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Décès de Lucette Hadj Ali, parcours d’une grande moudjahida


lucetteC’est une grande dame qui s’en est allée le 27 mai 2014, à l’âge de 94 ans. Lucette Hadj Ali était une militante de la cause algérienne pendant la guerre de révolution. Son parcours mérite d’être connu par la jeune génération. Pour l’exemple, mais aussi pour l’Histoire.

Lucie Safia Hadj Ali, née Larribère, plus connue sous le nom de Lucette, arrive au monde un 9 décembre 192à, à Oran, son père, Jean-Marie Larribère, était gynécologue et avait ouvert une clinique à Oran en 1928. Sa mère, Yvonne Verdier, est née en Algérie en 1896 et était institutrice. L’oncle de Lucette, Camille Larribère, avait été l’un dirigeant du Parti communiste Français dés les premières années de sa fondation, puis membre du comité central du Parti communiste Algérien.

Lycéenne à Oran, elle obtient son bac et s’inscrit à la Sorbonne, à Paris, pour une licence d’histoire et géographie. En 1939, Lucette revient en Algérie avec deux certificats qui lui permettent de terminer ses études à la Faculté d’Alger. Et c’est en novembre 1942, lors du débarquement des troupes alliées en Algérie, qu’elle obtient son diplôme d’études supérieures.

Elle enseigne dans le secondaire pendant quelques semaines et en janvier 1943 elle devient journaliste et exerce son métier à l’Agence Française de Presse (AFP). C’est à cette période qu’elle fera la connaissance d’Henri Alleg et de sa compagne, Gilberte Sarfaty, qui deviendront de grands amis. Et même si elle a grandi dans un milieu communiste, de part son père, son grand-père et son oncle, ce n’est qu’à cette période qu’elle commence à prendre conscience de ce qui se passe réellement dans l’Algérie colonisée, comme elle le raconte dans son livre :

 » Mon enfance ressemble à celle de tous les petites européennes d’Oran à cette époque: complètement coupée de la population algérienne. Au lycée, il n’y avait qu’une seule Algérienne (pendant toutes mes années de lycée) et à l’université d’Alger, en histoire-géo, il n’y avait aucun étudiant algérien. C’était comme si la population algérienne et la population européenne vivaient sur deux planètes différentes… « Bouclée dans une société complètement coupée des milieux algériens, je n’ai pris conscience de l’oppression coloniale qu’à partir du moment où j’ai travaillé à « Liberté » (organe du PCA) et surtout après mon adhésion au parti (juillet/aoüt 1945)… C’est quand j’ai été plongée dans l’action, au Parti  et surtout à l’Union des Femmes d’Algérie (elle en sera l’une des dirigeante de 1946 à 1955) que j’en ai pris réellement conscience. » 

A partir de là, elle sera de tous les combats. Principalement ceux des couches les plus défavorisées de la société algérienne qui luttaient contre le système colonial et son exploitation inhumaine.

Dans ses luttes, Lucette se forge une conscience nationale. Et son activité militante la mène entre autres à la participation à des écoles de cadres des trois partis communistes nord-africains tenues à Alger. Elle sera aussi élue membre du comité central du PCA en 1949 et le demeura jusqu’à la fin de la guerre de libération nationale. Et c’est le parti qui, en 1952, lui demande de rejoindre la rédaction d’Alger républicain » où elle retrouve Henri Alleg et Abdelhamid Benzine. Elle y exerce jusqu’à la suspension du journal et l’interdiction du PCA en 1955.

Elle fera partie du premier noyau des CDL, les Combattants de la Liberté, créés par le PC.

« Le parti, écrit-elle, m’a désignée pour militer aux côtés de Bachir Hadj Ali, Sadek Hadjerés et Jacques Salort,  à l’organisation armée des « Combattants de la libération Nationale ». J’ai été chargée d’assurer, en juillet-août 1956 l’hébergement à Oran de Guerrab, rescapé de la liquidation du groupe de Henri Maillot dans l’Oursenis.  Au début de septembre 1956, quand le réseau d’Oran est tombé, je suis passée dans la clandestinité provisoirement en attendant que l’on sache s’il avait été question de moi pendant les interrogatoires des camarades. Mais avant de recevoir cette information, la police est venue à mon domicile pour m’expulser en France, comme elle le faisait pour nombre de camarades européens surtout. Ce qui fait que je suis restée dans la clandestinité. »

Lucette continue à militer en travaillant, avec de faux papiers édités en ex-RDA. Elle dactylographie et reproduit des documents communistes, des tractes et des communiqués…

Suites aux accords FLN- PCA, les communistes algériens rejoignent les maquis de L’ALN et l’Organisation civile du FLN. Lucette est alors agent de liaison.

En avril 1962, l’OAS plastique la clinique de son père à Oran. Ce dernier y soignait des algériens. Mais le geste vise autant la famille qui est anticolonialiste (les deux sœurs de Lucette aussi activent dans les réseaux du PCA au profit du FLN) que Lucette elle-même pour son engagement dans la révolution.

Lucette et celui qui va devenir son époux en 1963,  Bachir Hadj Ali, dirigeant du PCA et homme de culture, militent dans la même section. Et comme le hasard fait bien les choses, ils sont né le même jour, le même mois et la même année.
Après l’indépendance, Lucette Hadj Ali s’établit définitivement à Alger et se consacre à l’enseignement de l’histoire et géographie au lycée El-Idrissi de 1962 à 1975.

Et de 1975 à 1977, elle participe au sein de l’I.P.N., à la confection des manuels destinés à l’enseignement de la géographie. Elle reprend par la suite son poste d’enseignante dans le même lycée. A partir de 1987 et jusqu’en 1981, elle est détachée à l’université de Bab-Ezzouar. Elle y participe aux activités de l’Institut des Sciences de la Terre.

En parallèle, elle ne cesse de militer pour ses idéaux. Notamment après l’arrestation de Bachir Hadj Ali et des autres militants communistes et progressistes au lendemain du coup d’Etat de 1965. Lucette se battra aux côté des familles dont les enfants subissent la répression du pouvoir.

Elle intègre le PAGS (l’avant-garde Socialiste), fondé par son mari, puis le RAFD (Rassemblement des Femmes Démocrates). Et après 1990, elle retourne quelques temps à Alger républicain, avant de se consacrer entièrement à Bachir Hadj Ali très malade. Elle l’accompagne dans ses derniers moments, puis, suite aux menaces de morts qu’elle reçoit des terroristes, elle est contrainte de quitter son pays pour la France.

En mars 2003, Lucette publie  les « Lettres à Lucette », que lui adressait Bachir Hadj Ali alors qu’il était emprisonné à Lambèse, puis à Dréan, suite à son opposition au coup d’Etat de juin 1965avec ses camarades de l’ORP.

Et en 2011, elle publie un témoignage sur son parcours intitulé « itinéraire d’une militante algérienne.

Lucette Hadj Ali a eu une vie bien remplie. Beaucoup de moments éprouvants, beaucoup de souffrance aussi, mais c’est avec un courage inégalable et un dévouement totale qu’elle a traversé et marqué l’Histoire.

 

Z.M.

 

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