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Les femmes algériennes : l’histoire d’un combat interminable


combNous sommes bien d’accord sur l’idée que l’on lui doit respect 365 jours par an et non une demi-journée dans l’année. Par féminisme et même par logique, nous autres femmes nous refusons souvent de cautionner cette fête dans un pays où on traite les mères, les sœurs, les épouses et les filles comme des « sous-être humains ». Mais à Babzman, nous ne feront pas l’impasse sur cette date pour faire un petit rappel de la grandeur de la femme Algérienne. Ceci pour la simple raison qu’elle demeure une héroïne d’avoir traversé les pires conflits dans son pays et de s’en sortir vivante et la tête haute. Malgré des lois scélérates (code de la famille !) et des mentalités en régression, l’Algérienne poursuit son combat- à sa manière- pour garder sa dignité d’être humain.

Nous sommes en 2016 et le meilleur vœu qu’on puisse lui souhaiter est de gagner enfin son combat face à l’homme rétrograde qui veut l’asservir par peur qu’elle soit meilleure que lui, ou par crainte d’en être l’esclave…

Babzman vous propose ainsi un article de Ait Benali Boubekeur qui revient sur le parcours de la femme Algérienne aussi présente que l’homme dans notre histoire contemporaine.

 

Depuis le 8 mars 1910, voila 106 ans que la journée internationale de la femme à été célébrée à Copenhague, au Danemark. Cette journée a été décidée à l’initiative de « la conférence internationale des femmes socialistes », proposée par Clara Zetkin née le 8 mars 1857, réunissant dix-sept pays. Les résolutions de cette conférence étaient toutes inhérentes aux droits de la femme, tels que le droit de vote, l’exercice de la fonction publique, le droit à la formation professionnelle, etc.

Par ailleurs, bien que le combat n’ait pas cessé pour l’égalité des droits entre les deux sexes, les deux grandes guerres ont éclipsé, pour un moment, cette dynamique. Il fallait donc la fin de la guerre de 39-45 pour que les revendications refassent surface derechef. Cette fois-ci, les congressistes, réunis à San Francisco du 25-26 avril 1945, ont pris les revendications légitimes des femmes à bras le corps. Il a été décidé dans la foulée de proclamer l’égalité des sexes en tant que droit fondamental. Mais, pendant que ces décisions se prenaient en Europe et en Amérique, l’Afrique était sous le joug colonial. Considérés comme sujets, ces textes ne les concernaient ni de prés ni de loin. En tout cas, pour l’Algérienne, il fallait qu’elle participe activement à la lutte armée pour qu’elle recouvre son indépendance. Et une fois celle-ci acquise, il fallait qu’elle milite pour qu’elle soit reconnue et respectée.

1) Le combat de la femme algérienne pour l’indépendance.

Le statut de sujet, des Algériens en général, ne tendait qu’à nier leur existence. Bien que l’extermination n’ait pas été officiellement assumée, il n’en reste pas moins que pendant les quarante ans de pacification, de 1830 – 1871, la population a dégringolé de 3 millions à 2,1 millions d’habitants. La femme algérienne n’a pas échappé à la furie des Bugeaud, Clauzel, Berthezène, de Bourmont, St Arnaud, Montagnac et Pélissier. Dans une lettre de ce dernier à Bugeaud, Pélissier a raconté l’enfumade du Dahra en été 1845. Après avoir obligé les Algériens à rentrer dans la grotte, «un corps de troupes françaises s’est occupé à entretenir un feu infernal. Entendre le gémissement des hommes, des femmes, des enfants et des animaux ; le craquement de rochers calcinés s’écroulent et les continuelles détonations des armes… Le matin… J’ai vu un homme mort, le genou à terre, la main crispée sur la corne d’un bœuf. Devant lui était une femme tenant son enfant dans ses bras… On a compté 760 cadavres. » Dans cette phase sombre de la colonisation, le moins que l’on puisse dire c’est que les souffrances étaient les mêmes que se soit pour les hommes ou pour les femmes.

Plus tard, en dépit de la répression systématique des autorités coloniales, le peuple a résisté par diverses formes de lutte. Et à chaque fois qu’une revendication était de nature à demander l’égalité entre les Algériens et les Français d’Algérie, les autorités coloniales ont maté sans vergogne ces manifestations. Le summum de la violence a été atteint le 8 mai 1945 lors de la célébration de la victoire des soi-disant démocraties de l’époque contre les régimes totalitaires, représentés par Hitler et Mussolini. Ainsi, la femme algérienne a été profondément marquée par ce massacre, à Sétif et à Guelma, à ciel ouvert.

Cependant, bien qu’elle soit confinée dans la vie familiale, le déclenchement de la guerre, en novembre 1954, a été considéré par ces femmes comme une occasion idoine pour se libérer du carcan colonial. Du coup, sur les 1010 combattants de la première heure, les 49 femmes qui, dés le premier mois, ont rejoint le FLN-ALN ont représenté 5% de l’effectif initial des combattants. Cette nouvelle donne a amené les chefs de l’insurrection à intégrer la femme dans la nouvelle équation, cette fois-ci, comme variable non négligeable. Cette adhésion des femmes, quoi que difficile au début, a été pleinement assumée. Voici le récit de Djamila Amrane, auteure de « Femmes au combat» : « Le départ au maquis est l’acte qui marque le plus profondément et de manière irréversible la coupure avec la famille et le mode de vie traditionnel. Ces jeunes filles, dont la moindre sortie était contrôlée par leurs parents, font preuve d’un courage et d’une volonté exemplaires en décidant d’abandonner leur vie protégée pour la lutte dans les maquis. »

Cependant, l’intégration de ces femmes étant peu ou prou acceptée, un accord a été conclu entre la direction du FLN et l’UGEMA (Union Générale des Etudiants Musulmans Algériens), connu sous le nom de « l’appel d’Alger ». Ce dernier s’adressait à tous les étudiants sans distinction de sexe. Au sein du bureau de l’UGEMA, deux étudiantes (Hafsa Bisker et Zoulikha Bekaddour) ont joué un grand rôle de sensibilisation. Par la suite, les membres de l’insurrection de l’intérieur, réunis à Ifri en aout 1956, ont rappelé le rôle de la femme pendant cette période cruciale. Elle a été citée dans le texte final en notant : « l’exemple récent de la jeune kabyle, qui repousse une demande en mariage parce que n’émanant pas d’un maquisard, illustre d’une façon magnifique le moral sublime qui anime les Algériennes. »

Ce moral d’acier et cette détermination exemplaire ont été mis à l’épreuve lors de la grande répression de février 1957. Après le vote des pouvoirs spéciaux, la répression inouïe des paras, dirigés par le général Massu, a poussé les chefs du FLN à se replier momentanément vers l’extérieur. Dans les mois suivants, plusieurs milliers de militants ont été arrêtés. La plupart d’entre eux étaient torturés et exécutés au mépris de toutes les lois. Pendant cette période, les militantes du FLN ont pris la relève en perpétrant des attentats, et ce malgré le bouclage de la ville par les paras. En somme, quoi qu’il ait été épilogué sur la guerre d’Algérie, aucun historien n’a remis en cause le rôle joué par la femme algérienne depuis le début de la guerre jusqu’au cessez le feu. D’ailleurs, les anciens documents du FLN ont même évoqué son avenir dans le futur Etat indépendant : « dans ce domaine, le parti ne peut se limiter à des simples affirmations, mais doit rendre irréversible une évolution inscrite dans les faits en donnant aux femmes des responsabilités en son sein. »

2) La femme algérienne enfin libre

Le 5 juillet 1962 a été une occasion de fêter dans la joie l’indépendance recouvrée. Les femmes ont déferlé dans les rues des grandes villes, telles qu’Alger, Oran, Constantine, etc. Ainsi, coude à coude, tous les Algériens célébraient, pendant plusieurs jours, la naissance du nouvel Etat et criaient leur désir de vivre libre. Hélas, la logique du parti unique et de la pensée unique ont rendu ce rêve utopique. Dans ce monde où la force du cerveau devait être proportionnelle à la force des bras, la femme a été de fait exclue. Par ailleurs, bien qu’un appel ait été fait à toutes les forces vives de participer à l’édification de la nouvelle nation, l’Algérienne a été tout bonnement écartée de toutes les responsabilités. Selon Djamila Amrane : « Sur 194 membres, la première Assemblée constituante compte 10 femmes, toutes anciennes militantes. Elles ne sont que 2 sur les 138 membres de la deuxième assemblée. Au parti, aux syndicats, aucune n’a un poste de responsabilité. » Même celles qui avaient la chance d’être désignées ne pouvaient pas avoir la liberté de ton. Le témoignage de Jemaa, ancienne maquisarde, montée au djebel dés les années 1950 du coté des Aurès, est édifiant. A l’indépendance, disait-elle, j’ai essayé d’être à l’UNFA (Union Nationale des femmes Algériennes), mais je ne leur ai pas été utile, ils préfèrent des femmes qui applaudissent et qui ne parlent pas trop comme moi, a-t-elle conclu.

Par ailleurs, l’éloignement de la femme des sujets brulants de la société a laissé le chemin libre aux législateurs du parti unique. Toutefois, jusqu’aux années quatre-vingt, les Algériens étaient tous soumis au code civil. Ce dernier n’était nullement en contradiction avec les constitutions de 1963 et 1976. Mais voila que le 9 juin 1984, un code de la famille a été adopté, à huis clos, à l’APN (Assemblée Populaire Nationale), dont la représentation féminine était quasiment nulle. Il est communément reconnu, y compris par certains hommes politiques, que le code de la famille est injuste dans au moins deux dispositions : la polygamie et le tutorat. La première prive la femme du droit à la jalousie et la seconde la rend mineure à vie.

Cependant, plusieurs associations féministes ont été crées en vue de lutter contre ce statut scélérat, à leur yeux. Regroupées en coordination des femmes, ces associations ont organisé moult manifestations pour infléchir les pouvoirs publics. La décennie noire, pour ne pas incriminer aucune partie, a suspendu carrément la vie politique en Algérie. Le retour relatif au calme a permis de relancer le débat. La journaliste du journal le Monde, Florence Beaugé, qui suit depuis des années l’actualité algérienne, a noté à propos des promesses du président Bouteflika d’amender le code de la famille que : « l’avant projet, adopté par le gouvernement à l’automne 2004, prévoyait pourtant que la présence du tuteur matrimonial, le plus souvent père ou frère, ne serait plus obligatoire. Les partis islamistes dénonçaient par avance cette disposition, contraire, disaient-ils, à la charia, le droit religieux qui régit la vie des musulmans. »

Finalement, le président a reculé sur les amendements envisagés tels que la suppression du tuteur lors de la conclusion du mariage. Bien que certains amendements soient positifs, il n’en demeure pas moins que la suppression de ce code est tout bonnement nécessaire. Car l’Algérie n’est pas plus rétrograde que certains pays musulmans ne possédant pas ce genre de code.

Pour conclure, l’Algérienne, qui a participé à toutes les périodes cruciales de son pays, doit être l’égale de l’homme. Pendant la colonisation, la femme algérienne a subi les pires humiliations. Aujourd’hui rien ne justifie son statut inférieur. D’ailleurs, son émancipation ne sera que bénéfique pour l’avenir de l’Algérie. Les études comparatives, les analyses sociologiques et économiques montrent que là où la femme est infériorisée, la société ne progresse pas, ou progresse lentement, que celles qui favorisent l’égalité entre les hommes et les femmes, a écrit un universitaire algérien dans un de ses textes.

Par Ait Benali Boubekeur,

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