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Extrait revue : El ûkiya, histoire d’une petite monnaie intemporelle


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En Algérie du XIIIe siècle, et plus précisément au Grand Touat, l’introduction de la monnaie de frappe locale appelée «le dirham chérifien» a remplacé «el dirham sultani» (importé des sultanats du Maghreb occidental). Ce dernier, dévalué, et rebaptisé ûkiya,  vaut la moitié de la valeur du dirham chérifien ; cela précise les jeux et enjeux des pouvoirs et allégeances qui s’opéraient au sein du Grand Touat à ce moment-là.

Durant  la période coloniale, la pièce de monnaie ûkiya, toujours en cours dans cette région, fut surnommée «la petite monnaie indigène» par les Français.

Origine et signification du mot

Le vocable el ûkiya  «الأوقية» désigne à la fois une unité de mesure et une valeur fiscale usitée dans le monde arabe. De nos jours, elle correspond à l’once, qui est une unité de masse comprise entre 24 à 33 grammes. Son étymologie nous renvoie à la période préislamique «Al Jahiliya».

A ce sujet, l’auteur de l’encyclopédie Lisân al-‘arab (Langue d’Arabes ), une référence  lexicologique arabe depuis le IXe siècle, Abul-Fadl Jamal ad-Din Muhammad Ibn Manzur (1232-1311), établit une analogie entre les trois substantifs  suivants : «qôut» qui veut dire subsistance ; «wiqâya», qui désigne la protection et «ûkiya». En effet, du troc aux systèmes fiscaux modernes, un moyen de subsistance est un moyen de protection en soi. Ainsi, el ûkiya jalonne et précise les échanges économiques, en fonction de sa valeur.

Valeur et usage d’el ûkiya

A l’aube de l’islam, elle correspondait à 40 dirhams (péninsule arabique), mais en termes de poids, sa valeur  différait selon la nature de l’objet et la matière pesée. A titre d’exemple, une ûkiya d’or valait  29 .75 grammes et celle d’argent 119 grammes.

Au début du xiie siècle, nous retrouvons sa trace dans les registres de comptes de l’Espagne almoravide. Le juriste sévillan Ibn ‘Abdun  précise dans  son Traité  «sur la vie urbaine et les corps de métiers» de la ville de Séville, que le «ritl» soit 504 grammes  équivaut à 16 ûkiya.

En Algérie, ce vocable est encore utilisé chez les marchands d’épices et de métaux précieux. «L’ukiya n’a plus de vertu que symbolique parce que du côté du kilo, de la livre et du litre, passés depuis fort longtemps dans la terminologie autochtone, avec à peine quelques déformations phonétiques, le mot ukiya constitue la seule trace du passé, et tel un iceberg, il émerge encore provisoirement pour permettre à l’humble citoyen d’aujourd’hui en ville comme en campagne, de renouer avec une échelle de mesure plus familière».*
Leila A.

Sources :

  1. E. Lévi-Provençal, Séville musulmane au début du xiie siècle – Le traité d’Ibn ‘Abdun sur la vie urbaine et les corps de métiers. Traduit avec une introduction et des notes
    (1947) , Nouvelle édition : Maisonneuve & Larose, Paris, 2001, 178 pages.
  2. * Nadir Marouf, Lecture de l’espace oasien, passé et présent des oasis occidentales (Algérie), pp. 77 et 160, Barzakh, Alger, 2013.
  3. 1970 بلبنان  دار الآداب   مطبعة  قاموس المنهل,     سهيل إدريس  , جبور عبد النور –  
  4.   دار لسان العرب– بيروت  1955  ,, العرب  لسان  , منظور بن ا  أبو الفضل جمال الدين محمد بن مكرم  –
  5.      السحاب المركوم الممطر بأنواع الفنون وأصناف العلوم المجلد الثاني  دار الكتب العلمية – بيروت ، 1978  – محمد صديق خان,                                                                      

 

 

 

 

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