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Conte: Sadket bint el malik Ranjès, koul kelma aliha Dinar -Suite et Fin- Bent el malik Ranjès


2f9894f928561fafedf4749af1be2882En rentrant chez lui, le soir, Ali trouva la jeune fille que sa femme présenta comme étant une cousine orpheline, venue pour l’aider et lui tenir compagnie. Ali trouva l’idée généreuse et traita la jeune fille comme un membre de la famille.

«Sois la bienvenue, lui dit-il !»

«Je te remercie, mon oncle, répondit la jeune fille.»

Des jours puis des mois passèrent et un premier bébé de sexe féminin égaya le foyer d’Ali qui choisit pour sa fille, le nom de Selma, au grand bonheur de tous. Puis vint un petit garçon. La jeune fille se montra très dévouée vis-à-vis des enfants qui le lui rendirent en tendresse et en amour. Ils l’appelaient khala. Elle se rendit très utile dans la maison et s’acquitta de toutes les tâches ménagères. Elle démontra une grande patience et surtout une grande maîtrise de l’art de la musique.

 

«Où a-t-elle appris tout cela?» s’interrogeait parfois Chaima, sans attendre de réponse.

Un soir, à l’heure du thé, les enfants allèrent vers la jeune fille pour lui demander avec insistance:

«Raconte-nous une histoire, s’il te plaît, khala!»

«Je veux bien, répondit la jeune fille, mais je ne peux raconter qu’en présence de tous les membres de la famille. Il faut que tout le monde soit réuni.»

«C’est très facile, dit la maman intéressée, Ali vient de terminer la prière, tu peux commencer.»

«J’ai une autre condition, ajouta la jeune fille : il faut une sinia, une bougie dans son bougeoir et un luth aussi.»

«Ce sera fait», répondit Chaima.

La bougie dans le chandelier brûlait, les enfants et leurs parents attendaient. La jeune fille tira de son luth la même musique douce produite par la clé au contact des choses et commença un récit étrange:

«Je suis Massir, la fille de Selma la pure et du malik Ranjès aux immenses pouvoirs.»

Alors, la bougie se mit à parler pour dire :

«Sadket Bent el malik Ranjès, khalha Ali eljalis oua koul kelma ‘aliha dinar !» (Dis vrai la fille du roi Randjes, la nièce d’Ali qui est assis (là) et chaque parole vaut un dinar).

Aussitôt, une pièce en or tomba et tinta contre le cuivre de La sinia. La jeune fille poursuivit tout en jouant de son instrument :

Un jour alors que Selma passait près du puits, un brin de jasmin s’adressa à elle pour lui proposer un terrible choix…

La fille du roi Ranjès, la nièce d’Ali qui est assis là, dit vrai et chaque parole vaut un dinar en or, dit la bougie, au moment où un beau dinar, tout luisant, tintait contre le cuivre de la sinia.

«Selma, lui dit le jasmin, si tu me prends je t’engrosse si tu m’abandonnes je t’affole », (khditini nhabkek, khalitini nhablek) continua la conteuse.

La bougie confirma les dires de Selma selon le même rituel.

Selma s’est trouvée face à un terrible dilemme. Elle considéra la première proposition du brin de jasmin :  « je deviendrais folle ; je déraisonnerais ; je prononcerais des paroles ignominieuses, j’errerais sur les routes ; personne ne me supporterait : je serais une honte pour mon frère. Je ne puis lui infliger ce mal, se dit-elle. »

La musique sortie des cordes du luth et la bougie, Soutinrent les paroles de la jeune fille pendant qu’un autre dinar tombait dans la sinia.

Elle envisagea alors, l’autre proposition du brin de jasmin «je me laisse engrosser, j’aurais un gros ventre. Que ferai-je de l’enfant ? Où le cacher ?… C’est impossible :  je ne puis infliger cette terrible honte à mon jeune frère.»

Les notes s’élevèrent en harmonie avec les paroles de la bougie qui appuya les propos de la conteuse. Une autre pièce en or vint grossir le tas, sur la sinia.

 Selma opta pour la dernière décision en se disant : «je garderai la maison, je saurai comment dissimuler ma grossesse et même ma maternité.»

La musique se fit plus grave et le choix fut attesté par la bougie tel un témoin digne de confiance.

«Oui, Massir, la fille de Selma la pure et du puissant Ranjès, la nièce de Ali eljalis dit vrai et chaque parole vaut un dinar en or.»

La conteuse poursuivit de sa douce voix accompagnée par les mélodies du luth qui semblait n’avoir aucun secret pour la jeune fille.

Selma prépara avec soin la pièce où elle me mit au monde, moi, sa fille, et régulièrement, comme le ferait une mère attentionnée, elle me nourrit de son lait et m’entoura de tous ses soins.

Les paroles de la bougie mêlées à la musique appuyèrent ces propos en répétant les mêmes phrases. Un autre dinar ponctua les dires.           

Massir ajouta :

«Je grandis dans le secret de la chambre, derrière la porte close, attendant son arrivée comme un rayon de soleil… Sentant sa mort prochaine, ma mère, Selma la pure, me fit ses adieux et me demanda de garder le lit, sous la protection des bougies aux ordres de mon père.»

La musique se fit très triste. Et les larmes de cire chaude coulèrent sur le bougeoir.

C’est ce qui arriva, assura la bougie, pendant qu’un autre dinar tombait sous les regards médusés de l’assistance.

Massir poursuivit calmement en jouant de son luth.

 Elle alluma deux grandes chandelles comme le lui recommanda mon père, le puissant malik Ranjès, commandeur des forces occultes.

La bougie rappela alors que la fille de Ranjès, la nièce d’Ali Eljalis, disait vrai et que ses paroles valaient leur pesant d’or.

Ma mère, Selma, posa un baiser sur mon front et je m’endormis jusqu’au jour où Chaima vint me réveiller me sortir de ma cachette. J’ai vécu avec vous et vous m’avez aimée et protégée. Mon père aux puissants pouvoirs vous est très reconnaissant. Je suis la fille de Selma la pure et du malik Ranjès, la nièce d’Ali qui est assis là, devant moi et la cousine de vos enfants.

 La bougie qui avait fini de se consumer dit alors :

«Je me suis consumée comme s’est consumée l’histoire de Selma la pure et de sa fille Massir… Ma cire refroidira et tombera dans l’oubli mais on gardera en mémoire le courage d’une femme qui a su protéger son honneur et son enfant.»

 Ali, fut très heureux de découvrir Massir car à travers elle, c’était Selma qu’il retrouvait. Il en oublia de reprocher à sa femme d’avoir enfreint l’interdiction d’ouvrir la porte et de briser le serment fait à sa sœur.

Massir, la fille de Selma et de malik Ranjès vécu dans le bonheur au sein de la petite famille qui l’aimait beaucoup.

 

Source: D’aprés  le livre «Contes du terroir Algérien» Volume 1,  Editions DALIMEN

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