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Le conte du jeudi : La vache des orphelins – Partie I – Les orphelins bergers


zianiIl était une fois deux orphelins : un garçon nommé Ali, et une fille nommée Djedjiga. Ils étaient orphelins depuis leur tendre enfance, au moment ou ils avaient besoin de têter le sein de leur mère. 

Leur père, se remaria deux ans après la mort de leur mère, avec une femme très méchante qui leur fera beaucoup de misères.  Leur marâtre aura une file, leur demi-soeur nommée Doudja. Les deux malheureux enfants : Ali et Djedjiga, faisaient tous les jours les bergers pour garder la vache « sacrée » que leur mère leur avait laissé, et qui les nourrissait. 

Chaque jour, au petit matin, hiver comme été, qu’il pleuve ou qu’il vente, les deux enfants partaient dans les champs pour faire paître la vache laitière, tachée de noir et de blanc. 

Les enfants bergers, avaient droit chaque jour, pour le repas de la mi-journée, à une petite galette d’orge chacun, le plus souvent et parfois de blé; et une poignée de figues sèches. Ils avaient pour étancher leur soif, une gourde pleine d’eau , dans un petit sac de toile. Ils n’avaient ni viande, ni dessert, ni fromage pour accompagner ce maigre repas… Heureusement, chaque fois qu’ils finissaient de manger la galette avec quelques figues sèches, ils tétaient à la mamelle de la vache, du bon lait épais, plein de crème. 

Au fil des jours, et des mois, les enfants grandissaient à vue d’œil, et prenaient des couleurs avec ce régime enrichi par le lait naturel entier : ils avaient de grosses joues bien roses! leur marâtre en fut très mécontente, elle se demandait comment ceux-là pouvaient bien grandir et forcir, avec la chiche et maigre ration qu’elle leur donnait chaque matin, lorsqu’ils partaient faire paître la vache.  En revanche, sa fille qui était largement mieux nourrie qu’eux, demeurait malgré tout, très pale et très pâle; ce qui ne manquait pas d’inquiéter outre mesure sa mère, et de décupler sa rage et sa jalousie. 

Furieuse de ce qu’elle considérait comme étant une injustice de sort, la marâtre ordonna à sa fille de suivre les deux autres partout ou ces derniers iraient, pour savoir exactement ce qu’ils mangeaient ailleurs. La petite Doudja se mit donc à suivre Ali et Djedjiga partout, appliquant à la lettre les injonctions que lui dictait sa mère. 

C’est ainsi qu’elle découvrit qu’après avoir mangé la galette et bu de l’eau de la gourde, Ali et Djedjiga se mirent à têter goulûment les pis généreusement gonflé de la vache. Doudja voulu suivre l’exemple de ses aînés, mais dès qu’elle s’approcha de la vache, elle reçut un violent coup de corne qui lui creva l’oeil sur place. Aussitôt et sans plus attendre, la petite Doudja devenue borgne, rentra en courant à la maison, hurlant de douleur, et tenant de ses deux mains son visages ensanglanté.

La mère de Douja, affolée en voyant sa fille dans cet état, ordonna à son mari de vendre dès le lendemain la vache sacrée, qui avait crevé l’oeil de sa fille. Mais quand la vache arriva au marché aux bestiaux, un gros oiseau noir se mit à tournoyer autour de la bête en poussant des cris  » la vache des orphelins, n’est ni à vendre, ni à louer » !  L’oiseau n’eut de cesse de répéter cet avertissement.

En entendant ces propos mystérieux et lourds de menaces, les acheteurs décidèrent de se retirer. 

A la nuit tombée, le père rentra bredouille à la maison, sans avoir pu vendre la vache. Furieuse de  la voir revenir, la marâtre menaça son mari, et lui ordonna de reconduire l’animal dès le lendemain matin au marché, ou il n’y aurait sans doute plus cet oiseau de mauvais augure.

Le lendemain à l’aube, le père des orphelins s’exécuta, et à contrecœur emmena la vache, vers un marché plus éloigné. Mais encore une fois, elle ne put trouver acquéreur, car l’oiseau guettait, en tournant comme la veille, proférant les même propos :  » la vache des orphelins, n’est ni à vendre, ni à louer » ! Une fois de plus, la vache rebutait les acheteurs, à cause des imprécations de l’oiseau noir. Ainsi,  vit-on de nouveau l’animal et son propriétaire revenir à la maison , pour la plus grande satisfactions des deux petits, qu’elle nourrissait tous les jours.

Excédée, furieuse, la marâtre ordonna cette fois de faire égorger la bête sur la place du village et de partager sa viande entre les villageois. Le lendemain matin, la vache fut égorgée, dépecée, coupée en morceaux et distribuée aux villageois qui firent la fête… A suivre

Par Kaci Hadjar 

  1. Tiré du recueil « Ma mère racontait, contes kabyles anciens »
  2. Illustration : « Quatre enfants aux Seaux« , huile sur toile, 116x146cm, Hocine Ziani

 

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