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L’Amine Es-Seka : Le contrôleur de la monnaie sous la régence d’Alger – suite et fin-


lingotsAmine Essekka, ce collaborateur du Dey Hussein a échappé à l’expulsion, en 1830.

Dans la partie 1, nous avons découvert le rôle et la fonction du Amine Essekka dans les finances. Aujourd’hui, dans cette seconde partie, nous verrons le rôle qu’a tenu l’Amine Essekka à l’arrivée des français.

Hadji Mohammed, amine essekka est né en 1750, directeur sous huit pachas ottomans, en tant que directeur, il prenait dans le trésor l’argent et les lingots d’or nécessaires pour en faire des pièce et battre la monnaie. Une fois les pièces faites, il les échangeait contre les matières premières et achetait, pour le compte de l’Etat, sur ses deniers personnels, les vieux objets en or ou en argent qu’il livrait au Khaznadji qui les lui remboursait. Dans sa caisse se trouvaient 60 livres d’or et deux quintaux d’argent destinés à la frappe, lorsque les français entamèrent le bombardement. Dans la hâte, il s’empressa de cacher sa caisse sous les escaliers intérieur de l’hôtel des monnaies. Une caisse dont la valeur ne lui avait pas encore été remboursée par l’Odjac. A son retour, il ne trouva plus que des caisses vides dont il réclama le remboursement.

Selon les notes de l’Odjac à qui les insinuations de l’amine essekka déplurent, il lui fut réclamer par contre, 378 760 boudjous en valeur de laines et de matières précieuses qui lui avait fait livrer par la Régence, mais non remboursé.

Par arrêté du 1er juin 1831, ce comité de gouvernement, qui avait remplacé la commission établie lors de l’entrée des français à Alger, prit le titre de commission administrative de la Régence d’Alger et a été remplacée elle-même par un Conseil d’administration placé auprès du Commandant en Chef de l’intendant civil.  En vertue de l’ordonnance royale de décembre 1831, ce conseil fut composé comme suit :

Duc de Rovigo, Lieutenant-Général, commendant en Chef, Président.

Baron Pichon, Conseiller d’Etat, intendant civil, président le conseil.

M.Cosùao, Capitaine de vaisseau, Commandant la station navale.

Baron Bondurand, intendant militaire.

Gérardin, directeur des domaines.

Gustave Henry François FOUGEROUX

MM. Fougeroux, inspecteur général des finances, secrétaire.

Et c’est à la demande de ce dernier, sous les ordres du général en chef, que Mohamed amine essekka fut arrêté et enfermé dans un cachot. Ce n’est que lorsque son neveux Hamdan Kolja cotionna un billet de 130 003 francs que Mohamed dut souscrire, à quinze jours de la date, qu’il retrouva la liberté. Il dut faire payer l’échéance par son banquier Marc Bacuet.

L’auteur français, Pierre Péan, a traqué pas à pas, dans son ouvrage « Main basse sur Alger » (enquête sur un pillage, juillet 1930, Chihab éditions, 2005), le gigantesque hold-up que la France officielle se refuse toujours à reconnaître. L’invasion de l’Algérie avait été décidée d’abord pour des raisons purement financières : accaparer le Trésor des Algériens.

Ensuite, l’appétit venant en mangeant, la France procéda au dépeçage de notre pays pour l’occuper de bout en bout, ce qui exigea d’autres pillages. Ceux-là d’ordre patrimoniaux et mêmes les biens immatériels n’ont pas échappé à la rapine. Et pour supplanter les Algériens dans leurs propriétés, lieux de vie et de travail, il fallait s’en débarrasser !  Un génocide que nous évoquerons plus bas.

Les Héraults de la colonisation ont expliqué que leur pays a débarqué chez nous pour venger le consul de France, Pierre Deval, souffleté par le Dey d’Alger, Hussein Pacha, le 30 avril 1927, avec son éventail. La grosse ficelle n’a pas de prises, y compris en France où la bataille fait rage pour le pouvoir. Et c’est alors que germa dans ces milieux la fumeuse théorie de la prise d’Alger pour défendre la Chrétienté des pirates barbaresques ! Un argument destiné au peuple français qui n’était plus en accord avec des équipées à l’étranger mais surtout aux pays européens et aux États unis qui cherchaient à établir des relations avec l’Algérie.

En réalité, ces explications n’étaient qu’écrans de fumée. La France s’était livré à un pillage éhonté pour une nation qui se targuait déjà d’être irréprochable, ne serait-ce que parce que son pays fut celui du siècle des Lumières et celui où renaquit l’humanisme.
Tout a donc été fait pour que ce scandale fût étouffé durant un siècle et demi. Ce n’est que cette décennie que l’affaire est portée sur la scène publique. Après de longues enquêtes, des historiens ont retrouvé les traces très embrouillées de l’or découvert dans les caves de La Casbah où était installée “Dar el-mal”.

Toutes les puissances de l’époque savaient que les caveaux de la Régence d’Alger regorgeaient de trésors immenses, mais personne personne n’avait osé imaginer passer sur les corps des Algérois pour se servir.  L’Angleterre, puissance du moment, très opposée à la conquête d’Alger, n’a pas manqué de le faire savoir mais l’Algérie n’était pas dans ses propres desseins et à Londres on espérait que le vieux rival français se ferait tondre par son aventure chez les maîtres de la Course en Méditerranée. Et puis, le temps de la barbarie était, semble-t-il, passé. Mais pas chez les Français, qui se sont  révélé pilleurs, comme au Moyen Âge et durant l’antiquité.
Charles X, le roi de France, paralysé par son opposition, avait besoin de fonds pour corrompre son establishment, une tactique aussi vieille que le monde. Ses conseillers proches de milieux d’affaires  lui ont alors vendu l’idée du “casse de La Casbah”.

Une idée suggérée par des commerçants juifs qui avaient pignon sur rue à Alger et auprès du beylicat. Ces commerçants étaient comme des poissons dans les eaux algériennes où cohabitaient d’importantes communautés juives avec les autochtones musulmans. Les juifs Joseph Cohen Bacri et Michel Busnach avaient collecté toutes les informations sur le trésor de la Régence et sa valeur. Parmi les généraux de l’expédition, le maréchal de Bourmont sera mis au parfum. Il est nommément chargé de rapatrier, “dans la discrétion la plus absolue”, l’or de l’Algérie.  Une certaine duchesse du Berry est mise dans la confidence, ce qui montrait, sil en était besoin, que dans la France moraliste, politique et alcôves vont souvent de pair. La manne fabuleuse algérienne n’a pas atterri dans les seules caisses de l’État français. Le roi Louis-Philippe 1er qui a remplacé Charles X va être copieusement servi.

Marcel Emerit avait notamment découvert un rapport de la police française de 1852, qui, à partir des découvertes de la commission d’enquête gouvernementale sur l’or de la Régence, affirmait que “des sommes très importantes avaient été détournées et qu’une grande partie de ces spoliations avaient abouti dans les caisses privées de Louis-Philippe”.  La thèse du hold-up financier fera rebondir un autre célèbre historien français Charles-André Julien qui étaya et développa la thèse dix ans plus tard, mais la France officielle qui réinventa la censure puis la torture, était parvenue à tarir chez ce professeur ami de l’Algérie indépendante, toute chance d’être écouté.  En 1985, l’écrivain algérien Amar Hamdani, reprit à son tour les thèses des deux professeurs français. Voici le compte des richesses et les trésors ainsi volés. L’or dans les palais de La Casbah où étaient entassées des richesses évaluées en francs de 1830 à au moins 500 millions, soit quelque 2O milliards de francs 2001, selon une estimation minimale de Pierre-François Pinaud, historien spécialisé dans l’histoire des finances du XIXe siècle. Soit environ cinq milliards d’euros nets sans intérêts et pas rapportés à la valeur réelle de l’époque du vol.

En gros, 62 tonnes d’or et 240 tonnes d’argent furent transportés vers la France. Il n’a pas été tenu compte des lingots, des bijoux, des pierres précieuses et des diamants que se sont partagés les oligarques militaires et dont une partie a été remise directement entre les mains du roi Louis Philippe.  À ce faramineux pactole, il faut ajouter le million de pièces d’or prêté par le Dey d’Alger aux autorités françaises au temps des Conventionnels pour casser le blocus de l’Angleterre contre la Révolution française. Et, on peut écrire, en toute modestie, que l’Algérie a participé à la victoire de cette Révolution dont la France s’enorgueillit jusqu’à nos jours. Le prêt du Dey a permis aux sans-culottes de faire tomber la royauté et d’inaugurer le processus de République démocratique avec sa séparation des pouvoirs, la séparation du politique du religieux et l’avènement des droits de l’homme. Pour le hold-up, il revint au Maréchal de Bourmont d’organiser l’opération de diversion dans La Casbah.

D’après le Baron Pichon, Hadj Mohamed Amine Essekka était un très honnête homme. C’est chez les Beni Mansour qu’il mourut en 1834.

Il faudrait préciser « qu’à partir du 5 mars 1844, le gouvernement général de l’Algérie, se réserva le nom des amines  qui prirent le nom d’amine el fodda. Le premier, dont le Recueil des actes du gouvernement général nous a transmis le nom, fut Mohamed Ben Ali Ben Adjous, qui resta en fonction jusqu’au 10 décembre 1847, époque à laquelle Mustapha Ben Ali Ben Djelloul le remplaça.
 
 
Mounira Amine-Seka.
 
Sources :
  • – « L’orfévrerie algérienne et tunisienne », par Paul Eudel.
  • – « Main basse sur Alger » (enquête sur un pillage, juillet 1930, Chihab éditions, 2005).
  • – alger-roi.fr
 
Illustration : Gustave Henry François Fougeroux
Retrouvez la première partie sur Babzman :
http://www.babzman.com/lamine-es-seka-le-controleur-de-la-monnaie-sous-la-regence-dalger/
 

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