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La légende de Aghem n’ Laâzara, un Fort mystérieux du Gourara


aghem2Aghems et ksours du Gourara  se dressent  comme les vestiges d’un grand génie architectural, et témoignent de la grandeur des tribus qui s’y sont succédé. Certains sont souvent auréolés de mythes des plus curieux, tel est le cas de l’Aghem n’Laâzara.

Situées au sud de l’Atlas saharien et érigées souvent sur des monticules, les aghems «fortifications» du Gourara  sont de petites  forteresses qui se distinguent par leurs tailles inférieures aux ksours, et qui servaient autrefois  de maisons individuelles, de greniers ou lieux de retraites en cas d’attaques. Les aghems furent le théâtre de scènes épiques : invasions, batailles et grandes expéditions; et leurs peuplements se trouvaient marqués par des  conquêtes et des razzias, dont le récit se mêle de nos jours, aux histoires légendaires, formant une mince frontière entre le mythe et la réalité.

Afin de vous cueillir la légende de l’un d’entre eux, celui  d’Aghem n’Laâzara, je me penche vers les tout petits car de leurs bouches, peuvent jaillir de grandes histoires transmises de génération, en génération…

Aghem  n’ Laâzara se situe dans la région de Tin Ziri, à quatre jours de marche de Timimoun. On y trouve  un aghem éponyme ainsi que quatre autres : Aghem n’Laazara, Aghem n’Mokrane, Aghem n’Bejji  et Aghem n’Ba Yazzun.

«Tin Ziri» se traduit littéralement par :«celle de Ziri». La tradition orale gourari, ainsi que les récits historiques de la région rattachent le nom de ce lieu à Ziri : un vaillant combattant amazigh. Le sociologue-chercheur, Rachid Bellil, avance l’hypothèse selon laquelle, il s’agirait de Ziri Ibn Ziri ibn Menad Abou Ziri Bologhine, le chef d’une tribu berbère des Zirides, gouverneur d’une partie de l’Ifriqiya et du Maghreb central, issu de la confédération Sanhadja.

Cette thèse demeure plausible, quand on sait que le patronyme « Menad », est encore très présent dans la région du Gourara. Par ailleurs, les Menad se réclament descendants d’une lignée de «shorfa» arabe, qui se rattache au prophète Mohamed (QSSSL). Cette tendance cyclique est de rigueur : revendiquer son affiliation à un aïeul versé dans la voie de la théologie, est une tendance récurrente dans la contrée. 

Aghem n’Laâzara en langue zénète signifie «Le fort des célibataires». C’est un lieu de légendes, qui suscite curiosités aghemet moult récits… Ainsi, il se murmure que cet aghem fut bâtit en une seule nuit par un  groupe de « Laâzara » : des célibataires aux mœurs légères, raison pour laquelle ils qui furent chassés du ksar voisin «Tazeguert». Dès lors, un voile obscure se jeta el aghem afin que la nuit y demeure … Les jeunes hommes poursuivirent ainsi leur entreprise, pendant que les chants d’Ahalil rythmaient et berçaient cette nuit mystique et tant d’autres; à l’image des cérémonies de taguerabt*, et où le sacré et le profane cohabitent. 

Il est également dit que cette prouesse fut possible grâce à l’aide de djins juifs. Car, non loin de l’Aghem n’Laâzara, se dresse «Jbel el Yihoud» (le mont des juifs ), qui atteste de la présence des juifs dans la région et que les bouches évoquent avec beaucoup de réserve…Tin Ziri est à l’image du Saraha, elle n’a pas encore livré tous ses secrets…

Leila A.

 

Mes remerciements vont à mes élèves, dont les récits fabuleux rythment nos promenades, ainsi qu’une pensée particulière à Nouara qui chaque jour, traverse le Tin Ziri pour venir à l’école.

 

Sources : 

  1. Rachid Bellil, « Les Oasis du Gourara, Sahara Algérien : Fondation des Ksours ». Paris, Louvain, Ed Peeters, 2000. 
  2. Rachid Bellil, « les Zénètes du Gourara, leurs saints et l’ahelil ». Insaniyat.revues.org/7977-2000.
  3. Henri Terasse, « La vie d’un royaume berbère au XIe siècle espagnol : l’émirat Ziride de Grenade », Persée 1965.

*taguerabt : forme d’ahalil qui se joue dans des lieux clos, réservés aux initiés. Ce qui nous renvoie vers l’izelwen, la forme originelle du ahalil, et dont la pratique remonte une période antérieure à l’avènement de l’islam. 

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