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Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

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L’importance de l’oralité dans l’apprentissage, transmission et préservation des traditions algériennes.


jL’identité d’un peuple ne saurait se résumer à la seule connaissance de son histoire événementielle. La représentation des mythes fondateurs, contes et légendes, traditions et croyances populaires,  nous propulse au cœur même du mode de fonctionnement d’une communauté.

Reconnues depuis l’antiquité en tant que maîtresses de foyer,  du fait  de la position et de la place qu’elles occupent au sein de la cellule familiale,  les femmes algériennes sont « proclamées » garantes et dépositaires d’un savoir séculaire, et demeurent de façon indéniable un pilier majeur de la transmission orale et donc de l’apprentissage et de la préservation des us et coutumes algériennes.

Croyances, et rituels au service d’une tradition millénaire

A titre d’exemple,  nous pouvons évoquer les pratiques de la population kabyle qui a longtemps baigné dans un ensemble de croyances magico-religieuses, et dont le rituel est attribué au seul fait des femmes.

Parmi les rituels magiques les plus prisés, on dénombre ceux auxquels on a recours pour prendre son destin en main. On appelle cela de la magie positive, car ils interviennent le plus souvent en cas d’infortune, ou d’un destin qui se fait attendre.

Il convient de préciser que dans  les communautés ou la structure familiale joue un rôle  prépondérant dans la bonne marche de la société, les trois choses  considérées comme essentielles, et qui rythment la vie après la naissance, sont : le passage à l’âge adulte,  le mariage, et la procréation. Si l’une d’elle fait défaut, la réputation de la famille s’en verra ternie, et ses relations sociales (donc économiques) altérées.

Autant dire, et de façon avérée que la place de la tradition et de sa transmission jouent ici un rôle majeur dans la bonne marche de la société.

Dans un autre registre, nous avons le jeu de Buqala qui est à l’origine une pratique divinatoire, devenue un jeu accompagné de courts poèmes, récités ou improvisés,  pour être à la fin interprétés comme des présages.

Le jeu d’el Buqala était très en vogue dans les vielles cités historiques d’Alger et ses environs, et la présence de la pratique est attestée dès le XVI e siècle en Algérie,

Le jeu est pratiqué par les femmes, toujours de nuit, et de préférence la veille du mercredi, vendredi et dimanche. L’élément essentiel, et qui a donné son nom à la pratique : c’est le récipient de terre à deux anses, rempli d’eau, que l’officiante, généralement une femme âgée, tient en équilibre sur ses deux pouces tendus à hauteur du visage.

Aujourd’hui, el bouqala est considérée comme un patrimoine que nous devons préserver. Si sa pratique tombe en désuétude, quelques auteurs algériens s’attellent désormais à la collecte et à la retranscription des  innombrables bouqalates, dont certaines sont très révélatrices dans l’art de l’improvisation et de la versification de nos aïeuls.

Contes, légendes et transmission orale par le récit 

Le rôle des récits des contes et légendes n’est plus à démontrer, et dans certaines régions à influence bédouine ; le récit fut longtemps diffusé par El goual : littéralement, celui qui  dit. Son rôle est de relater les prouesses du héro arabo-musulman dans les  endroits à large diffusion : places publiques, lieux de culte, marché hebdomadaire. La tradition du gawwal fut longtemps ancrée dans une réalité sociale et politique, car il incarne l’esprit qui veille sur « la cohésion  tribale » appelée « Al assabia ».

Mais les récits, que nous autres gardons en tête sont ceux rapportés par nos mères ou grands-mère. Parmi les contes algériens les plus connues : retenons celui de la belle histoire de Fatima El M’aakra ou Fatima « la Fardée », qui est l’une des vieilles légendes les plus connues d’Alger.

Porteuse d’un message et d’une morale, l’influence de ce récit fut tel, que s’il vous arrive de vous promener dans les ruelles étroites de notre fière Casbah, n’hésitez pas à demander aux passants, de vous montrer la douera de Fatima El M’aakra. « Vous pouvez être sûr que nul, qu’il soit jeune ou vieux ne trouvera de difficulté à vous l’indiquer. Une fois là- bas, frappez à la porte et demandez aux actuels occupants de la maison de vous autoriser a vous recueillir dans la chambre de la « sainte » jeune fille, et vous verrez là, au milieu de la pièce les traces encore visibles des pieds du catafalque d’El M’aakra ! »

La difficile conservation des traditions, à travers un cérémonial en mutation

Les traditions algériennes encore présentes aujourd’hui, sont observées à travers les cérémonies qui ponctuent nos vies : à savoir les naissances, les mariages et autres circoncisions…

Par exemple le rituel du bain et la mise en beauté de la mariée forment une coutume très féminine que l’on s’obligeaient (il y’a encore quelques décennies)  à suivre dans le détail. A l’origine, chaque geste, toute pratique liée à cet événement est révélatrice d’une croyance.

Ainsi le jour convenu du bain, tout un cortège de femmes à pied suivent la fiancée en direction du hammâm, entièrement réservé par la famille, pour l’occasion ou l’on entend sans arrêt pousser des youyous, et chanter le taqdâm. « La cérémonie ainsi que les objets nécessaires au bain, tels que la fameuse tassa en cuivre, el mahbes, el bniqa, el fouta…) font partie intégrante de notre patrimoine immatériel. »

Il y’a encore quelques temps, il existait même une profession purement féminine, dont la représentante était chargée de veiller à la bonne marche des pratiques rituelles et traditionnelles lors des cérémonies de mariages : C’est le métier de ‘’ Machta. .

« Extrêmement appréciée pour son rôle d’esthéticienne, et son influence par ses connaissances des us et coutumes, ses conseils forts avisés à toutes les familles qui entamaient des liens pour un éventuel mariage, el machta garantissait le respect et la pratique de la tradition ». Le métier connait aujourd’hui un renouveau incité par un regain d’intérêt des familles et un retour à nos coutumes ancestrales.

Est-ce pour autant suffisant pour garantir la transmission d’un savoir qui se perd de plus en en plus ?

Dans une société qui se modernise de jour en jour et qui se veut donc de moins en moins traditionnelle, les femmes sont-elles encore ces gardiennes des traditions maintenant qu’elles ont la possibilité de choisir autres choses, que ce que leurs aînées héritaient de leurs mères et grand-mère ?

Aujourd’hui c’est à l’école que nous sommes censés inculquer à la jeune génération si ce n’est l’intégralité de nos traditions ancestrales, le respect du savoir et du parcours de nos aïeux, à travers un enseignement revalorisé de notre histoire millénaire.

Rétablir et restaurer la mémoire collective et plurielle, des algériens reste un chantier  important, si ce n’est le plus important de tous, à entreprendre et poursuivre sans relâche car le retard et les lacunes sont considérables. Un peuple munis de la connaissance de son passé, décide de son présent, et futur, en toute conscience!

Mira B.G

Illustration :

  1. « Femmes de Tlemcen », XXe

 

 

 

 

 

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