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Musique andalouse – Gharnati, malouf ou san’a ?


800px-Bensari2L’appellation gharnati – musique andalouse dans le Maghreb – renvoie à la fin de la Reconquête, en janvier 1492, précédée par la chute à Grenade (Gharnata en arabe) du dernier royaume des musulmans en Andalousie dans la Péninsule Ibérique (Espagne). Elle sera suivie, dès 1502, par l’expulsion de ces derniers, eux et les juifs. Le mot gharnati est alors adopté pour leur rendre hommage.  

 

L’essor de la musique andalouse dans les cités maghrébines n’est pas strictement lié au mouvement des musulmans vers l’Afrique du Nord. Il réside également dans le flux migratoire des musulmans de Cordoue (Kortoba), dès 1236, vers Tlemcen qui est alors la capitale des Ziyanides. De même que la reconquête de Séville par les rois catholiques, en 1248, suscitera l’exode forcé des vaincus vers les territoires de la rive sud de la Méditerranée.  

Les héritiers du patrimoine musical andalou auraient pu choisir le mot kortobia ou même zyriabia. D’autant que c’est à Cordoue que le nommé Ziryab – Abou Hassan Ali ben Nafi (natif d’un village kurde de Mossoul en 789 et mort à Cordoue en 857) a fondé, sous la tutelle de l’émir omeyyade Abd Al Rahman II, une nouvelle tradition musicale dans l’Espagne musulmane : la musique andalouse. Sur les 24 compositions – noubas – créées par ce génie du chant, de la mélodie et du rythme, douze sont encore jouées, quatre autres demeurent incomplètes, le reste est au registre de la mémoire perdue, sachant que ce patrimoine est transmis oralement. La première école de musique de l’Europe est ouverte par Ziryab. Il innove aussi en matière d’instruments, perfectionnant notamment le luth médiéval. Il le dote d’une cinquième paire de cordes, si bien qu’il devient l’élément principal de l’âme musicale andalouse.  

 

L’apport d’Ibn Bâjja 

L’après Ziryab sera marqué par la création de nouvelles formes poétiques et  musicales : el muwachah¹ et el zajal², ce qui permet une nouvelle dynamique dans la composition. Puis, l’œuvre musicale de Ziryab sera enrichie par Ibn Bâjja (Saragosse 1070 – Fès 1138). Il fera la symbiose entre les composantes musicales orientale, maghrébine et chrétienne qu’il découvre en Andalousie.  Il restructure la nouba en introduisant le muwachah et le zajal, crée deux nouveaux mouvements : el istihlâl et el amal, met en point un accord en quintes embrassées pour le luth andalou-maghrébin qui est encore pratiqué : ramal au Maroc, oûd ârbî en Tunisie, kouitra en Algérie. Quel que soit le nom qui lui est donné : musique andalouse, arabo-andalouse, andalou-maghrébine, musique hispano-musulmane, le legs musical d’Andalousie a survécu bon gré mal gré jusqu’au jour d’aujourd’hui.  

 

Modernisation  

Durant le XXe siècle, une nouvelle impulsion lui est donné par la diffusion, l’enregistrement et la modernisation par l’introduction de nouveaux instruments comme le piano, la guitare et la flûte traversière. En dépit de ses différentes dénominations et évolutions selon le génie de chaque région, la suite vocale et instrumentale, soit la nouba, demeure la base commune. Au Maroc, il est connu sous le nom de âla et/ou gharnati (musique instrumentale par opposition à la musique religieuse essentiellement vocale) comme à Tlemcen. En Tunisie : malouf (musique composée) comme à Constantine. En Algérie et dans sa capitale : san’a³. Voilà trois grandes écoles (ou styles) issues respectivement de Grenade, Cordoue et Séville. Elles partagent le même répertoire reposant sur sept modes fondamentaux : djarka, raml el maya, zidane, aâraq, sika, mezmoum, moual. Toujours est-il que le gharnati se différencie dans la forme. Il est généralement exécuté en petite formation, composée de musiciens à la fois instrumentistes et chanteurs. Le chant en solo est valorisé et interprété à l’unisson par un ensemble restreint, parfois enrichi d’ornements vocaux effectués par le chanteur.  

 

Mohamed Redouane   

 

  1. Muwachah(ornement) : poésie strophique qui rompt avec la métrique classique arabe. Structure rythmique et multirime, le muwachah est constitué de stances et d’un nombre variable d’hémistiches.  
  2. Zajal(émouvoir) : sorte de muwachah qui utilise la langue dialectale.  
  3. San’a(œuvre d’art) : construction élaborée et distincte de la musique populaire. Pièce vocale qui forme la cellule de base dans la construction de l’édifice de la nouba. 

 

Bibliographie:

  1.  Chants andalous par Sid Ahmed Serri. Editions Ibda, 1997.  
  2. Ziryab l’oiseau noir maitre du mode de vie par Robert W. Lebling Jr. Edition Saudi Aramco World, juillet 2003.  
  3. Chant et musique de la nawba ou nûba algérienne par Rachid Guerbas dans Horizons maghrébins, n°47, 2002.  
  4. Histoire de la musique arabo-andalouse par Omar Metioui, Tanger, janvier 2001. 
  5. Illustration: Larbi Bensari et son orchestre animant un mariage à Tlemcen (d’après Bachir Yellès)

 

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