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L’Emir Khaled : l’éloquence des mots


khaledCertains le décriront comme le précurseur du nationalisme, « le premier à avoir mené campagne en faveur de l’indépendance algérienne » (G. Esquer et Ch. A. Julien). D’autres le rangent parmi les partisans de l’assimilation et parmi « les précurseurs de l’intégration » (Ch. H. Favord et J. Lacouture). Une chose est sûre il ne faisait pas l’unanimité, pas plus que son grand-père l’Emir Abdelkader de nos jours.

Dans al-Chihab de février 1936, Ibn Badis évoque l’Emir Khaled, décédé depuis peu en des termes élogieux : « héros de l’islam, illustre personnage arabe, l’un des fils exceptionnel de l’Algérie, qui fut de cette race d’hommes dont on ne voit les pays produire de semblables qu’à intervalles de plusieurs dizaines d’années.

Quelque soit l’opinion qu’on puisse avoir de lui-nul n’est autorisé à porter des jugements sans avoir de sérieux arguments- le petit fils de l’Emir Abdelkader avait le courage des mots. Dans une lettre adressée au président des Etats-Unis, Woodrow Wilson, en mai 1919 il écrivait : «comme au temps des Romains, les Français refoulèrent progressivement les vaincus en s’appropriant les plaines fertiles et les plus riches contrées. Jusqu’à nos jours, on continue de créer de nouveaux centres de colonisation, en enlevant aux indigènes les bonnes terres qui leur restent, sous le prétexte intitulé : « Expropriation pour cause d’utilité publique ». Les biens Habous, qui se chiffraient par des centaines de millions de francs et qui servaient à l’entretien des monuments religieux et à venir en aide aux pauvres, ont été pris et répartis entre les Européens, chose extrêmement grave étant donné la destination précise et religieuse qu’avaient assigné à ces biens leurs donateurs. » (…) « Sous un régime dit républicain, la majeure partie de la population est régie par des lois spéciales qui feraient honte aux barbares eux-mêmes. »

« En vaincus résignés, nous avons supporté tous ces malheurs en espérant des jours meilleurs. La déclaration solennelle suivante : « aucun peuple ne peut être contraint de vivre sous une souveraineté qu’il répudie » faite par vous en mai 1917, dans votre message à la Russie, nous laisse espérer que ces jours sont enfin venus. Mais, sous la tutelle draconienne de l’administration algérienne, les Indigènes sont arrivés à un degré d’asservissement tel qu’ils sont devenus incapables de récriminer : la crainte d’une répression impitoyable ferme toutes les bouches. »

Quelques années plus tard, dans El Ikdam du 1er septembre 1922, il publiait un article sur le code forestier et la réalité algérienne, en réponse à l’Echo d’Alger qui avait noirci beaucoup de lignes sur les incendies de forêts en accusant les algériens. « O civilisation ! O justice ! que de crimes inqualifiables se commettent en votre nom », écrit l’Emir et d’expliquer plus loin comment vivaient les algériens avant : « Les arabes sont essentiellement pasteurs. Avant l’occupation, en cas de sécheresse, ils se rabattaient sur les forêts. A ce moment l’étendue des terrains couverte de forêts était plus considérable que de nos jours (…) Aujourd’hui, par suite du refoulement, les indigènes du Tell se trouvent enclavés entre les propriétés des colons et les forêts de l’Etat. D’où qu’ils aillent les procès-verbaux leur pleuvent sur la tête. »

Quelques mois plus tôt, le 25 avril 1922, l’Emir Khaled prononçait un discours devant le président de la République française, à la Mosquée Sidi Abderrahmane. Modéré, son discours fut pourtant jugé anti-français. Sa principale revendication : une représentation musulmane au Parlement français.

Pour certains Français, « ce ne fut pas un spectacle sans grandeur que de voir le petit-fils d’Abdelkader parler presque d’égal à égal avec le Président de la République », mais il leur parût intolérable. Leur réaction a été de répandre la nouvelle d’un grave incident et feront barrage à cette idée « intolérable ».

Même s’il reste catalogué d’assimilationniste, l’Emir Khaled, durant les années 1920-juste après la première Guerre- use de mots forts et ose avancer des revendications pionnières pour cette époque que certains historiens considèrent comme étant les prémices du nationalisme algérien.

Synthèse K.T.

Sources :

  1. « Enquête sur les origines du nationalisme algérien. L’émir Khaled, petit-fils d’Abd El-Kader, fut-il le premier nationaliste algérien ? », par Charles-Robert Ageron. In Revue de l’Occident musulman et de la Méditerranée, Année 1966, Volume 2, Numéro 1
  2. Mahfoud Kaddache, « L’Emir Khaled. Documents et témoignages pour servir à l’étude du nationalisme algérien ». OPU, 2009

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