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De Gaulle reconnait le droit des algériens à l’autodétermination, le 16 septembre 1959


autodeterminationIl y a 55 ans, dans un discours radiotélévisé, de Gaulle parle pour la première fois d’ « autodétermination » du peuple algérien, dans un contexte des moins favorables.

 

27 janvier 1959, M’hamed Yazid déclare à Tunis : « Nous avons le regret de déclarer que le GPRA n’entrevoit actuellement aucune perspective de paix en Algérie ». Durant cette année, « la France sembla miser sur l’option militaire en lançant les offensives Challe. Et d’autre part, dans un contexte où l’ALN, asphyxiée et débordée, marquait durement le coup, ce furent le contrecoup de l’affaire Lamouri, l’affaire Amira, le déménagement du Caire à Tunis et la paralysie croissante du GPRA à laquelle le recours aux dix colonels, puis au CNRA, parut être une issue » (Histoire intérieur du FLN). La formule « la paix des braves » que le général lançait presque une année auparavant (un cessez le combat sans contreparties) est rejetée par le GPRA.

Pourtant, de Gaulle exprime depuis quelques temps déjà, la nécessité de sortir du statu quo colonial. Ses objectifs selon Benjamin Stora sont de « désengager la France du Sud, la repositionner en Europe, à l’écart de l’antagonisme des deux blocs. »

Et en ce mercredi, 16 septembre 1959, à 20 heures, le général de Gaulle s’adresse aux français. Dans un discours radiotélévisé de 20 minutes, il prononce pour la première fois le mot « autodétermination ».

« Devant la France, un problème difficile et sanglant reste posé : celui de l’Algérie. Il nous faut le résoudre. Nous ne le ferons certainement pas en nous jetant les uns aux autres à la face les slogans stériles et simplistes de ceux-ci ou bien de ceux-là qu’obnubilent, en sens opposé, leurs intérêts, leurs passions, leurs chimères. Nous le ferons comme une grande nation et par la seule voie qui vaille, je veux dire par le libre choix que les Algériens eux-mêmes voudront faire de leur avenir. »

Pour de Gaulle, l’une des conditions du règlement de la situation « est que tous les Algériens aient le moyen de s’exprimer par le suffrage vraiment universel. ». Et de préciser plus loin « on peut maintenant envisager le jour où les hommes et les femmes qui habitent l’Algérie seront en mesure de décider de leur destin, une fois pour toutes, librement, en connaissance de cause. Compte tenu de toutes les données, algériennes, nationales et internationales, je considère comme nécessaire que ce recours à l’autodétermination soit, dès aujourd’hui, proclamé. »

Le général affirme par ailleurs qu’en cas de sécession «  toutes dispositions seraient prises pour que l’exploitation, l’acheminement, l’embarquement du pétrole saharien, qui sont l’œuvre de l’armée et intéressent tout l’Occident, soient assurés, quoi qu’il arrive ». Rejetant « l’intégration »  qu’il désigne par « francisation », de Gaulle offre aux Algériens le choix entre « l’association » et la «  sécession ».

Il ne fixe pas clairement une échéance précise, mais son discours permet d’envisager de véritables négociations avec le FLN. « Quant à la date du vote, je la fixerai le moment venu, au plus tard quatre années après le retour effectif de la paix ; c’est-à-dire, une fois acquise une situation telle qu’embuscades et attentats n’auront pas coûté la vie à 200 personnes en un an. Le délai qui suivra étant destiné, à reprendre la vie normale, à vider les camps et les prisons, à laisser revenir les exilés, à rétablir l’exercice des libertés individuelles et publiques et à permettre à la population de prendre conscience complète de l’enjeu. J’invite d’avance les informateurs du monde entier à assister, sans entraves, à cet aboutissement décisif. »

Pour une partie des responsables de la révolution, dont Farhat Abbas, il faut « saisir la balle au bond » et pour Lamine Debaghine, la position française est en train d’évoluer et elle évoluerait encore rapidement dans le sens attendu par les algériens. Pour les ultras de l’Algérie française, c’est évidemment une trahison. (Histoire intérieur du FLN)

Cependant, l’indépendance est encore loin. Et il faudra encore bien des efforts de part et d’autre, ainsi que beaucoup d’autres martyrs, pour que de véritables négociations soient entamées et qu’une lumière apparaisse au bout du long tunnel de « la nuit coloniale ».

Zineb Merzouk

Sources :

  1. Discours de Charles de Gaulle du 16 septembre 1959 in http://www.charles-de-gaulle.org
  2. Benjamin Stora, Le mystère de Gaulle. Son choix pour l’Algérie, Ed Robert Laffont, septembre 2009
  3. Gilbert Meynier, Histoire intérieur du FLN, 1954-1962, Ed Casbah, 2003 (P. 621)

 

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