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Quand Michel Debré, Premier ministre de De Gaulle, échappe à un attentat à Tizi-Ouzou


Contribution : Histoire

Cela s’est passé le 12 avril 1960

Quand Michel Debré, Premier ministre de De Gaulle, échappe à un attentat à Tizi-Ouzou

L’association sociale Tafath Ihasnaouène, village situé sur les hauteurs de Tizi-Ouzou, a commémoré la journée du 1er Novembre. Un riche programme d’animations culturelles, des témoignages et une waâda ont été organisés. Une occasion mise à profit pour rendre hommage à des chahids dont la notoriété dépasse le village qui les a vus naître. Ci-après une série de portraits qui sont la retranscription de témoignages recueillis par Mohamed Ouamrane, le fils de l’un des quatre chahids. Des témoignages qui racontent des faits spectaculaires, inédits et peu médiatisés : l’attentat qui a visé Henri Fayolle, le maire de Tizi-Ouzou, le 10 décembre 1955 et commis par Lammari Mohamed dit Meziane. Une autre action spectaculaire est l’attentat manqué ayant ciblé Michel Debré, Premier ministre du général de Gaulle, en visite à Tizi-Ouzou, le 12 avril 1960.

En ce 12 avril 1960, Michel Debré, Premier ministre du général de Gaulle, est en visite officielle en Algérie. Il doit procéder à la pose de la première pierre pour la construction de la préfecture de Tizi-Ouzou. Le FLN saisit cette occasion et décide d’en faire un événement politico-militaire de grande envergure. Les responsables locaux du FLN/ALN reçoivent l’ordre d’organiser une action armée contre le Premier ministre français.

Les hommes choisis pour exécuter cette mission sont parmi les combattants les plus aguerris. Certains d’entre eux font partie du commando de Tizi-Ouzou dont faisait partie Mitiche Moh Djerdjer avant d’être appelé à d’autres responsabilités à Boghni. Ils sont d’anciens militants du PPA et de l’OS, formés dans les rangs des groupes «Robert Lacoste». Il s’agit de Ouchène Arezki, Ouamrane Mohammed Mouloud dit Mouloud, Belhocine Mouloud, Mohamed Zidane et de Ramdhane El Kachaï.

Le 11 avril, la veille de la visite de Michel Debré à Tizi-Ouzou, le groupe composé des cinq hommes se réfugie au domicile de la famille Chernaï à Talla Allam, près de Tizi-Ouzou. Ils devaient poser des bombes au stade municipal, où Michel Debré devait prononcer un discours après la pose de la première pierre de l’édifice à construire. Pour une raison encore non élucidée, les bombes ont prématurément explosé. Quatre des membres du commando succomberont à la déflagration, Ouamrane Mohammed Mouloud s’en sort miraculeusement avec une blessure au pied. Alertées, les forces coloniales encerclent immédiatement les lieux et ratissent la forêt d’oliviers environnante, aidées en cela par des chiens et des harkis.

Le combattant ayant survécu à l’attentat, un tireur d’élite, se défend héroïquement en faisant subir des pertes à l’ennemi. Il est à son tour mitraillé par un harki et rend l’âme, l’arme à la main. Les corps des cinq chouhada reposent en paix dans le cimetière des martyrs de Talla Allam. Les deux rues longeant l’Université Mouloud -Mammeri de Tizi-Ouzou portent les noms des chahids Ouamrane et Ouchène.

Le chahid Lammari Meziane, auteur du premier attentat à Tizi-Ouzou

Le chahid Lammari Mohammed dit Méziane est né le 4 juin 1922 à Aït-Mansour, commune de Tizi-Ouzou. Au déclenchement de la lutte armée, il se trouve en France où il milite dans les rangs du FLN. A peine rentré au pays, il rejoint naturellement les combattants de l’ALN et se porte volontaire pour effectuer un attentat à Tizi-Ouzou. Dans une réunion secrète tenue à Ihesnawen (en présence notamment de Krim Belkacem, Amar Ouamrane, Ahmed Ouamrane et son frère Mouloud, Lamali Ahmed, Guerroudj Moh Amara, Aimène Saïd et Amrane Lounès), Krim dit à Lammari Méziane : «Nous avons besoin de toi comme militant» ! Mais Méziane lui répond : «j’irai au maquis». Krim lui rétorque alors : «tu dois alors commettre un attentat, c’est la règle». Ça sera le premier attentat commis à Tizi-Ouzou, et ce, le 10 décembre 1955, soit une année après le déclenchement de révolution du 1er Novembre 1954.

Lammari Méziane choisit de commettre son attentat contre le maire de Tizi-Ouzou, Henri Fayolle. Quand il pénètre à l’intérieur de l’édifice communal, il tire la première balle qui ne touche pas le maire, puis, essayant de tirer à nouveau, les balles ne partent plus de son arme, il quitte précipitamment la mairie en se dirigeant vers la rue de la Paix pour se réfugier dans un magasin tenu par un épicier de son village. Le planton de l’époque le suit et indique sa cachette aux gendarmes qui l’arrêtent.

Quand les gendarmes l’emmènent vers la caserne, il tente de s’évader en frappant ses assaillants à l’aide de ses deux mains menottées, un des gendarmes tire sur lui et le tue sur le coup. Il tombe au champ d’honneur le 10 décembre 1955 à Tizi-Ouzou.

Aujourd’hui, la place de l’ancienne mairie de Tizi-Ouzou, devenue musée de la ville, porte le nom du chahid Lammari Méziane, en hommage à sa mémoire et à son sacrifice.

Le lieutenant Ahmed N’Amar ou Salem Lamali est originaire de Thaddarth Tamokrante, Ihesnawen dans la commune de Tizi-Ouzou. Il est l’un des premiers militants de PPA/MTLD de la région. C’est un novembriste de la première heure. Il est désigné comme responsable de la ville de Tizi-Ouzou et de sa région très tôt par Krim Belkacem lui-même. C’est lui qui organise, en collaboration directe avec ce dernier, la première grève générale à Tizi-Ouzou, et ce, dès le 1er novembre 1955. C’est lui aussi qui est aux côtés du chahid Lammari Méziane quand il commet le premier attentat contre le maire Henri Fayolle de Tizi-Ouzou. Son intelligence et son courage lui ont permis d’organiser sa région au point où Krim part, serein, de Tizi-Ouzou, pour d’autres missions hors de la Kabylie.

Krim Belkacem avait une confiance totale en lui. Avant de lui confier la responsabilité de Tizi-Ouzou et de sa région, Krim dit à Lammali : «vois-tu, Ahmed, si la ville nous suit, c’est gagné». Le pari fut réussi puisque juste après, la ville de Tizi-Ouzou organise des actions politico-militaires de grande envergure : des attentats sont commis à intervalles réguliers, des barrages dressés par les moudjahidine de jour et de nuit, des exécutions de traitres et autres ennemis ont lieu dans des lieux publics en plein jour. Sa région natale, Ihesnawen, a pris une importance telle que tout transitait par là : armes, vivres, médicaments. Il est tombé au champ d’honneur en 1957 au lieudit Hidhous Azib Ahmed dans la commune de Tizi-Ouzou. L’armée française lui a tendu une embuscade juste après un ratissage. Aujourd’hui, la rue allant du centre-ville au stade du 1er-Novembre-1954 longeant l’hôpital Nedir Mohamed porte le nom du chahid Lammali Ahmed, en hommage à sa mémoire et à son sacrifice.

Le chahid Ouamrane Ahmed est né en 1907 à Aït-Mansour, Tizi-Ouzou. Fils de Mohamed N’Ahmed ou Kaci et de Nebbali Djouher El Hocine. Il milite très tôt au sein du PPA/MTLD puis du FLN à partir de novembre 1954. Sa culture politique, son sens aigu du patriotisme et de l’organisation lui valurent d’être désigné chef de Front (Front de libération nationale FLN), chef de kasma et coordonateur des villages de Hasnaoua et Oumaden. Il était l’un des 4 ou 5 militants à connaître la date du déclenchement de la révolution de Novembre 1954 (avec Amar Dris, Guerroudj Mohamed, Amrane Lounès, Aimène Saïd et Lamali Ahmed). Il s’occupait notamment du recrutement des moudjahidine et des moussebiline, de la collecte des fonds pour la trésorerie du FLN, de l’organisation logistique des refuges… Son rôle était aussi politique, il consistait à sensibiliser les citoyens pour les inciter à participer activement, chacun selon ses moyens, à aider la révolution. Il était doté d’un charisme hors du commun, les citoyens lui obéissaient avec honneur et fierté.

Le chahid Ouamrane Ahmed est tombé au champ d’honneur avec ses compagnons d’armes, Baziz Mohamed et Berkani Idir ou Rezki, le mardi 26 septembre 1959 à Ighzer Bwayes, Ihesnawen — Tizi-Ouzou.

L’école primaire d’Azib Ahmed porte son nom ainsi que la rue allant du carrefour du 20-Avril au stade du 1er-Novembre-1954 (rue des frères Ouamrane).

S. A. M. Le Soir d’Algérie

 

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