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L’alimentation d’Alger en eau – Partie I – Généralités


gravure fontaine bouzaréahAlger, cette ville qui ouvre ses bras à la Grande Bleue, a fait couler beaucoup d’encre concernant son inépuisable patrimoine matériel et immatériel. De ses ruelles, ses bâtiments, ses personnages et les plus grandes figures emblématiques qui y ont vécu, ou qui y ont séjourné, les artistes en ont fait des tableaux, des poèmes, des livres, mais sans jamais parler de sa richesse véritable sans laquelle rien n’aurait pu être … L’eau !

En effet, l’une des principales richesses d’Alger est l’abondance de l’eau. Une eau qui donna naissance à de belles fontaines et pour laquelle on réalisa des aqueducs allant sur des kilomètres. Ce précieux liquide l’est encore plus dans le pays du soleil couchant, Le Maghreb. Ibn Khaldoun considère le ravitaillement en eau comme le premier problème à résoudre : «Il faut une rivière ou d’abondantes sources d’eau douce. La proximité de points d’eau facilite l’existence des habitants, qui ont un besoin urgent de se ravitailler : c’est là un grand avantage.».

Alger, située au fond d’une des plus belles baies du monde, jouit d’un climat tempéré, à la pluviométrie percevant entre 300 et 400 millimètres par an, ce qui est l’une des plus grandes richesses naturelles. Au Maghreb, comme dans tous les pays musulmans, l’eau fait partie de la vie quotidienne du fidèle, appelé à faire ses ablutions avant chacune de ses cinq prières quotidiennes. Dans les villes musulmanes, les solutions techniques adoptées pour l’approvisionnement en eau, dépendent largement de leur situation géographique, et leur gestion se fait avec ou sans l’intervention directe des autorités.

La communauté urbaine, au début de la Régence d’Alger, est organisée autour de quelques sources intramuros. Dans le but de satisfaire les besoins en eau de la ville en expansion, ses nouveaux maîtres souhaitent vivement mettre en place un véritable système hydraulique. Les travaux commencent, selon Haëdo, sous l’ère de Hassan Pacha, fils de Khireddine Barberousse. Aqueducs, canalisations et fontaines, lui sont attribués.

Le voyageur marchand de Baghdad, Abu l’Qacim Ibn Hawlaq, venu à Alger en 968 de notre ère, au temps de Ziride, signala les bazars, les sources et les vastes campagnes étendues à perte de vue. Quelques années plus tard, Chams Eddine al Muqaddaci écrit qu’Alger «est sur le rivage de la mer et possède un rempart, on s’y embarque pour se rendre en Espagne … Sources pour l’eau de boisson.». Mais la description la plus complète, reste celle d’Abou Obeid el-Bekri (1014-1094), historien et géographe de l’Hispanie musulmane, Andalousie : «Cette grande ville, dit-il, de construction antique … renferme des monuments anciens et des voûtes solidement bâties … On y remarque un théâtre dont l’intérieur est pavé de petites pierres de différentes couleurs … Le port est bien abrité, très fréquenté de marins de l’Ifriqyia et d’Espagne.».

Dès le XVIe siècle, suite à l’installation de Khir Eddine Barberousse, auquel on avait fait appel pour chasser les espagnols, Alger se voit transformée. Khireddine prêta hommage au Sultan ottoman et reçut le soutien militaire de la porte, ainsi, il fut le fondateur, l’organisateur et le défenseur de la régence d’Alger. De là, Alger devint une ville à la population nombreuse et cosmopolite, ce qui lui donna un cachet unique au Maghreb, renégats (nouveaux convertis à l’Islam), juifs et réfugiés corses venaient y vivre par milliers.

Aussi, si on comptait 4 000 maisons du temps de Léon l’Africain, au milieu du XVIe  siècle, qui, selon ses témoignages, avant le début de la conquête ottomane, lors de son passage, en 1516, Alger utilisait surtout l’eau d’une rivière voisine : «Non loin d’Alger, c’est-à-dire du côté oriental, coule une rivière, sur laquelle se trouvent les moulins : Cette rivière sert aux besoins de la ville, tant pour boire, que pour autre chose.» La rivière à laquelle se réfère Léon située à l’Est, était probablement Wed Kniss, qui se trouvait toute fois à une certaine distance de la ville. C’est peut-être pour cela que les auteurs modernes ont pensé qu’il pouvait s’agir plutôt de Oued El Maghcel, la rivière des lavoirs, qui vient de Bouzarèah et qui était sûrement plus proche de la ville, mais à l’Ouest et qui avait donné son nom à l’une des portes d’Alger, Bab El Oued. Seulement, il «n’a jamais un torrent limoneux et intermittent.», selon Dalloni.

Avant le grand bouleversement qu’observa Alger à la venue de Khireddine Barberousse, au XVIe siècle, la population d’Alger ne dépassait pas les vingt mille habitants qui s’approvisionnaient en eau à partir des sources naturelles, des puits ou encore, simplement, des eaux de pluie.

Cette technique adaptée aux terrains vallonnés, prend son origine à Constantinople et trouve application à Alger ; ce qui prouve que le transfert des savoir-faire de l’Empire ottoman a bien plus d’importance qu’à priori.

Dans les prochaines parties, nous découvrirons comment les maîtres de la Régence ont acheminé l’eau jusque dans les palais, les casernes et les mosquées.

Mounira Amine-Seka.

Image du texte : Fontaine de Bouzarèah.

Sources:

  • Alger par ses eaux – XVIe – XIXe siècles. Ministère de la Culture, 2003.
  • Alger à l’époque ottomane, la médina et la maison traditionnelle. Sakina Missoum. INAS, 2003.
  • Bien vivre magazine, N°9, décembre 2013.

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