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Tlemcen du temps des Mérinides – Il était une fois, El Mansoura  


el_man10C’est aux Mérinides qu’on doit la construction de Tlemcen. La construction de Mansoura fut entreprise en 1299, c’est-à-dire à l’époque où les Abd-el-Wâd commandaient à Tlemcen. Elle fut entreprise par une dynastie ennemie des Abd-el-Wâd (zianides) , la dynastie des Mérinides ou Béni-Merin, qui avait sa capitale à Fès.  

 

Mansoura, pour faire oublier Tlemcen 

Il est facile de comprendre pourquoi les Mérinides cherchaient à s’emparer de Tlemcen . A cette époque, l’Afrique du nord vivait une situation inédite: l’empire almohade venait de sombrer parce qu’il n’était pas capable de défendre ses trop vastes territoires. Quatre Empires sont nés des débris de l’Empire aImohade : la dynastie des Hafsides, qui règne à Tunis ; la dynastie des Beni Abd-el-Wàd (zianides) , qui règne à Tlemcen ; la dynastie des Beni Merin, qui règne à Fès ; la dynastie des Beni Wattas, qui règne dans le Rif marocain. Chacune de ces quatre dynasties a le désir et l’ambition de reconstituer à son profit l’intégrité de l’Empire almohade. Le conflit entre ces tribus devint, alors, inévitable. Durant leur règne sur Tlemcen, les souverains mérinides élevèrent  des monuments dans leur camp de Mansoura , donnant un aperçu sur le style de vie de ces soldats pendant les dix années de siège qu’ils soutinrent en deux fois contre les Beni Abd-el-Wâd.

Quand Abou Yaqoub Yousef arriva près de Tlemcen en mars 1299 avec l’intention d’en faire un siège en règle, il était décidé à s’établir près de la ville abdelwâdite pour un temps indéterminé, qu’il avait des raisons de supposer assez long.  A quatre reprises, en 1290, 1295, 1297,1298, de passage près de cette capitale rivale, Il avait tenté avec ses hommes l’assaut de Tlemcen. Mais les murs de Tlemcen étaient solides. Les soldats des Beni Abd-el-Wâd étaient courageux et bien armés. Abou Yacoub Yousef avait compris qu’un long siège serait nécessaire pour venir à bout des Beni Abd-el-Wâd. Le voilà donc arrivé en 1299 avec une importante armée, qu’il désire fixer sur place jusqu’à la reddition de Tlemcen.

La plaine qui s’étend à l’ouest de Tlemcen, entre la ville et le col du Juif, lui parait un emplacement tout désigné. C’est là qu’il installe un camp . La raison qui a commandé cet emplacement était claire: les Beni Merin avaient le désir de créer un camp d’où il leur fût possible d’attaquer la capitale abdelwadite.
C’est pour cette raison qu’ Abou Yaqoub Yousef a fondé ce qu’il a appelé « le camp victorieux », : el-mahalla el-mansoura. Le premier siège de Tlemcen dura huit ans. La politique d’Abou Yaqoub Yousef était vraisemblablement double: il essayait, par des combats quotidiens à main armée sur tous les points où la ville abdelwâdite était fortifiée, de diminuer la capacité de résistance de l’ennemi; et, par une habile politique économique, il drainait à l’intérieur de son camp tous les échanges qui se faisaient autrefois dans la ville de Tlemcen et il réduisait ainsi à la famine la capitale des Beni Abd-el-Wâd.

Une ville édifiée, par nécessité 

Les premiers travaux d’Abou Yaquoub Yousef furent  des travaux d’investissement autour de la capitale abdelwadite. Abou Yaqoub Yousef était bien plus préoccupé d’empêcher les sorties des Abd-el-Wâd de Tlemcen que de construire à l’emplacement de son camp des demeures somptueuses pour lui et pour ses troupes. Mais le siège ne devait pas donner de résultat immédiat; Abou Yaqoub Yousef s’y attendait du reste. L’hiver 1299 arrivait.  Abou Yaqoub Yousef, pour se défendre contre les rigueurs du froid, se fait construire à l’intérieur du camp une demeure royale ; en face, il élève une mosquée pour lui et pour ses troupes. Des bâtiments destinés aux fonctionnaires royaux, des habitations de soldats, des hôpitaux, des bains, des caravansérails, furent construits à l’intérieur du camp. Et Il fallut bien entourer le tout d’une muraille pour se protéger de l’ennemi. De cette première muraille, il ne reste aucune trace. C’est seulement deux ans après en l’année 1302, qu’Abou Yaqoub Yousef fit construire les remparts en pisé qui sont encore visibles aujourd’hui. Jusqu’en 1302, Mansoura n’était qu’un camp, le camp victorieux. A partir de 1302, elle est une ville, médina, et les historiens l’appellent  la  nouvelle Tlemcen  pour l’opposer à la capitale abdelwâdite.

Les événements ont poussé Abou Yaqoub à bâtir des constructions qui couvraient une superficie immense de plus de 100 hectares, il reste aujourd’hui si peu de ruines.
Très vite le camp devint un souk, un marché en plein air. Car la capitale abdelwâdîte était fermée au négoce par le blocus mérinide. Les caravanes qui faisaient le commerce des épices, des objets de luxe, des objets de toute utilité entre le Soudan et les ports de la Méditerranée (Djemaâ-Ghazaouet, Honain. Oran), au lieu de s’arrêter dans la capitale abdelwadite, s’arrêtèrent à Mansoura. Le prestige militaire de Mansoura se trouva accru d’un prestige commercial subit et considérable. Mais là encore, c’est la nécessité qui poussa Abou Yaqoub Youssef à faire de son camp une véritable cité. Le développement de Mansoura donne tous les signes de l’improvisation.

A partir de 1302, Mansoura sera fermée par des remparts en pisé, elle aura son palais royal et sa mosquée, c’est-à-dire les édifices indispensables à l’exercice du Gouvernement et à l’accomplissement des devoirs religieux. Elle aura son marché.  On comprend que les historiens, en particulier lbn Khaldoûn, puissent déclarer qu’en 1302 Mansoura n’est plus un camp mais une ville.
 

Le premier siège de Tlemcen, qui a duré huit ans, se termine en 1307 sans apporter de solution au conflit entre les Mérinides et les Béni Abd-eI-Wâd. En 1307, Abou Yaqoub meurt assassiné par un eunuque de son palais.

Il restait, pour lui succéder, son petit-fils, Abou Tabit Omar. Ce jeune homme, impatient de s’assurer l’héritage politique de son grand-père Abou Yaqoub Yousef, s’empressa de retourner à Fès. capitale de l’Empire mérinide. pour y régler les détails de sa succession. Avant de quitter Tlemcen, il conclut une sorte de paix avec le Sultan Abou Hammou 1er. Aux termes de ce traité, Abou Hammou fit évacuer Mansoura et la laissa complètement vide.
 

Le second siège de Mansoura  

Pendant les trente années qui séparent les deux sièges de Tlemcen, Mansoura fut livrée au pillage des Beni Abd-el-Wâd. En 1335, quand Abou Lhassen le mérinide entreprit le deuxième siège de Tlemcen, il ne trouva à l’emplacement de Mansoura que des ruines. Mais il eut vite fait de réparer l’enceinte que les Beni Abd-el-Wàd s’étaient empressés de démolir. Il avait avec lui une armée qui égalait et même surpassait en nombre l’armée de son prédécesseur Abou Yaqoub Yousef. Ce deuxième siège de Tlemcen ne dura que deux ans. Abou Lhassen reprit la politique d’Abou Yaqoub Yousef, qui consistait à ruiner la puissance des Beni Abd-el-Wâd de deux manières : par le siège militaire et par la famine. Le blocus réalisé par Abou Lhasen fut beaucoup plus sérieux que le blocus d’Abou Yaqoub Yousef. En effet, il ne fallut que deux ans à Abou Lhassen pour réduire à la dernière extrémité les habitants de Tlemcen et pour obtenir la reddition du souverain abdelwâdide qui commandait la ville. Abou Lhassen  eut le temps de donner à Mansoura les monuments dont elle est fière de s’enorgueillir aujourd’hui.
C’est en 1337 qu’Abou Lhasen vint à bout de la résistance des Beni Abd-el-Wâd. Le blocus économique qu’il avait établi autour de Tlemcen était si efficace que les princesses abdelwâdides, au bout de deux ans de siége, avaient offert de se sacrifier pour permettre à leurs frères et à leurs maris de soutenir plus longtemps le siège. Cependant la supériorité militaire des Mérinides devenait de jour en jour plus évidente. En 1337, Abou Tachefine, qui commandait alors à Tlemcen ne put contenir une attaque violente des Mérinides et succomba les armes à la main avec ses trois fils en essayant de défendre l’entrée de son palais du Méchouar.

Les sultans mérinides, qui commandaient déjà sur toute la région de Tlemcen, prirent possession de la ville, mais ne s’y installèrent pas. Abou Lhasen fit de son camp la ville officielle et le siège de son gouvernement sur le Maghreb central. Il restaura les monuments qui avaient été édifiés par son grand-père Abou Yaqoub Yousef. La mosquée porte une inscription qui permet d’attribuer à Abou Lhasen sa restauration. Sur l’emplacement du palais royal, Abou Lhasen fit bâtir, en 1344, le palais de la victoire (Dar-el-fath).  

La domination mérinide de Tlemcen va de 1337 à 1348 : elle s’étend sur une période de onze ans. C’est en 1344 qu’Abou Lhasen fit édifier le palais de la victoire. Il ne put y séjourner que quatre ans. En 1348, les souverains abdelwâdides remontent sur le trône de Tlemcen, chassent les Mérinides de Mansoura, pillent les constructions d’Abou Lhassen et font passer la charrue sur ce qui avait été autrefois une ville florissante. Mansoura est bien morte, son existence, traversée de tant de vicissitudes, aura duré moins d’un demi-siècle (1299-1348). 

 Azzedine. B

Bibliographie: 

  1. Fouad Ghomari, “La médina de Tlemcen: héritage de l’histoire”, web journal on cultural patrimony. 
  2. Jean Pierre Séréni, “Tlemcen: heurs et malheurs d’une vieille capitale algérienne”, Le Monde diplomatique, 1er février 2010. 
  3. Ibn Khaldoun, “Histoire des Bérbères”, ed Berti, Alger 2003. 
  4. Illustration:

 

 

 

 

 

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