.
.

Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

.

Traduire l'article :

La conquête arabe au Maghreb, état et conditions des tribus de l’époque


Au milieu du VIIe siècle, la domination byzantine s’étendait encore largement sur la Tripolitaine et la Byzacène. En Algérie, les Byzantins continuaient d’occuper les citadelles construites au siècle précédent, Bagai, Thamagadi et Lambèse. Ils n’occupaient plus le Hodna mais entretenaient de bons rapports avec les populations du Zab et de la Maurétanie Césarienne.

Les populations étaient maîtresses d’une grande partie du territoire, nous raconte Mahfoud Kaddache qui explique que les Zenata en constituaient le groupement le plus important et habitaient le Maghreb, depuis une époque très reculée. Ils occupaient en fait le pays qui s’étendait depuis Tripoli jusqu’à la Moulouya, particulièrement les monts de l’Aurès, la région du Zab et le sud de Tlemcen. Les tribus les plus nombreuses et les plus puissantes étaient, dans l’ordre, celles des Djeraoua, des Maghroua et des Beni-Ifren.

Les Djeraoua habitaient les Aurès et professaient le judaïsme. Ils se distinguaient par leur puissance et leur nombre. Par ailleurs, ils reconnaissaient Dihya, « la Kahena », pour reine qui fut signalée aux Arabes comme le chef berbère le plus redoutable.

Les Meghraoua, principale confédération zénata, nomadisaient, selon Ibn Khaldoun, dans les hautes plaines de l’Oranie. Ils s’appuyaient sur Tiaret, Tlemcen et la grande ville de Fès. Les Beni-Sindjas, les Righa, les Laghouat, les Beni-Ouerra en étaient les principales tribus.

Les Beni-Sindjas occupaient le sud du Maghreb central : on les trouvait dans les montagnes des Rached, dans celles de Gueriguerra, dans le Zab, dans la région du Chelif et celle de Constantine.

Les Righa étaient établis entre la région du Zab et celle d’Ourgla et avaient construit de nombreux ksours ; Touggourt était leur plus grande oasis.

Les Laghouat, l’autre branche des Maghraoua, habitaient la partie du désert du Zab et la montagne de Rached. Ils y possédaient une bourgade qui porte leur nom.

Et enfin, les Beni-Ouerra se rencontraient dans le territoire du Chelif et dans province de Constantine.

Ces tribus étaient ainsi très disséminées. Les Beni-Ifren se partageaient en un grand nombre de tribus, dont les plus importantes étaient les Beni-Ouargou et les Merendjisa. Ils nomadisaient dans les régions situées au sud de Tlemcen, la ville qu’ils fondèrent par la suite.

Les Aurebas occupaient le premier rang parmi les tribus berbères, par leur « force numérique et leur bravoure ». Ils avaient pour chef au moment de l’arrivée des arabes Sekerdis Ibn Zoufi ; le successeur de ce dernier, Koceila Ibn Lemezm ek Aurebi, fut le chef de toutes les autres tribus descendues de Bernes.

Plusieurs tribus avaient formé des Etats puissants et abandonné le service de l’Empire. De nombreux Berbères refusèrent de payer l’impôt au gouvernement grec, et de vassaux devinrent des alliés exigeants.

L’atmosphère religieuse était très troublée. L’Empire grec blessait l’amour-propre des chrétiens habitués à regarder vers Rome plus que vers Byzance qui cherchait à les détacher de l’orthodoxie. Et en intervenant dans les matières de foi et en soutenant l’hérésie, le gouvernement impérial avait mécontenté des populations chrétiennes.

Sur le plan économique, la situation était loin d’être brillante. Les grands domaines avaient beaucoup souffert de la guerre : les steppes autrefois travaillées et irriguées étaient retournées à la vie pastorale, surtout le long du limes abandonné. Les Berbères, refoulés au désert ou dans les montagnes, aspiraient à reprendre leurs terres. Aussi, pour se procurer l’argent nécessaire à la restauration de la domination grecque particulièrement compromise, l’Empire était amené à écraser d’impôts les populations.

Les Arabes surent profiter des difficultés de l’Empire byzantin, notamment en conquérant la Syrie, la Palestine, l’Egypte, la Cyrénaïque et la Tripolitaine, sans que l’Empire ne soit capable de défendre ses sujets. « Le Maghreb ne pouvait pas ne pas intéresser les Arabes », écrit Kaddache qui poursuit : « Il leur apparaissait comme une terre riche : pays de montagnes et de verdure, couvert d’arbres de Tripoli à Tanger. C’était la terre promise où des chefs infidèles menaient une vie facile. Les profits fabuleux que l’on pouvait en tirer devait attirer les guerriers arabes ; de nombreuses richesses du Maghreb prirent par la suite le chemin du Caire, de Damas ou de Bagdad. Il est certain que le Maghreb apparaissait aux chefs musulmans comme une terre d’infidèles à gagner à l’islam, comme une terre de martyrs. Conquête du pays, conquêtes des âmes, les deux étaient inséparables. Cela fut fait au nom d’une foi, d’un ordre nouveau qui dans son essence apportait un message d’égalité des races et des hommes et une promesse de justice sociale. »

Synthèse N.A.

Source :

  • Mahfoud Kaddache, L’Algérie des Algériens, de la préhistoire à 1954. EDIF 2000, 2003/Editions Paris-Méditerranée, 2003, 787 pages.

Commentaires Facebook

commentaires



L’équipe Babzman est composée de spécialistes, amoureux de la culture Algérienne sous toutes ses formes. Qu’ils soient passionnés d’art, d’histoire ou encore de patrimoine, ces contributeurs de tout horizon, vous offrent un voyage dans le temps, à la découverte de l’Algérie millénaire.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *