Mahfûd, autre frère, cherche pour sa part à préserver le prestige de la zâwiyya familiale, une des plus considérables du pays.

Sî Muhammad Sa’îd ben ‘Alî Sharîf, chef de la zâwiyya de Chellata, sur le revers Sud du Djurdjura, dont la réputation s’étend au-delà même de l’Algérie, en particulier en Tunisie, vient de réussir sa conversion en homme de maghzân après bien des années d’hésitation. Il est désormais bash-agha et conseiller général de Constantine.

Aucun d’eux n’a cependant rang de khalîfa : le titre n’est plus à l’ordre du jour de la domination française : trop symbolique, car il consacre une relation personnelle de haut rang avec le détenteur suprême du pouvoir, et trop élevé. L’objectif est de les contenir à un degré inférieur, même si il est encore assez élevé pour ne pas entamer trop crûment leur horma. Ils reçoivent ici la Légion d’honneur à l’occasion du premier voyage de l’empereur Napoléon III en Algérie, en 1860. C’est comme un tableau de chasse pour l’empereur, qui a de surcroît besoin d’une « noblesse arabe » pour étendre sa cour impériale.

Apparemment, ils sont tous regroupés derrière la domination française et, pour l’heure, derrière l’empereur des Français, comme dans un pacte personnel. Les cinq premiers ont eu fort à faire avec ‘Abd al-Qâdir. Tous ont en commun d’avoir partie liée d’une manière ou d’une autre avec le mouvement chérifien algérien. Certains à des niveaux étonnants. La position écartée du groupe, séparée par la rampe d’escalier, de Sî Slimân ben Siam n’est peut-être pas fortuite. Pour le moins, une connivence est en train de naître entre eux ou de se renforcer, qui échappe pour beaucoup aux Français.

 

Aziz Sadki

Historien-Chercheur

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