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Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

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Le Jardin d’Essai … Enraciné à El Hamma depuis 184 ans.


jeClassé parmi les dix plus beaux jardins au monde, le Jardin d’Essai d’El Hamma, qui s’étend sur 60 hectares,  se situe entre les bordures de la mer Méditerranée et les premières collines de la ville d’Alger, profitant ainsi d’un microclimat entretenu par les courants d’air marins et protégé des vents arrivants du Sud par les montagnes qui dominent Alger. Malheureusement, l’urbanisation  en a grignoté près de la moitié de sa superficie, mais les 32 hectares restants sont définitivement classés.

Le terme «Hamma» signifie dans la langue arabe «fièvre», c’est dire l’état marécageux de ce lieu où moustiques et insectes cohabitaient et se reproduisaient, constituant un véritable danger pour la santé humaine.

je1Créé en 1832,  sur la propriété d’un maure qui y possédait une petite campagne avec une quinzaine de norias. Les autorités françaises l’exproprient.

Lorsque l’autorité militaire eut l’idée de créer ce grand jardin, dès 1831, on entame l’assainissement de quelques hectares de terrains marécageux, dans le but de les transformer en terres agricoles.

A la proposition de l’intendant Genty de Bussy, le général Avisard signe le décret de la création du jardin, en décembre 1832. A cette époque, les majeures préoccupations étaient la mise en place de cet établissement et la création d’un jardin d’essai capable de propager la culture des végétaux les plus utiles et auxquels convient le sol et le climat d’Afrique. Il fallait nécessairement introduire toute sorte d’espèces et variétés performantes au niveau des campagnes algériennes.

je3Pour la mise en place de cet établissement, les deux premiers directeurs : le lieutenant de Vaisseau Barnier et le commandant de génie Bérard, entament les travaux sur une superficie de 5 hectares, puis s’étendront sur 18 hectares. Cette importante pépinière, appelée «Pépinière Centrale du Gouvernement», fournira des espèces arborescentes, arbustives et herbacées, d’abord d’origine européenne, comme les noisetiers, les érables, les orangers et les peupliers, puis, plus tard, en 1835, on y introduira les casuarinas, puis les phytolaca dioica, en 1836, le dragonnier Dracaena draco, en 1839, puis l’hibiscus rosa sinensis, en 1841.

Lorsqu’Auguste Hardy, ingénieur agronome, réputé au Muséum d’ Histoires Naturelles de Paris, prend la direction du Jardin d’Essai, de 1842 à 1866, il le transforma en organisme polyvalent en s’attelant à créer les conditions favorables, améliorant la fertilité des sols et régler l’assainissement des marécages par un réseau de drainage des eaux en surplus, pour accélérer le développement de l’agriculture et de l’horticulture en Algérie.

La superficie passe de 13 hectares, en 1842, à 58 hectares en annexant la villa Abdeltif qui surplombe le jardin.

L’introduction de l’avocatier, en 1843, fuit suivi, une année après de l’introduction de l’araucaria excelsa, puis, en 1845 celle du mandarinier. Le  bananier, le néflier, l’anonier, le ficus, les bambous et le jacarandas, furent introduits en 1860. En cette même année, les plantes industrielles font l’objet de plusieurs essais dont le henné, le thé, le coton, le sumac, l’avage, le lin et la canne à sucre.

De là, le Jardin d’Essai oriente et détermine les programmes de pépinières annexes créées à travers le pays : à Constantine, Annaba et Boufarik, ainsi que d’autres villes. Afin de surmonter les problèmes d’introduction et de multiplication du matériel végétal, Mr Hardy, publie des brochures et des articles sur les méthodes culturales à appliquer en Algérie qui restent, à ce jour, d’actualité.

Ce jardin, au vu des multiples variétés de plantes, devient un Jardin Botanique de renommée mondiale. Pour une meilleure esthétique, on crée des allées principales :

allee-des-bambouL’allée des plantes prend vie en 1845. Suivie, deux ans plus tard par l’allée des dragonniers et des bambous, puis, en 1863, l’allée des ficus prend place.

Là encore, «La pépinière centrale du gouvernement» change de nom pour devenir «Jardin d’acclimatation du Hamma».

L’âge d’or du Jardin d’acclimatation du Hamma :

Sous la houlette d’Auguste Hardy qui a dirigé le jardin durant 25 années, le domaine de l’agriculture et de l’horticulture  produisit 3 millions d’arbres, 500 000 plants végétaux herbacées, 8 quintaux de graines d’essences forestières, 5 quintaux de graines potagères, 280 kilos de semences de plants d’ornement, 9 quintaux de graines de plantes industrielles et 80 000 greffons de boutures … Les divers fruits exotiques du jardin furent envoyés aux rois et dignitaires européens, de Paris à Moscou, passant par Londre, Vienne et Rome.

Selon le botaniste Martins, en 1864, le Jardin d’acclimatation du Hamma représentait le plus beau jardin botanique des zones tempérées et on y comptait 1 672 genres de plantes cultivées et 8 214 espèces et variétés.

L’Archevêque d’Alger envoyait des graines de Rome pour des essais au jardin, tout comme le faisait l’Empereur lui-même à partir de Litchis ou encore du Muséum d’Histoires Naturelles de Paris, provenant des quatre coins du monde.

Le célèbre botaniste Trabut, spécialiste de la flore d’Afrique du Nord dont la mission était, entre autres, d’améliorer des plantes à caractère économiques et en faire profiter les colons agriculteurs de l’Algérie. Lors de sa visite in situ, en 1865, Napoléon III releva l’effet pittoresque des diverses essences qui s’y sont acclimatées.

Pour se soigner,  Karl Max séjourna en Algérie du 20 février au 2 mai 1882, selon Mr L. Benhassine, il était venu sur recommandation de ses médecins, mais particulièrement sur l’insistance de son ami de lutte Engels, afin de venir à bout d’une bronchite et une pleurésie qui l’affectait. L’air et le climat d’Alger ainsi que du Sud algérien était grandement recommandé aux patients atteints de maladies pulmonaires. (Voir notre article « Karl Marx en séjour en Algérie.»).  

L’agrandissement du jardin :

Les autorités de l’époque, entre 1914 et 1945 donnent de nouvelles directives au Jardin d’Essai dont les objectifs étaient de le conserver en lieu de promenade et de détente, mais également en une espèce de laboratoire agronomique où on étudierait la production et la propagation des espèces végétales utilitaires, ainsi que l’introduction des végétaux les plus divers, dans le but de constituer des collections botaniques. Suite au lancement d’un concours d’architecture paysagiste, des travaux d’embellissement et de restauration débutent dès 1914. De tous les projets, celui de Messieurs Régner et Guion est retenu. Un projet à travers lequel s’étend une perspective du Jardin français de la face Nord à la face Sud, sur une superficie de 7 hectares.

 En 1918, l’école d’horticulture et l’école ménagère ouvrent leur portent. La colline boisée abrupt est aménagée en parc paysager et devient, en 1923, la colline des arcades et on développe l’insectarium qui vient rejoindre les autres activités scientifiques, accueillant également le service de la protection des végétaux.

Les travaux du Musée des Beaux Arts, œuvre de l’architecte Paul Guion, prend fin en 1930, finalisant ainsi le paysage de la partie supérieure du Jardin. L’autre service qui vient rejoindre les activités scientifiques est le service d’arboriculture, en 1933, dans le but d’améliorer les nouvelles variétés  d’arbres fruitiers, où on se spécialise dans l’étude des agrumes parmi les variétés Thomson Navel, Washington Navel, Double fine et les espèces rustiques comme l’olivier et le figuier.

Les conséquences de la seconde guerre mondiale :

L’avènement de la seconde guerre mondiale avait lourdement freiné les activités scientifiques et techniques du jardin. Le 8 novembre 1942, les troupes alliées occuperont les lieux pour y installer les dépôts de matériel roulant, les ateliers ainsi que les réfectoires. Il subira, dans la nuit du 26 au 27 août 1943 les bombardements aériens.

Au lendemain de la guerre, en 1946, la remise en état des lieux sera pénible au vu des grandes pertes et endommagements qu’a subi le jardin : les mauvaises herbes avaient envahi les pépinières abandonnées, les véhicules militaires avaient défoncé les belles allées et plusieurs espèces précieuses étaient perdues, les serres et les canalisations endommagées. Le jardin ne sera ouvert au public qu’en 1947, après sa restauration.

Le jardin restera sous la direction de Mr Carra qui en prendra soin jusqu’au seuil de l’indépendance. Près de deux décennies durant lesquelles il dirigera la spécialité du jardin dans la floriculture où de nouvelles espèces seront non seulement acclimatées, mais de nouvelles variétés verront le jour.

Le Jardin d’Essai fut  un des établissements spécialisé du réseau international dans les échanges des plantes et semences.

Le Jardin d’Essai après l’indépendance :


je7Après l’indépendance ; c’est le Centre Algérien de la Recherche Agronomique, Sociologique et Economique qui a pris en charge e Jardin d’Essai. En 1966, c’est l’institut National de la Recherche Agronomique (INRA) qui a pris le relais, faisant de cet espace une station de recherches  dont les objectifs cadraient très peu avec la vocation originelle du Jardin. Pour cause, les structures et les collections végétales dépérissaient et le résultat se fit sentir à travers de lourdes pertes dont le nombre de Taxons qui avait baissé de 6 000 à 3 000 espèces. L’installation d’annexes, sur des parcelles de terrain à l’intérieur du Jardin, ont causé de nombreux dommages à la végétation existante.

Le 20 décembre 1967, le Jardin d’Essai fut enfin classé comme monument naturel par la législation algérienne, selon l’ordonnance n° 67-281, du 20 décembre 1967, relative aux fouilles et à la protection des sites et monuments historiques.

Aujourd’hui, le Jardin d’Essai est un véritable espace de promenade où des milliers de personnes s’y rendent quasi-quotidiennement pour des promenades à travers lesquelles elles s’échappent au brouhaha de la ville.

Mounira Amine-Seka.

Sources :

  • Jardindessai.com
  • Pourcel-chefs-blogs.com
  • elmouwatin.dz

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