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INTERVIEW avec Mohamed Mechati


moh« Le groupe des 22 a été le catalyseur »

Mohamed Mechati a fait partie du groupe des 22 qui a déclenché la Révolution. Dans l’entretien qui suit, l’ancien militant (84 ans  au moment de l’entretien) retrace les péripéties qui ont abouti à la fameuse réunion du Clos-Salembier où les mots d’ordre de la lutte armée ont été lancés.

Sincèrement, il répond aux questions avec un souci du détail remarquable. Mechati, dont les contributions dans les journaux ont été régulières au cours de ces dernières années, s’était illustré par un article, au lendemain de l’ouverture démocratique, intitulé « Du parti unique au multipartisme unique » qu’il considère comme prémonitoire. Notre interlocuteur a occupé plusieurs hautes fonctions au lendemain de l’Indépendance. Il a été notamment ambassadeur et vice-président de la Ligue algérienne des droits de l’homme.

Comment s’est constitué le groupe dit des 22 et qui en était l’initiateur ?

D’abord, je précise que le groupe était composé de 21 personnes. Tout le monde parle de 22 parce que le premier qui a écrit sur l’histoire de la guerre d’Algérie était Yves Courrière qui en a fait mention dans son livre Les Fils de la Toussaint. L’historien français avait cité quelqu’un qui n’avait pas assisté à cette fameuse réunion, en l’occurrence Hadj Benhalla. Quant à Lyès Derriche, le propriétaire de la maison qui a abrité la réunion au Clos-Salembier, sa mission était de mettre à notre disposition sa demeure. C’était un militant qui faisait partie de la logistique. Le fait d’avoir ouvert sa maison est un acte de grande valeur, de sacrifice et de discipline, mais il n’a pas assisté à ladite réunion. Il a un grand mérite. Quant à la non-convocation à cette réunion de Benhalla qui était un haut responsable de l’Organisation secrète (OS) dans l’Oranie, cela reste une énigme. Le « cafouillage » qui a eu lieu après à propos de cette réunion est dû au Pouvoir qui, depuis l’Indépendance, n’aime pas parler de l’histoire qui a été occultée à dessein.

Qui a eu l’idée de réunir tous ces militants et pour quel objectif ?

C’est Mohamed Boudiaf. Pourquoi ? Parce que c’était le dernier responsable de l’OS après la dissolution de l’organisation par le parti au niveau de l’état-major à Alger. Par conséquent, lorsque l’OS a volé en éclats, tout le monde s’est dispersé, mais Boudiaf a gardé le contact avec les anciens militants de l’OS. Lorsque le parti a implosé du fait de Messali lui-même, il y avait une crise d’autorité, une crise de confiance. Les gens ne croyaient plus à rien, le parti s’est scindé en plusieurs tendances – messalistes, centralistes… Boudiaf, qui se trouvait en France durant cette période, avait été convoqué par Lahouel Hocine, responsable du parti à Alger. A la suite donc de cette « déchirure » qui a atomisé le parti, Boudiaf a été chargé de réunir les éléments de l’OS pour renverser la situation.

Que lui a demandé le comité central représenté par Lahouel ?

De tout simplement remettre les choses à leur place, en dépassant les conflits nés des scissions qui minaient le parti. L’objectif visé était d’utiliser les éléments de l’OS, mais avant de passer à l’acte, c’est-à-dire à la lutte armée, il fallait créer l’unité du parti. Pour cela, il a été mis en place un organe, le Comité révolutionnaire pour l’unité et l’action (CRUA), chapeauté par Boudiaf et Benboulaïd de l’OS et par Dakhli Bachir et Bouchebouba, délégués par le comité central. La mission de ce comité n’était autre que d’assurer l’union entre tous les militants pour passer à l’action. Benboulaïd a été délégué pour aller voir Messali pour lui faire part des démarches effectuées et pour l’y associer, mais Benboulaïd est revenu bredouille car le zaïm voulait que tout passe par lui. Ce qui n’était pas possible. Le CRUA a donc échoué dans sa mission. Boudiaf a mis tout le monde devant le fait accompli. Il a réuni une équipe de 20 personnes, la plupart du Constantinois. L’Algérois était représenté par Bouadjadj, Merzougui, Belouizdad et Didouche. L’Oranie avait délégué Ahmed Bouchaïb. La grande représentation de l’Est algérien était due au fait que Boudiaf était responsable de l’OS pour le Constantinois et a donc fait appel, pour une question de confiance, aux militants qu’il connaissait. Ces choix, moi je les ai contestés à l’époque, car dans une situation pareille, on fait appel aux éléments de l’OS à l’échelle nationale, aux cadres et pas aux militants. A sa décharge, Boudiaf a voulu faire vite et a donc pris ceux qu’il avait sous la main.

Quel a été le mot d’ordre de la réunion ? De quoi avez-vous parlé au juste ?

Le but de Boudiaf et du groupe était de déclencher la Révolution par la lutte armée. Pour cela, il fallait faire quelque chose qui ne s’était jamais produit auparavant. Depuis 1830, il y avait des révoltes qui étaient réprimées dans le sang. L’OS, lorsqu’elle a été créée, avait pour but de faire la Révolution à l’échelle nationale, c’est-à-dire à travers tout le territoire, d’autant qu’elle disposait des réseaux du parti. Boudiaf et Benboulaïd avaient été élus par le groupe pour la diriger.

50 ans plus tard, quel regard portez-vous sur les actions passées ?

Je peux dire que l’objectif essentiel a été atteint, à savoir la souveraineté nationale et la libération du joug du colonisateur. Mais à quoi sert l’indépendance si on doit tomber dans la misère comme on le constate actuellement ? Je suis scandalisé, car ce n’est pas pour cette Algérie que j’ai combattu. A l’époque, chacun donnait de soi, on militait sincèrement, on avait l’Algérie dans nos cœurs. Notre leitmotiv était de donner et sa personne et ses biens pour la patrie, alors que maintenant, au lieu de servir, les gens se servent beaucoup plus. Voilà la différence. Les gens sont mus par le côté matériel, par la course effrénée vers l’argent… La notion de patrie s’est estompée et le patriotisme perd du terrain de jour en jour.

 

Tahri Hamid

El Watan du 01/11/2004

 

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