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Contribution : la résistance algérienne à l’occupation coloniale française, le combat de Si Zaghdoud.


zaSi Zaghdoud Djama’oun naquit à l’aube du XIXème siècle, dans le massif de l’Edough (région de Sanhadja), non loin de Souk el Had (Aïn Mourkha ou Aïn Mokra selon l’orthographe officielle coloniale), l’actuelle agglomération de Berrahal, au sein de la famille des Ouled Djama’oun, de la tribu des Béni Mohammed-Sanhadja. 

Sa famille consacrait son temps, de père en fils, à l’étude des sciences islamiques. De ce fait, le jeune Zaghdoud était très cultivé, ce qui lui permit de décrocher des diplômes d’études supérieures à Constantine et à Alger. Son éducation, son intelligence, son éloquence ainsi que sa forte personnalité et son aptitude à diriger les hommes firent de lui, un chef très respecté de tous dans la vaste zone comprenant les terres de Sanhadja (autour du Benazzouz actuel), celles de Fedj Moussa et de Ouichaoua dont le commandement (caïdat) lui fut confié bien avant l’invasion colonialiste française de notre patrie.

Suite à l’occupation d’Annaba (Bône pour les colons français) en mars 1832, Si Zaghdoud décréta la mobilisation de toutes les tribus de sa zone de commandement pour organiser la lutte contre l’invasion du pays. Il installa le Q.G. de son armée tantôt à Sidi Akkacha, près de la Marsa, tantôt à El Harrouch, et ce, avant de rejoindre, en 1840, la tribu des Béni Salah, célèbre dans la résistance au colonialisme ainsi que durant la guerre de libération nationale (1954-1962). Cela lui permit de participer, en compagnie du chef de cette tribu, le Cheikh Ahmed Ben Chaïb, à la lutte contre l’envahisseur. Cette guerre embrasa le territoire compris entre la Calle et Souk Ahras.

De retour chez lui, Si Zaghdoud dut défier l’autorité du caïd Ben Berkouchi, représentant l’administration coloniale française auprès des indigènes, et le lieutenant Allaume. Ces derniers s’étaient dirigés, à la tête de 25 spahis (supplétifs de l’armée coloniale française dont l’uniforme était composé notamment d’un turban, d’un seroual et d’un burnous), vers la tribu de Si Zaghdoud, les Béni Mohamed de Sanhadja. La troupe ennemie arriva chez les Béni Mohammed le 19 juin 1841, à 9 heures. En plus de l’impôt réclamé par l’autorité coloniale, le lieutenant Allaume exigea qu’on lui donnât de l’orge pour son cheval et ceux de la troupe et du caïd Ben Berkouchi.

Si Zaghdoud et sa tribu refusèrent de donner l’orge et déclarèrent qu’il n’avaient pas de quoi payer l’impôt exigé par le caîd et l’administration qu’il représentait. Au cours de l’après midi, Si Zaghdoud et les siens réussirent à mettre hors de combat le lieutenant Allaume et tous ceux qui l’accompagnaient.
Pour venger la mort du lieutenant Allaume et de ses militaires, le colonel Senihles quitta la ville de Bône (Annaba) à la tête d’une importante armée dans le but de capturer Si Zaghdoud ”mort ou vif” et de décimer sa tribu et son armée de moudjahidine. Ce général fit brûler un grand nombre de mechtas (hameaux) dans le massif de l’Edough mais finit par subir l’attaque de Si Zaghdoud et de ses troupes, à Aïn Bouhaddad (l’actuel Seraïdi). Le corps expéditionnaire français perdit 60 hommes. Il dut évacuer un grand nombre de blessés. Beaucoup d’armes furent ainsi prises par les Algériens.

Ces exploits donnèrent la possibilité à Si Zaghdoud d’asseoir son autorité, dès juillet 1841, des limites orientales d’Annaba au Cap de Fer, à l’ouest. De jeunes cavaliers et fantassins des campagnes et des villes affluèrent vers lui.
En septembre, Si Zaghdoud et ses moudjahidine se fixèrent dans les montagnes entourant Skikda. Cette localité, plusieurs fois millénaire, fut occupée, le 7 octobre 1838, par le maréchal Valée, alors gouverneur général de la colonie, et une importante armée.

Dès son arrivée dans cette région, Si Zaghdoud organisa ses effectifs constitués d’éléments issus des tribus qui lui firent acte d’allégeance au début du mois d’août de la même année et lui attribuèrent le titre de Sultan . Outre sa tribu des Béni Mohammed-Sanhadja et les tribus alliées dont les Béni Salah, celles qui le soutinrent dans la lutte contre l’envahisseur dans la région de Skikda étaient les Ghedjadjeta de la plaine de Guerbès (Azzaba), les Arb Skikda (Oued Fendeq, Azzaba), les Sanhadja et Ouichaoua de la zone s’étendant de la Marsa à Fezzara, les Ouichaoua Rifia de Collo, les Béni Mehenna et leurs fractions des Béni Béchir, M’salla, Ouled Khezar, Hadjedjma,

Medjadjda, Zeramna, Taâbna, Ouled Nouar, Daïboun (autour de Collo, Tamalous et Skikda). Nous n’omettont pas de citer les tribus des Béni Toufout (autour de Collo et de Tamalous), Béni Ouelbane et Ouled El Hadj (Sidi Driss, Béni Ouelbane, OumToub, Sidi Mezghiche), Béni S’haq (Mdjez EdChich (Roberville de 1838 à 1962), Zitouna (Bessombourg de 1838 à 1962) du mont Goufi, près de Collo), Béni Bou N’aïm du Goufi, Zerdaza ( autour d’El Harrouch et d’Azzaba), Eulmi ou Laâlama des Toumiette (col du Contour dans la région de ‘Ayoun Bouziane (Col des Oliviers durant la période de domination coloniale), Ouled ‘Attia des Toumiette, Ouled ‘Attia de la Kabylie de Collo ou Massif de Collo, Ouled Maâzouz, Béni Fergane de Oued Z’hor-El Milia et, enfin, Ouled Rouached et Ouled ‘Aïdoun d’El Milia.

Si Zaghdoud organisa le blocus de Philippeville (Skikda). L’étau, autour de la ville, se resserra durant l’hiver de l’an 1842. Les Algériens contrôlèrent la voie menant de Skikda à Constantine et celles menant à Annaba, ainsi qu’à Collo et Jijel. Le Philippeville colonial, vite ceinturé par une imposante muraille, ne pouvait plus être approvisionné que par voie maritime, à partir de Bône (Annaba).Les combattants algériens menèrent différentes actions qui visèrent des colons et s’introduisirent dans l’enceinte de la ville, à maintes reprises, pour mettre hors de combat les sentinelles des remparts.
Le colonel français Le Breton tenta une sortie, à la tête du 62ème de ligne, dont une rue du Philippeville colonial portait le nom ( le Decumanus de Rusicade, rue Boudjemaâ Lebardi après 1962), et ordonna le ratissage du territoire de Zerdaza, Tengout, Oum Enmel et de toute la zone s’étendant entre le Cap de Fer, à l’est et Skikda et de là jusqu’à Collo, à l’ouest. Le 9 mai 1842, Si Zaghdoud en compagnie de mille cavaliers du massif de Zerdaza, fonça, malgré l’usage de l’artillerie par l’ennemi,sur le camp du colonel Le Breton et l’obligea à quitter les lieux en toute hâte. Le 62ème de ligne laissa sur le champ de bataille une très grande quantité d’armes et de munitions.

Après ce succès, Si Zaghdoud attaqua, le 20 mai, le centre d’El Harrouch avec un effectif de 4000 à 5000 combattants et chargea son khalifa, Abderrahmane, de mener l’attaque du camp d’Eddis, situé entre Saint Antoine (El-Hadaiek) et Saint Charles (Ramdane Djamel), avec 2000 hommes. L’opération de Si Zaghdoud, après deux jours d’affrontement, fut couronnée de succès. Quant à son khalifa Aberrahmane, homme d’une intelligence très vive, il réussit à détruire le camp d’Eddis. Suite à ces actions, Si Zaghdoud, envisagea l’organisation du siège de Constantine. Avec ses compagnons, il intensifia la lutte, sur tout un territoire s’étendant des monts de l’Edough, à l’est jusqu’aux confins des Béni Fergan, à l’ouest et de la mer, au nord à la zone de Condé-Smendou (Zirout Youcef, actuellement).

Des troupes ennemies, venues de Bône (Annaba), Guelma, Philippeville (Skikda) et de Constantine, encerclèrent l’Edough et plus particulièrement, la zone de Sidi Akkacha, près de la Marsa, la nuit du 2 au 3 mars 1843. C’est au cours de cette nuit que Si Zaghdoud, après avoir combattu héroïquement, tomba au champ d’honneur. Sans le moindre respect du à son rang, les militaires français demandèrent à un collaborateur turc, un ancien janissaire, de le décapiter avec son yatagan. Sa tête fut exposée à Bône, Philippeville et Constantine.

Le flambeau de la résistance ne s’éteignit pas pour autant .La lutte se poursuivit, malgré les expéditions punitives contre les mechtas et les douars, jusqu’en 1860, sur le même territoire, dans la même région, sous les directions successives de Si Mohammed Ben Abd Allah Ben Lahrach, de Baghrich, d’El Boudali, de Mohammed Ben Sidi Abd Allah Ben Yamina.

 

Mahieddine Chebli

Professeur d’histoire et géographie

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