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LE ROSSIGNOL DU BANJO, SID AHMED AMAROUCHE dit « NAGUIB », par le Dr Rachid MESSAOUDI


naguibAHMED AMAROUCHE dit « NAGUIB »

 On ne peut parler de banjo ténor algérois sans se référer à ce vertueux musicien, absent regrettable de la famille du chaâbi depuis 1980, année durant laquelle il mit volontairement fin à sa carrière.

Sans forfaiture et sans volonté de forcer dans l’éloge, « naguib » reste à ce jour, le plus talentueux banjo ténor au vu de ses mélodies fouillées, ses répliques originales et son sens de l’anticipation. Il a joué avec les plus grands maîtres du chaâbi tel qu’El Hadj M’hamed EL ANKA et Amar EZZAHI sans oublier Boudjemaâ El ANKIS et El Hadj El Hachemi GUERROUABI.

Quand je l’ai rencontré le 6 mai 2011, il s’est livré avec parcimonie de langage, en profonde modestie et refusant délicatement le titre de meilleur ténor. Sobre et se refusant à toute ostentation, il a bien voulu prendre un café et bavarder de son parcours musical.

Natif de Bougie (Béjaia) en  1953, père de quatre enfants et grand-père depuis quelques mois, il doit son prénom Naguib à son père qui l’a gratifié à sa naissance de ce prénom par sentiment patriotique et par admiration pour ce grand Général égyptien, compagnon de Gamal ABDENNASSER.

Né dans une famille de musiciens, il fut naturellement réceptif à la musique dès l’âge de quatorze ans. En 1963, Mourad, le frère aîné revint de France, où il était en formation, avec une guitare. Après avoir aiguisé son écoute, Naguib fit ses premiers essais avec cet instrument  vers 1966. Sa source d’inspiration reste Mohamed KABOUR dit « ettailleur » qui fait école et dont les « istikhbarates » n’avaient pas de pareils. Cependant, « naguib » considère que AOUALI Mohamed Seghir dit Moh Essghir laâma a des touches  et des finesses particulières d’autant que sa façon de jouer de l’extérieur vers l’intérieur et à contre courant des autres musiciens est impressionnante. Naguib insiste sur BOUHERAHOUA  abdelkader dit Kaddour ECCHERCHALI né à la Casbah en 1911 et décédé en 1968, originaire de Cherchell qui fait figure de pionner dans l’art du banjo. N’oublions par Mohamed Rachidi dit Cheikh Ennamous, évoluant dans un autre style.

C’est son père qui lui offrit son premier banjo mandoline acheté à la Rue Tanger cher Mr LAMRI.

En 1963 toujours, Naguib s’inscrivit au Conservatoire d’Alger où il rencontra des élèves de Hadj M’hamed El Anka tels que TAMACHE, BOUAFIA, CHERCHAM et bien d’autres.

Mustapha SKANDRANI qui dirigeait l’orchestre chaâbi où se produisaient des figures marquantes comme BAHAR, SERGUOUA etc, a vite remarqué la force de Naguib qui s’inspirait alors de Mohamed ETTAILLEUR.

De passage à BEJAIA, il apprit à jouer les touachi auprès de SADEK EL BDJAOUI.

Quand Naguib interpréta sous le regard d’El ANKA la touchia Ghrib, le grand maître finit par l’adopter et lui proposa de venir apprendre la musique en dehors du groupe de ses élèves.

La légende nous apprend qu’El Hadj M’hamed El ANKA le surnommait « El Ghoul DIALI », mon ogre pour souligner le talent naissant du jeune prodige.

Abdelkader CHERCHAM intégra Naguib dans son orchestre en 1968. Une sollicitation d’El Hadj M’hamed El ANKA en 1969 a été cordialement refusée par Naguib, sans doute par crainte du grand pilier et emblème  de la chanson chaâbi.

En 1970, El Hadj M’hamed El ANKA était président d’honneur de la JSEB, club de football d’El Biar. Un certain « AMMI ZOUBIR » et Mustapha SAKHRI ont évoqué NAGUIB en présence d’El ANKA qui finit par imposer le jeune musicien dans son orchestre.

Dès lors, Naguib faisait partie de la troupe. En 1973, lors d’un mariage, NAGUIB commit l’impair de ne pas exécuter un koursi deux fois mais une. El ANKA lui en fit la remarque d’un geste. Ce fut le seul « accroc ». El ANKA donnait toute liberté à NAGUIB, assuré de la maîtrise du jeune élève.

EZZAHI, en pleine verve en 1973, fit appel à NAGUIB après un contact de feu elhadj BENAISSA. Il l’accompagna jusqu’en 1979. Je ne saurais tarir d’éloges pour cette tranche de l’histoire du chaâbi d’Alger. Peuvent en témoigner les enregistrements de fêtes où le mandole d’EZZAHI et le banjo de NAGUIB se donnaient la réplique.

C’est à la mort de ce virtuose Kadour ECCHERCHALI en 1968 que Naguib débuta sa carrière quand il rencontra Mohamed ettailleur. Pourquoi le banjo ténor ? Pour le rythme, rapide, libre à l’instar de Dahmane El HARRACHI qui fut d’abord banjo ténor sous l’aile de Kaddour ECCHERCHALI avant de passer au mandole. Les bonne oreilles vous diront combien la touche de  Dahmane reste difficile à être adoptée tant la maîtrise de l’instrument lui était éloquente. D’ailleurs Naguib reste friand des concerts de ce grand artiste méconnu jusqu’à nos jours.

Boudjemaâ El ANKIS avait le privilège de chanter avec l’un des meilleurs orchestres d’alors. C’est ainsi que Bachir MIRES, ayant un lien de parenté avec Naguib, en accord avec Djaafar FASSOULI suggéra à Boudjemaâ El ANKIS d’intégrer ce jeune musicien à l’orchestre. Le chanteur se montra hésitant avant de céder sous la pression de Mouhouche le percussionniste  (derbouka)

La première prestation de Naguib fut possible avec Boudjemaâ El ANKIS lors de la célébration du mariage de KALEM,  le célèbre joueur du CRB, en 1968, au sein des bâtiments du groupe du 1er mai.

Après un bref séjour à Marseille et les propositions d’un certain SAUVEUR qui voulait le coopter avec LILI BONICHE à Paris, en lui offrant toutes les conditions en vain qu’en 1980 que NAGUIB coupe court à sa carrière pour des raisons religieuses selon son propre aveu, nous privant à ce jour de ces gouttes sonores qui tombent comme la rosée sur nos sens.

Quand je l’ai interrogé sur les jeunes joueurs de banjo d’aujourd’hui, il m’a parlé d’anarchie de certains musiciens. Il n’a pas retrouvé l’âme de l’artiste qu’il exprime par le voyage des sens, ce transport qui fait dire à l’instrument des choses surprenantes et inattendues. Nous avons parlé de l’émotion, du trac du musicien sur scène. Beaucoup d’agréables souvenirs avec Amar EZZAHI qu’il considère comme l’actuel fer de lance du chaâbi, de sa capacité à emprunter les chemins les plus ardus de la musique, de sa curiosité à se défier dans des poésies méconnues et qu’il met au grand jour.

Il donne néanmoins faveur à ABDENOUR MOHAMED dit « Ptit MOH » qu’il voit émergeant.

A l’instar de nos grands artistes chaâbi, il partage un parcours professionnel insolite. En 1970, il fut horloger et s’occupait de la vente de pièces de rechange. Puis il fut gestionnaire d’un atelier de menuiserie. Ensuite, magasinier dans un Souk El Fellah. Aujourd’hui, il travaille aux chèques postaux.

 Dr   Rachid MESSAOUDI 

 

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