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Le martyre des femmes algériennes pendant la guerre d’indépendance : La torture de « Lila »


 

lou2Le 20 juin 2000 paraît à la « une » du « Monde » un court article qui va déclencher en France un retour de mémoire inattendu sur la guerre d’Algérie : une ancienne combattante algérienne, Louisette Ighilahriz, raconte comment, quarante ans plus tôt, elle a été torturée dans les locaux de la 10e division parachutiste (DP) du général Massu, à Alger. 

Babzman partage avec vous ce témoignage, qui a valu à  Louisette Ighilahriz, bien des déconvenues : : « Cet article a fait basculer ma vie. Il n’avait pas été dit en toutes lettres que j’avais été violée mais on pouvait le comprendre. En Algérie, je n’avais jamais pu dire ma honte, mon déshonneur. Et voilà que, brusquement, on me libérait de cette chape de plomb. Avec mon mari, il n’y a pas eu de problème. Il voulait depuis longtemps que j’évacue ce lourd fardeau. Mais mes enfants, eux, ont très mal réagi. Ma fille a fait une grave dépression. Quant à mon fils, il s’est brouillé avec moi. Une femme qui dévoile l’innommable, ce n’est pas envisageable dans le milieu qu’il fréquente… »

A la recherche de l’homme qui a sauvé « Lila »

« J’étais allongée nue, toujours nue. Ils pouvaient venir  une, deux ou trois fois par jour. Dès que j’entendais le bruit de leurs bottes dans le couloir, je me mettais à trembler. Ensuite, le temps devenait interminable. Les minutes me paraissaient des heures, et les heures des jours. Le plus dur, c’est de tenir les premiers jours, de s’habituers à la douleur. Après, on se détache mentalement, un peu comme si le corps se mettait à flotter. » 

Quarante ans plus tard, elle en parle avec la voix blanche. Elle n’a jamais eu la force d’évoquer avec sa famille ces trois mois qui l’ont marquée à vie, physiquement et psychologiquement.

Elle avait 20 ans. C’était en 1957, à Alger. Capturée par l’armée française le 28 septembre, après être tombée dans une embuscadelou1avec son commando, elle avait été transférée, grièvement blessée, à l’état-major de la 10e division parachutiste de Massu, au Paradou Hydra. « Massu était brutal, infect. Bigeard n’était pas mieux, mais, le pire, c’était Graziani. Lui était innommable, c’était un pervers qui prenait plaisir à torturer. Ce n’était pas des êtres humains. J’ai souvent hurlé à Bigeard : « Vous n’êtes pas un homme si vous ne m’achevez pas ! » Et lui me répondait en ricanant : « Pas encore, pas encore ! » Pendant ces trois mois, je n’ai eu qu’un but : me suicider, mais, la pire des souffrances, c’est de vouloir à tout prix se supprimer et de ne pas en trouver les moyens. »

Elle a tenu bon, de septembre à décembre 1957. Sa famille payait cher le prix de ses actes qualifiés de « terrorisme ». « Ils ont arrêté mes parents et presque tous mes frères et sœurs. Maman a subi le supplice de la baignoire pendant trois semaines de suite. Un jour, ils ont amené devant elle le plus jeune de ses neuf enfants, mon petit frère de 3 ans, et ils l’ont pendu… » L’enfant, ranimé in extremis, s’en est sorti. La mère, aujourd’hui une vieille dame charmante et douce, n’avait pas parlé.

« MAIS, MON PETIT, ON VOUS A TORTURÉE ! »

Sa fille aurait fini par mourir, dans un flot d’urine, de sang et d’excréments, si un événement imprévu n’était intervenu. « Un soir où je me balançais la tête de droite à gauche, comme d’habitude, pour tenter de calmer mes souffrances, quelqu’un s’est approché de mon lit. Il était grand et devait avoir environ 45 ans. Il a soulevé ma couverture, et s’est écrié d’une voix horrifiée : « Mais, mon petit, on vous a torturée ! Qui a fait cela ? Qui ? » Je n’ai rien répondu. D’habitude, on ne me vouvoyait pas. J’étais sûre que cette phrase cachait un piège. » Ce n’était pas un piège. L’inconnu la fera transporter dans un hôpital d’Alger, soigne, puis transférer  en prison. Ainsi, elle échappera aux griffes de Massu, Bigeard et Graziani.

Louisette Ighilahriz, « Lila » de son nom de guerre, retrouvera la liberté cinq ans plus tard, avec l’indépendance de l’Algérie. Depuis, elle recherche désespérément son sauveur. Ce souhait est même devenu une idée fixe, une obsession. « J’ai tout essayé, envoyé des messages partout, avec de moins en moins d’espoir de le retrouver vivant. S’il l’est encore, il doit avoir à peu près 85 ans. Je ne veux qu’une chose : lui dire merci. »

Elle ne sait presque rien de Richaud, sinon son nom, pour l’avoir entendu – mais elle n’est même pas sûre de l’orthographe -, sa fonction probable : médecin militaire, et son grade : commandant. A défaut de le revoir, Louisette Ighilahriz voudrait remercier sa fille : « Je me souviens qu’il m’avait dit : « Je n’ai pas vu ma fille depuis six mois, vous me faites terriblement penser à elle. » Alors, je la cherche, elle aussi. Je voudrais lui dire combien son père l’aimait et à quel point il pensait à elle, là-bas, en Algérie… »

 

Sources :

  1. Propos receuillis par : Le monde Afrique
  2. H. Bousselham, « Quand la France torturait en Algérie »

 

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L’équipe Babzman est composée de spécialistes, amoureux de la culture Algérienne sous toutes ses formes. Qu’ils soient passionnés d’art, d’histoire ou encore de patrimoine, ces contributeurs de tout horizon, vous offrent un voyage dans le temps, à la découverte de l’Algérie millénaire.


8 thoughts on “Le martyre des femmes algériennes pendant la guerre d’indépendance : La torture de « Lila »

  1. karim

    a toutes les femmes algeriennes en general, et les chahidates et moujahidates de la glorieuse revolution du 1er novembre, vous etes la fierte de la fiere algerie revolutionnaire ,rebelle ,insoumise et combattante, et quoique vous avez subies de tortures ,vous etes inebranlables, et vos tortionnaires sont des minables, les ausareeses, les grazzianis, les bigeards, les massus sont tous des batards plus bas et plus vils que la merde, ils ont perdu leur honneur en indochine, et ils pnt perdu leur conscience et leur humanite en algerie, meme morts , les chiens et les hyenes degueleraient leurs odeurs nauseabondes, meme les nazis n ont pas ete aussi cruels qu eux.

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  2. taibi

    BRAVO BRAVO ET MERCI, CHERE LILA VOUS ETES LA MERE ET LA FIERTE DE TOUS LES ALGERIENS DONT JE SUIS ET SURTOUT FIER D’E VOUS AVOIR COMME MERE. VOTRE SACRIFICE A MARQUE L’HISTOIRE DE NOTRE PAYS, ET VOUS A GRATIFIE DE L’ETERNITE, ALORS QUE VOS TORTIONNAIRES ET CEUX DE BEN MHIDI SONT DANS LA POUBELLE DE L’HISTOIRE.

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  3. Cherpillod Patrick

    Bravo Madame pour votre ténacité et votre courage pour avoir défendu vos valeurs avec bec et ongles…..
    Les femmes, bien souvent, sont bien plus que ce que l’on veut communément faire croire…..
    Il y a bien des hommes qui n’auraient jamais survécus sans leurs mère….

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  4. Cherpillod Patrick

    Trois voyous qui torturent, violent et insultent, ne peuvent être un pays… ce n’est pas la France…
    Mais la France doit indemniser et présenter ses excuses auprès des victimes….

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    1. rouchai

      de quelle indemnisation parlez vous ??? quel est le prix de l honneur selon votre estimation ??? ….APPRENEZ LA MORALE A VOS ENFANTS DANS LES ECOLES ….

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  5. benkadi reda

    je voudrai apporter une toute petite contribution à cette sale guerre qui a été vraiment pénible . voilà en 1958 j’étai un jeune collégien de 12 ans au CEM d’ELBIAR un enseignant d’anglais et de musique (un certain CHARLES) m’a extirpé d’un cour d’arabe pour la composition de musique que consistée à chanter la marseillaise . pour moi c’était une infamie je ne connaissais pas et je ne voulais pas l’apprendre par conviction , ce sois disant enseignant m’a massacré ,a mon retour en cour d’arabe ‘le professeur ( un certain Mr BLOT)m’a qu’il fallait porter plainte et qu’il en est témoin un semaine plus tard le prof d’arabe me dit et alors ,ma a été que voulez que fasse .en le disant à mes parent qu’aurait il pus faire .il aurait eut honte de ne rien faire pour leur enfant.je sais que se n’est comparable mais c’est souvenir qui me brule toujours le cœur.

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  6. boutabba

    chapeau madame, chapeau héros, chapeau moudjahida, si quelqu’un , qui conque aura honte d’avoir une mère comme vous alors il ne vous mérite pas comme mère, moi ma mère , était une moudjahida ayache fetima et j’en suis, je le jure fiére de ma mère, elle nous raconte très souvent ce que elle a subit elle pleure et on pleure avec elle, oui je suis fière de ses méres qui aujourd’hui encore se souviennent de ces moment , marche la tête haute d’hors et dans ta propre maison, ne vous inquiété pas nous sommes toutes vos filles .

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  7. djamal amran

    Colère qui serre la gorge et les tripes, le sentiment que toutes nos mères ont été martyrisées. Ils ont cru la rabaisser et ce sont eux qui se sont retranchés de l’humanité. A ses enfants, leurs frères disent : votre mère est sacrée, comme l’Algérie. Soyez-en fiers.

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