.
.

Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

.

Traduire l'article :

Léon l’Africain révèle l’Afrique


leo_africanusDiplomate, chroniqueur, voyageur et érudit, Léon l’Africain (1486-1550), de son véritable nom Hassan Ibn Mohamed el Ouazzan, était un natif de Grenade. Il fut le témoin des bouleversements de son siècle, et incarne le trait d’union entre les deux rives de la Méditerrané, en révélant au monde occidental une Afrique encore méconnue. Sa vie se narre tel un conte riche en tribulations.

L’homme et son époque

Le XVI siècle fut marqué par de grands faits historiques et géopolitiques. Léon l’Africain n’est encore qu’un enfant lors de la Reconquête catholique par les Castillans de 1492. Il vit l’exile des andalous arrivés en masse aux Maghreb, et s’installe avec sa famille à Fez où il reçoit une éducation théologique dans les plus prestigieuses écoles et medersas coraniques.  Il découvre très jeune des contrés lointaines telles que  Tombouctou, l’Irak et l’Arménie lors des missions diplomatiques de son oncle et renforce à son tour, sa position de diplomate et chargé de mission auprès de la cour de la dynastie des wattasides (1472 – 1554), qui régna sur le Maghreb occidental.

Vint dès lors le temps des pérégrinations, et des voyages, qui lui inspireront son ouvrage majeur « Description de l’Afrique». Hassan explore la Perse, l’Arménie et les contrées de l’Empire songhaï en Afrique de l’ouest, avant de voir son destin basculer en l’an 1518, lorsqu’il est fait captif des castillans, au cours d’un acte de piraterie sur les côtes de l’ile de Djerba (Tunisie). Offert au pape Léon X, le lettré musulman « débarqué » dans la cour du Vatican devient une curiosité. Il devient en ce sens, un objet d’études pour la cour et attire la sympathie du Pape qui l’affranchit et le convie à demeurer auprès de lui. Il se fait baptiser Léon, en honneur au pape Léon X, suite à sa conversion au Christianisme. En l’an 1521, il entreprend l’écriture de « Description de l’Afrique » qui ne sera révélée qu’à titre posthume.

Léon en terre de Numidie

Arrivé en terre de Numidie, selon certaines sources, en l’an 1516  lors d’un périple vers Istanbul, en passant par Tunis et l’Egypte. Il décrit minutieusement les mœurs locales, livrant ainsi détails rutilants et analyses sociologiques ainsi que ses impressions sur de nombreuses villes et régions telle qu’Oran,  Tougourt, Gourara et Ténes. A propos d’Oran, il dit ceci : « Oran est une grande cité fournie d’édifices et de toutes sortes de choses qui sont séantes à une bonne cité, comme collèges, hôpitaux, bains publics et hôtellerie, la ville étant ceinte par ailleurs de belles et hautes murailles».

L’importance de ses écrits est sans conteste, et ce pour les générations à venir comme le précise A, BEIBIUGGER qui  exprime en ce sens le rôle  de l’ouvrage de Léon l’Africain pour cerner  le continent noir, au moment de l’entreprise coloniale occidentale. Des détails cocasses, à la description géostratégique, ses récits sont non sans controverses quant à leurs certitudes mais  néanmoins non négligeables et denses en  informations« Léon occupe la première place dans cette galerie africaine, et ce n’est pas sans motifs. Contemporain et spectateur de l’établissement turc à Alger, il se trouve, par sa date, en tête de la période [ ] qui s’ouvre avec le 16′ siècle; alors que l’Europe commence contre l’Afrique du Nord la série des entreprises militaires »  et ajoute « Léon a été mis largement à contribution par tous les auteurs qui ont écrit sur l’Afrique depuis trois siècles ».

Ce contemporain de Charles Quint ; des Frères Barberousse ou encore le Jacob Mantino ben Samuel avec qui il élabore un dictionnaire hébreu- arabe- latin fut un nœud central de clivage entre occident et Afrique, et pratiqua le comparatisme bien avant Montesquieu, l’auteur des « Lettres persanes ».

 

C’est sans conteste, le roman historique d’Amin Maalouf, paru en 1986, qui le révéla à notre époque. Il revient à travers les quatre chapitres du livre « Le livre de Grenade » , « Le livre de Fez », « Le livre de Caire » puis  « Le livre de Rome » sur la dimension humaniste  et universaliste de Léon l’Africain. « …de ma bouche tu entendras l’arabe, le turc, le berbère, l’hébreu, le latin et l’italien vulgaire, car toute les langues, toutes les prières m’appartiennent » dixit Léon l’Africain à travers la plume du romancier.

 

Leila Assas

 

Bibliographie

  1. LÉON L’AFRICAIN:Description de l’Afrique. Paris, Leroux, 1896-1898.
  2. Léon l’Africain, voyageur entre deux mondes parMEHDI GHOUIRGATEMAÎTRE DE CONFÉRENCES EN ARABE À L’UNIVERSITÉBORDEAUX-MONTAIGNE ET MEMBRE DU PROJET “IGAMWI”   lettre persane
  3. A, BEIBIUGGER, Jean Léon- Revue Africaine N° 11 juillet 1858
  4. BousbaSouhila, Histoire et interculturalité dans Léon l’Africain d’Amin Maalouf . Master Sciences des textes littéraires- Université Abderrahmane Mira de Bejaia2016
  5. Portrait de Léon l’Africain par Sebastiano del Piombo, vers 1520).

Commentaires Facebook

commentaires



L’équipe Babzman est composée de spécialistes, amoureux de la culture Algérienne sous toutes ses formes. Qu’ils soient passionnés d’art, d’histoire ou encore de patrimoine, ces contributeurs de tout horizon, vous offrent un voyage dans le temps, à la découverte de l’Algérie millénaire.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *