.
.

Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

.

Traduire l'article :

Extrait revue Babzman : La résistance maure aux Vandales



cavApres un bref passage en Ibérie, le roi des Vandales, Genséric,  franchit les Colonnes d’Hercule (actuel Gibraltar) en l’an 429 pour envahir l’Afrique du Nord, «le grenier à blé des Romains». Son armée, composée de Suèves et d’Alains, ravage la Numidie  ainsi qu’une partie de la région Proconsulaire, et installe son royaume à Hippone.

L’Eglise officielle romaine ainsi que les biens des notables romains et autochtones romanisés subissent pillages et vandalismes jusqu’en 442, date à laquelle un traité de paix avec Valentinien III  fut scellé. Le pacte permet aux Romains de conserver la partie occidentale de la Numidie, les Maurétanies sitifienne césarienne mais cède la province romaine d’Afrique proconsulaire  : Byzacène, et l’est de la Numidie, laquelle devint vandale.

Dès lors, les Vandales aspirèrent à élargir leur domination à l’Aurès, au-delà des limites du «lime méridional» fixées autrefois par les Romains, excluant les sites maures suivants : Ghadamès, Wârgla, Tâmdult et Sijilmâsa. Mais ils se heurtèrent à une farouche résistance autochtone de 477 à 484. 

A la lumière de ces faits, nous pouvons cerner le contexte de la résistance maure à l’invasion vandale.

 

Les Maghraoua et les Banou Ifren, bâtisseurs et guerriers

 «Les Maures, ou anciennement “Mores”, sont originellement des populations berbères peuplant le Maghreb. Ce terme a changé de signification durant plusieurs périodes de l’histoire médiévale et contemporaine.» L’historien romain Procope désigne par le vocable «Maure» la population berbère non romanisée qui vivait et évoluait en marge de l’Afrique romaine. Selon ce dernier, le mot évoque l’«habitant des régions qui bordent le grand désert et l’océan Atlantique», il est également considéré «berbère identifié à la vie tribale et reste africain ; ni le bilinguisme ni même la conversion n’avaient réussi à faire de lui un Romain».

La grande tribu maure des Ifrens, connus pour être de grands cavaliers dompteurs du Barbe (cheval maghrébin), se sont battus et ont repoussé l’invasion vandale aux côtés des Maghraouas. Il convient de préciser qu’«au sud, plusieurs tribus touaregs font partie des Banou Ifren. La grande tribu Azguez est formée par les Banou Ifren. […] Les Banou Ifren du Hoggar sont divisés en trois souches : les N’Oukiren, les N’Irdad (oiseaux), les N’Ettedel (tambours)». Depuis l’ère punique, ces redoutables cavaliers acquirent la réputation d’audacieux guerriers.
Les Ifren et les Maghraouas seraient descendants de la tribu africaine nommée «les Troglodytes» ou encore «les Gétules antiques» par Hérodote, Pline l’Ancien ainsi que Pomponius Mela.

Ces Maures autonomes, guerriers et bâtisseurs constituaient un bouclier infranchissable contre l’envahisseur dans certaines régions du Sahara. Ils avaient ainsi le contrôle de l’or d’Ophir : région mystérieuse, citée par la Bible et représentée par la tradition orale comme étant riche et abondante en trésors. D’ailleurs, son emplacement suscite encore de nos jours débats et controverses : yéménite ou indienne ou encore située au rivage africain de la mer rouge, en Somalie,  la légende veut qu’elle soit voisine du royaume de la Reine de Saba. 

Ifrens et Maghraouas détiennent l’exclusivité sur les routes transsahariennes Nord-Sud. Ils sont ainsi le fil conducteur qui rattache le Maghreb à l’Afrique, édifiant des principautés autonomes dont le territoire comprenait Ghadamès, Wârgla, Tâmdult Zawîla, Tâhert, et Sijilmâsa, villes relais qui constituaient des points vitaux et des axes caravaniers incontournables. «L’organisation des flux commerciaux impliquait l’existence d’Etats ou de villes marchandes aux débouchés Nord et Sud de chaque axe transsaharien et une complémentarité mutuelle irremplaçable entre produits du Nord et du Sud.»  

En projetant d’élargir leur territoire, les Vandales nuisaient à un commerce ancestral savamment orchestré depuis douze siècles. Cependant, le manque d’écrits historiques et l’absence de véracité des données en ce sens se posent. L’histoire de l’Afrique romaine écrite alternativement par les Romains vaincus et les Byzantins vainqueurs laissent à peine entrevoir des bribes d’informations sur ses habitants originels. Les batailles de l’Ad Decimum  et Tricameron en l’an 533 marquèrent le déclin du royaume vandale de l’Afrique du Nord et l’avènement de l’hégémonie byzantine. Les Maures continuèrent la lutte ; des principautés s’érigèrent. Les Djerawa, les Banou Ifren, les Maghraouas, les Awarbas  résistèrent à la présence byzantine et, plus tard, à l’envahisseur arabe, ils furent des alliés de Dihya  dite la «Kahina» contre les Omeyyades. 

Leila A.

Article Bimestriel Babzman 

Sources :

  1. Histoire des Goths, Jordanès, chap. 33.
  2. La Fin du monde antique, Andre Chastagnol, Paris, Nouvelles Éditions Latines,‎ 1996.
  3. Histoire de l’Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu’à la conquête français (1830), Ernest Mercier, Adamant Media Corporation.
  4. Itineraria Phoenicia, Edward Lipiński.
  5. Carthage, Pierre Hubac.
  6. Ancient Orient and Old Testament, Kenneth Anderson Kitchen. London, Tyndale Press. Chicago, Inter Varsity Press, 1966.
  7. Punt and How to Get There, Kenneth Anderson Kitchen. Orientalia 40 (new series), 1971.
  8. Description de l’Afrique septentrionale, Al-Bakri (El Bekri) Abou Obeïd, 1913, trad. par Mac Guckin de Slane, Alger, Adolphe Jourdan, (voir également Monteil).

 

 

 

Commentaires Facebook

commentaires



L’équipe Babzman est composée de spécialistes, amoureux de la culture Algérienne sous toutes ses formes. Qu’ils soient passionnés d’art, d’histoire ou encore de patrimoine, ces contributeurs de tout horizon, vous offrent un voyage dans le temps, à la découverte de l’Algérie millénaire.


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *