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Rachida Hammadi, la première femme journaliste de l’ENTV à être assassinée. Un 20 mars 1995


rachida« Lorsqu’elle est née, le 31 aout 1963 à El biar, elle avait tout pour déranger.  Même mon père qui  voulait d’un garçon après Houria qui était laquatrième des filles et la cinquième après moi ». Si frêle, ne pesant que 2 kg 800 à la naissance  Rachida grandie dans une famille humble et très unie qui habitait la Cité CNS. Son premier pas scolaire se fait à l’école primaire de Clairval.

Détentrice d’un magister  en droit international, ce bout de femme se lance dans l’information. Grace à sa sœur Houria qui travaillait à l’Enterprise Nationale de la Télévision Algérienne elle fut recrutée  en 1988 et débuta  dans Madjelt El Mar‘a.  A cette époque là, l’Algérie  faisait les premiers pas en  démocratie. La chute du l’union soviétique, le mur de Berlin, la révision de la constitution et le multipartisme. Les années  90 furent les années les plus critiques. Cette démocratie naissance se heurte déjà  à ce que l’on appelle aujourd’hui, l’islamisme et l’intégrisme. La rue  parle de partis. La violence s’installe et le terrorisme gagne du terrain.

Les assassinats ciblés d’intellectuels se font de plus en plus entendre, la corporation journalistique n’est pas épargnée elle aussi. Ainsi, tombe le premier écrivain journaliste  Tahar Djaout et la liste est longue.

Rachida Hammadi, est la première femme journaliste  de l’ENTV à être assassinée. Un 20 Mars 1995.

Accompagnée de sa sœur Houria, surnommée Meriem, secrétaire dans la même boîte, Rachida, comme tous les matins, s’apprête en ce début de journée du 20 mars 1995, à se rendre au siège de la télévision nationale où elle travaille comme journaliste. Il est 8h 20 et c’est devant leur domicile, situé à la cité Rostomia (ex-Clairval) de Chevalley, sur les hauteurs d’Alger, que le chauffeur de la voiture de service qui les accompagne tous les jours au travail, attend depuis quelques minutes. « Mon  père, qui a pris l’habitude, depuis que les assassinats de journalistes se sont multipliés, de regarder à l’extérieur pour s’assurer qu’il n’y a rien de suspect, n’était pas là ce jour. Il aurait pu peut être remarquer la voiture de type Lada break de couleur rouge stationnée juste en face de la cité, de l’autre côté de la route. Lui qui est un invalide de la guerre de libération nationale et commissaire politique à cette époque*. »

La circulation est particulièrement dense dans ce quartier encombré. La vigilance la plus extrême peut être prise en défaut tant le ballet infernal des voitures qui passent, qui s’arrêtent ou qui démarrent est incessant. A peine les deux sœurs ont-elles pris place dans la voiture de service qu’un jeune homme armé, qui s’était mêlé à la foule des étudiants attendant leur transport à l’arrêt des autobus universitaires, s’approche du véhicule de service dont le chauffeur marque un temps d’arrêt avant de quitter l’esplanade de la cité et de se couler dans le flot des voitures. Arrivé au niveau du véhicule, il sort son arme automatique et ouvre le feu, visant la journaliste et sa sœur. Houria, qui a remarqué le manège tente, dans un geste désespéré, de protéger sa sœur en la couvrant est tuée sur le coup. Atteinte de plusieurs balles dont une à la tête, Rachida sombre dans le coma. Son forfait accompli, le tueur rejoint ses deux complices qui l’attendent dans leur véhicule, moteur en marche.

A l’hôpital le plus proche où elles ont été évacuées, les médecins tentent l’impossible pour sauver Rachida qui lutte contre la mort. Les balles sont retirées du corps, mais celle qui s’est logée dans la tête nécessite des moyens dont l’hôpital de Beni Messous ne dispose pas. Transférée à l’hôpital militaire de Aïn-Naâdja, mieux équipé, Rachida est immédiatement prise en charge par des médecins qui tentent de l’arracher des griffes de la mort. Alors que sa sœur lutte toujours contre la mort, Houria est enterrée au cimetière de Béni Messous. Elle avait 36 ans. Devant l’impuissance des médecins à extraire la balle qui s’est logée dans sa tête, le 26 mars, la décision est prise de transférer Rachida à l’hôpital parisien du Kremlin-Bicêtre.

Malheureusement, les médecins parisiens échouent aussi dans leur tentative désespérée de la ramener à la vie et Rachida décède dans la nuit du 30 au 31 mars. A l’âge de 32 ans. C’est la première femme journaliste assassinée.”

Source :

  1. Ajouad Algerie Memoires : https://ajouadmemoire.wordpress.com/

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