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La légende de Sidi Flih, dernière partie : l’homme juste


 siBien des années passèrent, et  Naima avait beaucoup vieilli. Un jour, Meriem fit une étrange proposition.

Elle souhaitait que sa belle-mère soit installée au …..minzah ! Oh non !Elle ne se livrait nullement à quelque sournoise manœuvre ou manigance diabolique. Bien au contraire, elle était convaincu que si Lalla Taouès s’y était trouvée à son aise, il devait en être de même pour Naima. En fait nul ne se doutait de ce que la première occupante de la chambre du patio avait enduré dans le silence tenace de la solitude .

C’est ainsi que la belle mère se retrouva à la place de celle qu’elle avait exilée de son vivant. Le rituel qui présidait aux repas d’antan réapparut, et ce fut tout naturellement Mériem qui se chargeait de porter au minzah le plat garni du jour. La jeune femme, qui était aussi bonne que probe et jolie n’a jamais nourri la moindre mauvaise pensée à l’égard de sa belle mère. Aussi, qu’elle ne fut sa stupeur lorsqu’une fois elle vit, alors qu’elle déposait l’assiette parterre pour ouvrir la porte, un oiseau aussi étrange que lugubre, ressemblant fort à un corbeau fondre avec la soudaineté de l’éclair sur le morceau de poulet et disparaître aussi qu’il était venu. Meriem étouffa le cri qui allait fuser de sa gorge, demeura un instant perplexe et finit par s’interdire de révéler quoique ce fut à son époux.

Le même événement ne manquait pas de se produire  tous les soirs, au point qu’elle décida de s’en ouvrir à son époux. Ce qu’elle entreprit enfin, une nuit, dès son retour de la terrasse.

Le lendemain Sidi Flih résolut de monter lui même le dîner de sa mère, pour vérifier la véracité de ce fait qui l’avait jeté, de prime abord, dans une profonde perplexité. Les sens en éveil, les yeux aux aguets, il gravit l’escalier en colimaçon, les mains chargées d’un plat de rechta garni d’une copieuse cuisse de poulet.

Sitôt qu’il eut déposé l’assiette parterre, et alors qu’il s’apprêtait à ouvrir la porte, un oiseau surgit de nul part, happa la viande, et disparut en un tour de main ! Intrigué au début,  inquiet ensuite, tourmenté à la fin, comme dévoré par le mystérieux pouvoir de l’énigme,  Sidi Flih raconta l’extraordinaire scène à sa mère, espérant qu’elle lui fournirait une explication.

Suspendue aux lèvres de Sidi Flih qui relatait avec une vive émotion ces faits, Naima ne put s’empêcher d’éclater en sanglots devant le regard hébété de son interlocuteur. Mais pourquoi ces pleurs ? Devait-il sans doute se dire.

Quel lien entre les furtives apparitions de l’oiseau et les larmes de la vieille femme ? Toutes ces interrogations se manifestaient douloureusement dans les yeux du Faquih.

 Après bien des hésitations, elle raconta à son fils sa coupable attitude envers la chère grand-mère Lalla Taouès. Elle ne se doutait pas que ce redoutable rapace était l’instrument du châtiment Divin. Alors, glacée d’épouvante, elle supplia Sidi Flih de lui redonner sa chambre dans le patio.

Meriem, avec sa bienveillance naturelle, se joignit à elle dans sa prière. Sidi Flih se tenait debout devant les deux femmes, livide et raide. La voix de sa conscience, droite, scrupuleuse et juste, semblait résonner dans son cœur. Se pouvait-il que le cœur du fils, ne soit pas habité par l’amour pour sa mère ? Se pouvait-il qu’il renie le serment de probité, d’intégrité et de justice qu’il avait prêté dés son retour à sa terre natale ? Se  dressait-il contre la volonté Divine qui se manifestait de façon si éclatante sous son propre toit pour rétablir la justice ?

Il jeta un regard long et douloureux sur sa mère qui se tordait les mains, terrorisée par la malédiction qui s’abattait sur elle. Il hocha tristement la tête et redescendit  lourdement l’escalier sans prononcer un seul mot.

Ses épaules s’étaient affaissées sous  le poids du chagrin qu’il ressentait à laisser sa mère à son sort. Un flot furieux de souvenirs l’envahissait : la chaude étreinte de Naima, son sourire de miel, son rire cristallin, les millions d’attentions dont elle le couvait chaque jour. Son cœur d’homme frémissait, mais sa volonté de sage et de juste restait inébranlable.

En arrivant au bas de l’escalier, ce sont les yeux de Lalla Taouès qu’il revoyait. Ses yeux, cils perlés de larmes qui jamais ne coulaient sur ses joues ravinées. Justice sera faite.

 Rapidement, cette histoire aussi déchirante qu’extraordinaire, fit le tour de la Casbah, et franchit même les frontières du pays. On sut partout que Sidi Flih, malgré son immense amour pour sa mère, n’avait pas hésité à la laisser expier ses fautes envers l’aïeule.

C’est ainsi qu’il s’acquit la réputation de juste et qu’il fut élevé par la population au rang des hommes honorables.

A sa mort, on l’enterra naturellement dans le sanctuaire de Sidi Abderrahmane Tâalibi où reposent les dits « saints » hommes.

Depuis lors, et jusqu’à nos jours, les jeunes filles et les femmes que le sort n’a point favorisé : veuves éplorées, femmes divorcées esseulées… viennent se recueillir sur son tombeau, le priant d’intercéder auprès de Dieu afin qu’il leur accorde un mari juste et bon, à son  image. Et elles répètent la fameuse prière

 

 ‘’ Sidi Flih  Aâtitlek Rebïaâ  Sehih, Attini  Radjel M’lih ’’

 ‘’Sidi Flih donne moi un bon mari , je te donnerai un louis’’

FIN

 

B. Babaci

écrivain chercheur en histoire

Illustration : Toile d’Abdelkrim Hamri 

 

Retrouvez les partie I, II et III sur babzman.com : 

http://www.babzman.com/2014/la-legende-de-sidi-flih-partie-i-la-naissance-du-saint-homme/

http://www.babzman.com/2014/la-legende-de-sidi-flih-partie-ii-leleve/

http://www.babzman.com/2014/la-legende-de-sidi-flih-partie-iii-deleve-a-maitre/

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