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CONTRIBUTION : LA GUERRE DES DEUX CANONS, par Farid Ghili


pirateCette guerre entre l’Algérie et la France, durera près de vingt ans.

La période que les spécialistes nomment « Siècle de la course » (1580-1699) est entamée depuis quelques années déjà. De nombreux corso-pirates européens, qui considéraient la Régence d’Alger, comme leur bonne fortune, se mirent sous sa bannière étoilée*.
 
 
Parmi ces «Turcs de profession », un capitaine Flamand (Hollandais), qui en 1606, avait obtenu des lettres de marque de l’état de Zélande pour courir contre les espagnols, s’installa à Alger avec navire et équipage. Mais contrairement à la majorité des chrétiens, qui finirent par embrasser l’Islam, un acte qui les enveloppera du statut infâmant de « Renégat » par leurs anciens coreligionnaires, le Capitaine Simon SIMONSEN (ou DANSA, ou DANZA ou encore DANSER) dit LE DANSEUR, ne se convertit pas à la religion musulmane.
 
En trois années seulement à la tête d’une escadre d’Alger, il eut à son actif près d’une quarantaine de prises. Sa renommée fut telle que les algériens le surnommèrent « Dali Captan »** . Mais en 1609, après avoir obtenu le pardon de S.M. très chrétienne, il engagea ses services au profit de Marseille, où son épouse résidait.
Les transfuges étaient monnaie courante de la part des « Corso-pirates-condottière », qui n’hésitaient pas à proposer leurs services, à des états différents, quelle que soit leur religion. Ils étaient mus par un seul objectif : Le lucre. Mais DANSEUR, ne se contenta pas de changer pour la 3ème fois de protecteur, il emporta dans sa soute, deux canons en bronze, que le Beylik lui avait prêtés pour l’armement de son vaisseau.
 
Si la félonie de DANSEUR, provoqua la colère d’Alger, l’inadmissible vol des pièces d’artillerie, considéré comme un acte de guerre, fut le mobile qui mit le feu aux poudres. Le refus du Gouverneur de la Provence de restituer ces pièces, fera naître un casus belli, qui déclenchera les hostilités entre la Régence et la France, pendant vingt ans.
 
Trois mille corsaires algériens, sillonneront la méditerranée, en déployant une activité inouïe, heureux de pouvoir tomber sur une riche proie sans avoir à craindre les vengeances de la Porte et les réclamations des consuls. Une affaire tellement fructueuse que tout le monde voulait sa part du gâteau. « Les femmes elles-mêmes s’en mêlèrent et vendirent leurs bijoux pour acquérir le droit de participer au butin. Jamais Alger ne fut plus riche », rapporte H.D De Grammont.
 
Les pertes pour le commerce français furent énormes, mais c’est Marseille le nouveau port d’attache de DANSEUR, celui par qui le malheur était arrivé, pour les marseillais, qui fut le plus touché. La riposte française, tant administrative, (interdiction de commercer avec l’Afrique du nord), que militaire, (armement des navires marchands), malgré quelques coups d’éclats, à l’image de l’attaque contre le Bastion de France, fut sans conséquence notable pour la Régence. Bien au contraire, le commerce français s’appauvrit, alors que les corsaires algérois accroissaient considérablement leurs prises.
Dans ces conditions, les français étaient contraints de négocier la paix. Un premier traité de paix en 1619,qui fut rompu aussitôt par Alger, après l’assassinat de ses 45 négociateurs, à Marseille, par la populace déchaînée, qui les égorgea, après avoir mis le feu à l’hôtel qui les abritait . Cet acte ignoble entraîna de plus belle la reprise de la guerre. Les prises succédèrent aux prises pour les algériens.
 
C’est tout naturellement Marseille, quasiment ruinée par ce conflit et donc particulièrement intéressée à la cessation des hostilités, qui s’adressa au Roi Louis XIII pour trouver une solution diplomatique. Après d’âpres négociations à rebondissement, qui s’étalèrent de 1626 à 1628, il fut décidé la remise en liberté des esclaves algériens, puis la restitution les deux canons, tout en gratifier le Pacha et le diwan d’Alger, d’impressionnants présents. En contrepartie, Alger assurera aux vaisseaux français la liberté de naviguer et commercer avec les cités algériennes.
 
Ces dispositions qui permirent aux algériens d’obtenir gain de cause à leurs revendications, engagea Hussayn, Pacha d’Alger, à signer, le 19 septembre 1628, le traité de paix, qui mit fin à quasiment, 20 ans de guerre.
 
 
* La bannière algérienne était verte, semée d’étoiles sans nombre, et quelquefois de demi-lunes et de croissants
** Le Capitaine Diable, d’après le Père Dan (Histoire de Barbarie, p. 274), mais dans ce contexte Dali signifie « téméraire ».
 
Sources : 
  1. Moulay BELHAMISSI : Alger la ville aux 1000 canons,
  2. Lemnoueur MERROUCHE : La course, entre mythe et réalité
  3. H.-D. DE GRAMMONT :Relations entre la France et la Régence d’Alger au XVIIe Siècle. Avec, entre autre, l’affaire des deux canons de Simon Dansa.
  4. Père DAN : Histoire de Barbarie et de ses corsaires. Paris, 1637

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