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Le conte du jeudi : La destruction du village d’Akalous (1re partie)


vLa légende n’a pas retenu ni son nom, ni celui de sa bien-aimée. Tout ce que l’on sait c’est qu’il était forgeron dans un village dont l’emplacement, à notre connaissance, n’a jamais été localisé avec exactitude. Tantôt on le situe du coté de Aïn El Hammam, tantôt du côté de Draa El Mizan. On ne sait pas non plus à quelle époque ont eu lieu les événements de cette histoire devenue légendaire. Le plus important ne réside peut-être pas là mais dans ces fragments de récit que l’on se raconte encore de nos jours et qui illustrent de fort belle manière ce dont est capable un homme blessé dans son amour-propre.

 Les forgerons – et cela était valable dans toutes les groupements humains et toutes les aires culturelles- occupaient autrefois un rang très important au sein de leur communauté. C’étaient eux qui fournissaient à la société à laquelle ils appartenaient toutes les armes et les outils dont elle avait besoin. De son savoir-faire et son labeur dépendaient totalement le bien-être des gens avec qui il vivait.

A Akalous, il y avait un jeune forgeron qui réalisait des merveilles avec les minerais qu’il arrachait des entrailles de la terre et qu’il travaillait et façonnait à coups de marteau au milieu d’un feu insoutenable et d’une fumée qui ne l’indisposaient pas parce qu’il les côtoyait depuis longtemps.
Il était encore enfant lorsqu’il avait remplacé son père, mort très tôt (*). Le jeune enfant, conscient de son immense devoir vis-à-vis de son village, s’était mis à travailler d’arrache-pied avec ses petites mains… Il s’y prenait si bien qu’il ne s’était pas écoulé plus d’une année qu’il avait déjà acquis la force et l’endurance nécessaires pour ce genre de métier.

Le temps passa. Le forgeron-enfant était devenu un homme d’une très grande force. A tel point que tous les jeunes hommes de son village le jalousaient. Quant aux filles, toutes celles qui le croisaient n’avaient qu’un seul rêve: devenir son épouse ! Ah ! Qu’elle serait heureuse celle qui partagerait la vie d’un tel homme ! Il était grand, fort, beau, besogneux et, surtout, c’était un homme important au village.
Le forgeron d’Akalous avait une mère et deux sœurs. Toutes les filles et les mères du village cherchaient leur compagnie et redoublaient d’ingéniosité pour leur être agréables afin de les inciter à faire pencher le cœur du forgeron de leur côté.

Puis, vint le jour où le regard du jeune homme rencontra celui d’une jeune fille du village. Son cœur de muscles et d’acier s’était mis à battre très fort. Elle lui avait souri. Cela n’arrivait pas souvent dans un pays où la pudeur empêchait les femmes de lever les yeux sur les hommes. Cette fille-là avait osé. Elle avait bravé un tabou. Elle n’avait pas eu peur d’exprimer ce qu’elle éprouvait au plus profond de son être. A son tour, le jeune forgeron avait prit son courage à deux mains et lui avait demandé qui était son père. Quand elle eut répondu, il lui sourit de nouveau et elle s’en alla en courant. Autrefois, c’était ainsi que les jeunes gens en âge de se marier communiquaient. Courir signifiait, entre autres, que la fille était pressée, non pas d’arriver chez elle, mais de trouver un époux…Et cet époux, c’était celui auquel elle avait souri avant de se mettre à courir! Cela signifiait aussi qu’elle était pressée de rentrer pour éviter que d’autres regards masculins se posent sur elle.

Le soir même, le jeune forgeron parla de cette fille-là à sa mère. Celle-ci, après avoir entendu son fils, se frappa la poitrine.

– Oh ! Mon fils ! Tu ne pouvais pas avoir des visées sur une autre fille? Il s’agit de la fille du plus riche éleveur de tout le pays.

– Et alors ? Il a beau être riche, c’est moi qui lui fournit tous les outils en fer avec lesquels il travaille.

– Tu ne m’as pas bien comprise, mon fils…Oublie cette fille…Et laisse-moi t’en trouver une autre…

-Non, c’est celle-là que je veux. Et je suis certain que son père ne verra aucun inconvénient à ce que je devienne son gendre.

-Ah ! que tu es naïf, mon fils….

(à suivre…)

La nouvelle république du 7/07/2007

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