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L’art au service de la révolution algérienne – Partie II : La lutte à travers le théâtre et les œuvres littéraires


mahLa «Toussaint rouge», comme aime à l’appeler la France coloniale, n’a pas inspiré que les cinéastes de divers horizons, le théâtre avait également marqué sa révolution, quelques mois après son déclenchement.

D’ailleurs, certains hommes de la scène, dont Mahieddine Bachtarzi, lors de l’interdiction du «théâtre arabe», en 1937, avaient déjà trouvé un moyen de réveiller les consciences, portant la voix de l’appel du 1er novembre à travers les ondes radiophoniques, dans l’émission «L’œil en coulisses», en compagnie de Allalou. Une émission radiophonique qui se définissait culturelle et qui traitait les sujets et activités artistiques, mais à travers laquelle, les animateurs recevaient du courrier les renseignant non seulement sur lesdites activités, mais également sur celles de la lutte de libération nationale.  Cette émission, permettait à Mohammed Touri, Habib Rèda, Kaltoum et Mahieddine Bachtarzi de donner des réponses aux questions des auditeurs concernant les deux activités, mais également de transmettre aux maquisards des nouvelles de leurs proches et ce, dans un truchement discret de jeux de mots.

Par la suite, Ali Boumendjel, cet avocat et militant nationaliste mort dans des circonstances douteuses, contacte Mustapha Kateb pour lui demander de constituer une troupe artistique pour lutter et faire de la résistance via le théâtre. Mustapha Kateb a été invité par le FLN à prendre part à la troupe artistique dont les artistes, établis pour la plupart en France, répondent  à l’appel de la résistance algérienne et rejoignent la cause, en se réunissant à Tunis, en 1958. En plus des comédiens,  des chanteurs et des danseurs avaient rejoint la capitale tunisienne.

La troupe était composée d’une trentaine d’artistes divers dont, entre autres, Adelmadjid Ghafa, délégué politique, H’sissen, Mohamed Hamdi, Zinet, Ba Dahmani, Alilou, Ahmed Wahi, Ouafia, Mohamed Khelifi, Tahar Ben Ahmed, Sid Ali Kouiret, Djaafr Beck, Hinda, Mohamed Souag, Taha El Amiri, Abdelhalim Rais, Hamou Saadaoui, Mohamed Benyahia, Brahim Derri et bien d’autres.

La troupe artistique du FLN était passé du nombre de 35 à 52 artistes, lorsque beaucoup y ont adhéré pour renforcer les rangs des artistes, dont Mohamed Iguerbouchène qui, bien que vivement sollicité par les firmes internationales dont la MGM, rejoint ses compatriotes en 1955, écrit six rapsodies kabyles pour orchestre symphonique, ainsi qu’une vingtaine de scenarii pour la télévision, dont «Sadok le marchand de Tapis», «Djouder le pêcheur», «La sultane de l’amour» et bien d’autres.

A la fin des années 50, différentes représentations théâtrales ont été organisées dans les  pays amis de l’Algérie indépendante dont «Algérie libre et démocrate», «Non au colonialisme», «Algérie indépendante». Des pièces réalisées dans le seul but d’amplifier l’écho de l’appel du 1er novembre.

Ainsi Mustapha Kateb, mettra en scène la pièce théâtrale «Les enfants de la Casbah» ; signée par  Abdelhamid Rais, et dont la générale a été donnée le 10 mai 1959, au théâtre municipal de Tunis, «El Khalidoun» avait eu un énorme succès en Lybie, en Tunisie et au Maroc, et auprès des algériens exilés.

Mustapha Toumi, chargé alors de la communication et de l’information, travaillait aux côtés de Hacène Chafi qui, lui, dès l’installation du gouvernement provisoire après l’indépendance, réalisait tous les décors des pièces de théâtre au Théâtre National Algérien.

Des mises en scènes reflétant la forte conviction d’un peuple soumis à la tyrannie, lui donnant une image crédible, contrairement aux épopées techniquement mal ficelées, faites de nos jours, qui ont pour ambition non pas de refaire vivre la valeur de cette cause qui a soulevé tout un peuple, mais les bénéfices financiers soutirés aux entreprises publiques productrices.

Dans le but d’amplifier la fibre patriotique dans les troupes des moudjahidines, beaucoup de textes de chants patriotiques ont été écrits à cette époque là. Mais avant, au cœur de la troupe artistique du FLN, il y avait également Djafar Bek, Mohamed Hamdi, Khelifa Tahar, Djafer Damerdji, Hamou Sadaoui, un danseur du ballet qui se produisait lors de spectacles. Le compositeur et pianiste Mustapha Sahnoune, le chanteur et responsable de la troupe Ahmed Wahbi et le chanteur El Hadi Radjeb, ainsi que la costumière Safia Kouassi … Tous les membres de cette troupe qui travaillaient à la villa Bardo, se produisait à Tunis et ailleurs, incarnant à chaque fois, le rôle du porte voix, souvent celui de l’ambassadeur de la révolution algérienne, à travers laquelle ils ne représentait pas seulement le marasme de tout un peuple, mais également sa culture à travers les différents costumes.

Abderrahmane Kaki, ce dramaturge, comédien et metteur en scène de plus d’une vingtaine de pièces, est resté dans la tradition populaire de proximité, pense au montage poétique d’évènements sous l’occupation coloniale dans une épopée, intitulée «132 ans», en 1962, à laquelle assistèrent les membres du GPRA, mais également quelques amis de l’Algérie libre, dont Ernesto Che Guevara qui dira, selon l’APS : «On m’avait dit qu’il n’y avait ni théâtre algérien ni théâtre arabe, mais je viens de voir une pièce faite par de jeunes Algériens.».

Tout comme le monde du théâtre, le monde littéraire a été puiser son inspiration dans le cri du premier novembre.  Mouloud Mammeri, à travers ses livres, avait une toute autre vision des faits. Il mettait en valeur l’amitié et la relation humaine perdues entre les deux peuples qui occupaient cette même terre : les algériens autochtones et les algériens européens, ceux nés depuis plus de 4 générations, voire plus, sur la terre de l’Algérie. Ces deux enfants de cette même terre qui ne se battaient pas pour les mêmes raisons, puisque les uns se battaient avec le peu de moyens dont ils disposaient pour acquérir leur indépendance ; et les autres pour garder une terre qui, au final, n’était pas la leur.

Quant à l’éminente Assia Djebar, elle releva les absurdités de la folie meurtrière et ses violences aussi bien chez l’oppresseur que chez l’oppressé, dans « Rouge l’aube », coécrit avec Walid Carn, en 1969. L’élément le plus important du récit sera la situation de la jeune fille qui refuse dans un premier temps de laisser mourir le commandant de l’armée de libération seul, malgré les risques qu’elle pouvait encourir.

Après l’indépendance, le théâtre algérien continue de (re)produire des pièces relatant le jour où le peuple algérien prit les armes pour se libérer. Nous pouvons en compter :

«Les enfants de la Casbah», «Le serment» et «Les éternels» de Abdelhalim Rais, ainsi que «Le cadavre encerclé» de Kateb Yacine, au Théâtre National Algérien en 1968 et en l’an 2000.

La tyrannie coloniale n’a pas donné naissance seulement au combat armé, le combat artistique, sous toutes ses coutures a jailli comme la première balle, à la première seconde du 1er novembre 1954 et son envol a porté au-delà des frontières.

 

Mounira Amine-Seka

 

Sources :

  1. Dictionnaire du cinéma algérien et des films étrangers sur l’Algérie, par Achour Cheurfi, Editions Casbah, Alger, 2013.
  2. Du théâtre algérien au Théâtre national algérien, par Mustapha Kateb. Essais et écrits inédits choisis et présentés par Chérif Ladraa et Makhlouf Boukrouh, Maqamat éditions, 2013.
  3. Mémoires de Mahieddine Bachtarzi (1919-1939), Tome I, Editions SNED, 1968.
  4. Mémoires de Mahieddine Bachtarzi (1951-1956), Tome III, Editions ENAG, Alger 2010.
  5. Dictionnaire des musiciens et interprètes algériens, par Achour Cheurfi, Editions ANEP, 1997.
  6. Le Monde.fr.
  7. Presse Nationale.
  8. Illustration : Portrait de Mahieddine Bachtarzi

 

 

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