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Interview de Nadia, veuve de Matoub Lounes, dans L’Humanité


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Nadia Matoub, la veuve du chanteur et poète kabyle assassiné il y a vingt ans, revient sur les engagements de ce porte-voix de la démocratie, de la laïcité et de la revendication culturelle berbère.

 

Comment expliquez-vous l’engouement suscité par Matoub Lounès ? Est-il du à l’artiste ou à son engagement ?
Nadia Matoub. Je ne crois pas que l’on puisse dissocier, chez Matoub Lounès, l’artiste et le militant. C’est le militant qui parle à travers son art. Avec sa poésie, il a prêté sa voix au peuple. Il était l’un des chefs de file de la revendication culturelle amazighe (berbère). Beaucoup se sont sentis orphelins, privés de voix, après son assassinat. Ce qu’il donnait, il le donnait sincèrement, à travers ses chansons, ses engagements, mais aussi dans son comportement quotidien. Il donnait un amour inconditionnel, il aimait profondément son peuple et portait la mémoire de ses combats. Sa poésie touchait le cœur de ceux qui l’écoutaient, pas seulement en Algérie, mais aussi dans toute l’Afrique du nord. Sa mémoire reste encore aujourd’hui vive au Maroc, en Libye. Il n’était pas seulement un témoin de son temps : il s’est toujours placé du côté des opprimés, il a insufflé l’esprit de liberté à toute une génération.
Certains de ses détracteurs le présentaient comme un « régionaliste »…
Nadia Matoub. Il ne l’était pas du tout, on ne peut pas lui coller une telle étiquette. Bien sûr il est impossible d’omettre son attachement viscéral à la Kabylie, à ses montagnes. Mais il a chanté « Tamazgha », l’Afrique du nord berbère. Surtout, il n’a jamais cessé de chanter et de défendre des valeurs universelles : l’amour, la démocratie, la laïcité, le respect de l’autre. C’était un poète subversif, refusant l’autorité des dogmes, qu’ils soient religieux, politiques, culturels. Il se battait contre tous les conservatismes, jusqu’au sein de la société kabyle, dont il n’hésitait pas à remettre en cause les valeurs patriarcales. Il défendait l’émancipation de tous et toutes, hommes et femmes.
Quel rôle les poètes tiennent-ils dans la société kabyle ?
Nadia Matoub. Dans une société où domine l’oralité, les poèmes sont des archives. Les kabyles ont toujours donné une place centrale aux poètes. Ils sont très écoutés car ils ont un rôle de transmission du savoir, d’éveil des consciences. Autrefois, leur avis pesait lourd dans les prises de décision politique, dans l’arbitrage des conflits.
Vingt ans après la mort de Matoub Lounès, les circonstances de son assassinat, l’identité des tueurs et des commanditaires restent troubles. Peut-on encore espérer, dans cette affaire, obtenir vérité et justice ?
Nadia Matoub. C’est très difficile à dire. Je n’ai jamais cessé, et je ne cesserai jamais d’exiger la vérité. On a exécuté mon mari sous mes yeux, avec une violence inouïe. J’ai été grièvement blessée, ainsi que mes deux jeunes sœurs. Comme victime, je ne peux pas me résoudre à l’idée de renoncer à la vérité. Toute piste est bonne à exploiter pour obtenir la réouverture du dossier judiciaire. Je garde espoir.
Source: https://www.humanite.fr/algerie-matoub-lounes-insuffle-lesprit-de-liberte-toute-une-generation-657250
Image: http://lesavoire.over-blog.com/

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