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Un plan de protection et de valorisation pour Portus Magnus : Le mystère d’un port sans mer.


Portus Magnus fut, à l’époque romaine, une ville importante située dans le fond de la baie, sur le plateau, à deux kilomètres de la mer où s’élève aujourd’hui l’agglomération de Bethioua. Ce port sans mer n’a jamais livré tous ses secrets.

Portus Magnus, un site romain situé à Bethioua, à 40 km à l’est d’Oran, bénéficie depuis quelques temps d’un plan de protection dont le but est d’en faire un parc archéologique urbain et une destination de tourisme culturel dans le cadre du développement durable dans la région.

Pline, Pomponius Mela, Ptolémée, Strabon, l’itinéraire d’Antonin, et encore Julius Honorius et le géographe de Ravenne mentionnent, au long des siècles, cette ville qui, avec ses trente hectares de superficie, est l’une des plus grandes de la Maurétanie césarienne. Le site fut identifié en 1858 par Berbrugger, après la découverte d’un document épigraphique mentionnant son nom abrégé.

Jh. De Montfort explique dans la Revue Africaine que Portus Magnus « sont les ruines d’une ancienne colonie romaine, aussi importante par l’étendue de terrain qu’elle occupait, que par sa position et son développement ; elles couvrent, dans la direction du l’Est à l’Ouest un coteau aboutissant, d’un côté, aux débouchés des vastes plaines de la Mina, de l’Habra, du Sig et de Meleta ; et, de l’autre,  par une pente douce, à une plage sablonneuse totalement impropre au mouvement de la navigation (…) aussi croyons nous, d’après des indications sérieuses, que c’est à l’ensemble du littoral, depuis la Macta jusqu’à la pointe d’Arzeu, que s’appliquait la dénomination de Portus Magnus ».

Cette appellation a longtemps été traduite par grand port, mais le port en question est des plus étranges, étant situé sur une falaise assez abrupte, qui domine non pas la mer mais une plaine côtière de près de 800 mètres de largeurs.

A ce propos, l’archéologue Jean Lassus écrivait en 1956 : « nous sommes bien loin des stations phéniciennes installées sur les caps de la côte, ou dans les îles voisines du rivage, à proximité immédiate de la grève où, le soir, on tirait les bateaux. Ici, les relations de la ville et de la mer ne sont pas évidentes. Certes, la falaise n’est nullement inaccessible, et il existe des traces d’au moins une rampe antique. Mais si la route romaine entre Cartennae (Ténès) et Portus Divini (Oran et Mers el-Kebir) utilisait comme la route moderne la plaine côtière, cette rampe s’expliquerait même en dehors de la nécessité d’accéder à la mer. Le nom latin, attesté sur place par des inscriptions, suppose l’existence d’un port, séparé nécessairement de la ville, port qui me parait devoir être distingué aussi bien de Port aux Poules (Portus Puellarum) à 6 kilomètres à l’Est, que d’Arzeu, à 5 kilomètres à l’Ouest ». Reste à savoir où abordaient les vaisseaux et quelles dispositions avaient été prises pour les accueillir !

L’épigraphie nous apprend, entre autre, que Sextius Cornelius Honoratus, ancien procurateur de la province de Mésopotamie, s’était retiré à Portus Magnus où il possédait une riche demeure d’où proviennent d’importantes mosaïques.

Mme Vincent, archéologue et ancienne élève de Gsell révélera lors de ses longues fouilles, une nécropole, un temple, des salles à hypocaustes, des puits donnant accès à des canalisations souterraines, un grand forum de 50m sur 40 (une superficie supérieure à la moyenne en Afrique du Nord, selon Lassus), de vastes citernes, des habitations…

Ce site archéologique dont le sol n’a plus été foulé par des spécialistes depuis plusieurs décennies, subira néanmoins les affres du temps et la dégradation de l’élément humain. En plus du pillage, il est fort à parier que des parties entières demeurent cachées et n’ont pas encore été découvertes.

Le plan de protection et de valorisation e ce cite qui est encore au stade de l’étude permettra d’abord de soumettre des propositions concrètes pour sa préservation, notamment en délimitant la superficie du site à 52 hectares avec l’intégration d’une zone de protection au lieu de 36 ha, ainsi que la mise en place d’une ceinture verte entre la zone industrielle et ce site archéologique.

Affaire à suivre de près.

Synthèse Khadija T.

Sources :

  • « Le site de Saint-Leu, Portus Magnus (Oran) », par Lassus, Jean. Comptes rendus des séances de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres Année 1956 Volume 100 Numéro 3 pp. 285-293.
  • Camps, « Arzew (Arzeu) », Encyclopédie berbère, 6 | Antilopes – Arzuges, Aix-en-Provence, Edisud, 1989, p. 943-948.
  • « Ruines du vieil-Arzeu », par le Colonel du 4° chasseur, Jh. De Montfort, 1er novembre 1858 In La Revue Africaine, Volume 3, 1858.
  • APS

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