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Le coup d’Etat du 19 juin 1965


boumedienne_ben_bella01Le 5 juillet 1962, les rayons du Soleil de l’Indépendance a commencé à peine à chauffer les cœurs des Algériens. L’État algérien est, donc, né un 1er juillet après avoir vécu une longue nuit coloniale de 132 ans. Depuis le 5 juillet 1830, date de la colonisation, le peuple algérien n’a jamais abdiqué, il n’a jamais courbé l’échine, il ne s’est jamais mis à genou. Il est resté toujours debout face à son ennemi en dépit de ses affres et sa puissance de feu. Il était soumis à la force coloniale de corps mais jamais de cœur de 1830 à 1962.

Le 15 septembre 1963, Ahmed Ben Belle est élu au suffrage universel (transparent, propre et honnête) avec 5 083 103 de voix et devient, ainsi, le premier président de la très jeune République algérienne indépendante. Houari Boumédiène était, alors, le Chef d’État major d’une armée des frontières forte de 35 000 hommes et fort bien équipée par l’URSS. Il devient Vice-président et Ministre de la Défense à partir de 1963. Quelque temps après, le nom de Boumédiène commençait, déjà, à sentir le soufre pour Ben Bella. D’où, il chercha à réduire l’influence du ‘’Clan de Oujda » au sein de son Gouvernement naissant.

Pour ne pas entrer conflit direct avec son Ministre de la Défense, le Président Ben Bella a tenté de pousser quelques éléments du clan Boumédiène vers la porte de sortie, c’est-à-dire les acculer vers la démission, puisque il ne pouvait pas les démettre lui-même. Parmi ces éléments, on comptait Ahmed Médeghri, Kaïd Ahmed, Chérif Belkacem. L’opération du Coup d’État commençait à se préparer insidieusement mais minutieusement à partir de la fin mai en raison de certaines tensions qui se sont déclarées au sein du gouvernement en juin 1965. Le président Ahmed Ben Bella est renversé suite à un Coup de force orchestré par des militaires et diligenté par Boumédiène.

Le Chef de l’État résidait dans la Villa Joly. Boumédiène chargea Tahar Zbiri et la Sécurité militaire de mettre le Président aux arrêts. Le putsch a lieu 19 juin 1965 à 2h30mn du matin. Dès l’aube, les militaires se sont emparés du pouvoir avec, à leur tête Boumédiène. Les Algérois s’étaient réveillés du même cauchemar avec des chars et des hommes sur le pied de guerre occupant les points stratégiques de la Capitale. Ce qu’il n’est pas sans leur rappeler la dure époque coloniale. La Radio d’Alger diffusait des communiqués qualifiant le Président élu de despote et de tyran sans lui donner l’occasion de se défendre devant son peuple. A 12h05, le colonel Boumédiène annonce la création de son Conseil de la Révolution à base militaire composé de 26 officiers qui assume tous les pouvoirs. L’opposition est vite neutralisée.

Le Coup d’État a eu lieu à la veille du Sommet afro-asiatique prévu à Alger. Parmi les invités, il y avait deux figures de marque : le Premier Ministre chinois Zhou Enlai et le Président égyptien Nasser. Ils devaient y participer et, au cours duquel, le président Ben Bella devrait apparaître comme l’un des principaux leaders du Tiers monde. Autrement dit, le Mandela algérien. De même, Ben Bella prévoyait enterrer la hache de guerre et signer un accord de réconciliation avec son opposant Hocine Aït Ahmed, leader du FFS, pour mettre fin à la discorde qui les séparait depuis 1963. Le colonel Boumédiène, dont ses troupes quadrillaient déjà les maquis de la Kabylie depuis un an et demi, ne voyait pas leur rapprochement d’un bon œil.

Sur le plan technique, le coup d’État a été mené d’une main de maître. Les putschistes ont réussi sans résistance ni guerre civile. La presse étrangère était interdite dès la veille de l’opération. Les communications téléphoniques étaient, aussi, coupées pendant quarante huit heures. L’Algérie était coupée du monde.

Commençait, alors, une véritable chasse aux sorcières des partisans du Président déchu. Des manifestants, environ 3 000 personnes, scandaient dans les rues d’Alger ‘’Boumédiène assassin. » D’autres villes du pays lui ont emboité le pas et ont, donc, manifesté, à Oran, en faveur du Président élu au suffrage universel à Constantine, Annaba…. Il y a eu de nombreuses d’arrestations dont 50 Français d’extrême gauche et partisans de Ben Belle. Les rues du pays étaient quadrillées par des patrouilles militaires avec des automitrailleuses prêtes à tirer sur ce même peuple qui a libéré le pays quatre années plutôt.

La figure de proue de cette prise de pouvoir par la force est, sans conteste, le feu Boumediene. Il prit la tête du gouvernement et du Conseil de la Révolution nouvellement formé. Les militaires ont joué un rôle important au sein de ce Conseil (26 membres). Boumediene justifie ‘’son redressement historique » en dénonçant « La mauvaise gestion du patrimoine national, la dilapidation des deniers publics, l’instabilité, la démagogie, l’anarchie, le mensonge et I ‘improvisation (qui) se sont imposés comme procédés de gouvernance » sous Ben Bella. Les nouveaux dirigeants se disent favorables au Non-alignement et à l’unité des pays arabes et africains. L’adoption du modèle de développement socialiste marquera le règne de Boumediene. Il prendra fin à sa mort, en 1978. Un système (socialiste) à l’ombre duquel des fortunes colossales s’étaient indument amassées et qui apparaissent au grand jour, aujourd’hui sans que personne ne demande des comptes à personne.

Le feu Ben Bella devra rester emprisonné plus de quinze ans durant. Il sera libéré le 30 octobre 1981 par le feu Président Chadli Bendjedid. Après avoir été soumis à une résidence surveillée pendant quelques années, il s’exila, alors, en Suisse où il forma son parti : ‘’Mouvement pour la Démocratie en Algérie. » « J’ai fini par emprisonner la prison, disait-il dans une interview à la presse. » Il se rapprocha de son ancien compagnon d’armes Hocine Aït Ahmed. Il revient en Algérie le 27 septembre 1990. Il assiste à la prestation de serment de l’actuel président Bouteflika en 2009. De son vivant, il n’a cessé de prôner la réconciliation avec les islamistes. Enfin, entre tous les Algériens.

Au moment du Coup d’État, le réalisateur italien Gillo Pontecorvo était en train de tourner le film de ‘’La Bataille d’Alger. » Voyant les chars dans les rues d’Alger, certains Algérois pensaient que c’étaient les chars du film en tournage. Ce n’est que plus tard qu’ils réaliseront qu’il s’agit des chars du putsch. Le régime de Boumédiène prit fin à sa mort. La journée du 19 juin, célébrée durant son règne comme « journée nationale» chômée et payée, s’est vue effacer du calendrier des fêtes nationales à partir de 2005 pour redevenir une journée normale de l’année comme les autres.

Si les putschistes justifiaient leur Coup d’État arguant la mauvaise gestion du pays par Ben Bella qui concentrait tous les pouvoirs, mais c’est ce qu’a fait son successeur Boumediene durant son règne Il a bâillonné la presse, répudié le peuple de sa Révolution, éliminé toute forme d’opposition pour rester seul sur sa ‘’scelle politique. » L’instauration, par la force, de la Pensée unique, de sa candidature unique aux présidentielles sous prétexte que ce peuple vaillant est devenu trop immature pour la démocratie. Certes, il a joui très d’une aura à l’étranger grâce à son action au sein du mouvement des Non-alignés. Mais à l’intérieur, son bilan était très contesté, notamment sa dictature. Ses réformes économiques (Révolution agraire, l’industrie industrialisante, la gestion nationalisée du pétrole) n’ont pas donné les résultats escomptés. Politiquement, la mise en place d’un parti unique et d’une religion (l’Islam) au service de l’Etat n’ont fait que nourrir une révolte en sourdine. Bâillonné pendant dix huit ans, le peuple a fini par exprimer haut et fort son ressentiment, dans la rue, contre l’injustice de ces néo-colons nationaux dans les années 80 réclamant plus de justice sociale, une égalité économique et un niveau de vie décent pour tous les Algériens et non seulement pour la ‘’nomenklatura » illégale issue de ce Coup d’État.

C‘est tout ce bon peuple qui a conduit le pays vers son Indépendance ‘’avec maturité » et non seulement le Clan de Oujda qui a attendu l’Indépendance au seuil de la Révolution pour cueillir, aujourd’hui, seul ses prébendes (de l’Indépendance). Rappelons, pour qui veut nous entendre que, dès le 5 juillet 1930, le peuple algérien a appris, par expérience, à conjuguer le verbe ‘’se libérer » de tous les jougs à tous les temps et à tous les modes. C’est ce verbe qui a servi – et qui continue de servir – d’un puissant ferment qui lève haut les cœurs des Algériens aujourd’hui comme par le passé.

Par Mohamed Guetarni

Maître de conférences.
Département de français. Université de Chlef

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One thought on “Le coup d’Etat du 19 juin 1965

  1. Belkhalfa tewfik

    Rappelez-vous toujours que lors de l’investiture de Jean Kinedy à la présidence américaine il a dit à son peuple ce-ci  » n’attendez pas ce que votre pays va faire pour vous mais ce que vous allez faire pour votre pays  » Donc l’Algérie c’est l’affaire de tous le monde et ce n’est guère l’affaire d’un homme. Aujourd’hui les É-U est la première nation au monde et elle continue à l’être grâce à son peuple encore moins à ses dirigeants.

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