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Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

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Conte – La chance peut passer deux fois.


il_570xN.1189137917_fkyyIl était une fois, dans les Aurès, deux frères qui héritèrent d’un terrain. Juste après la mort du père, ils décidèrent de partager le champs en deux parcelles égales. Les frères étaient forts et ne rechignaient pas à la tâche. Chacun entretenait son champ du matin au soir, désherbant, labourant, semant, arrosant. Mais chose étrange, la parcelle de l’aîné était toujours verte et donnait plein rendement, celle du cadet restait aride.

Le jeune frère désespéré, ne s’expliquait pas le phénomène car il s’agissait de la même terre. Il redoubla d’effort mais en vain. Sa parcelle ne donna jamais rien. Il passait chaque jour devant la parcelle du frère et ne manquait pas de se dire : 

-« Ce n’est pas une question de travail mais une question de chance. Où est donc ma chance ? « 

Il décida de partir à la recherche de sa chance. Il partit tôt le matin et avant d’atteindre un col, lui parvinrent des aboiements lointains d’un chien. Tendant l’oreille, il parcourut un long chemin mais ne rencontra aucun animal de se nom. Cependant il se retrouva devant un des vergers de son frère. Il vit filer entre les arbres, une femme. Il la suivit et finit par la rattraper : 

-« Qui es-tu ? lui demanda-t-il »

-« Je suis la chance ! « 

-« La chance dis-tu ? « 

-« Oui mais la chance de ton frère Je visite régulièrement ses champs pour les protéger et pour l’aider à fructifier ses efforts. »

-« Et moi, alors, où est ma chance ? demanda le puîné intéressé. »

-« Toi aussi tu as de la chance, c’est sûr, mais ta chance est un peu capricieuse. Un jour elle s’était présentée chez toi sous les apparences d’une chienne, car elle aime bien se déguiser. Mais ta femme la chassée à coups de pierres. »

-« Où puis-je la retrouver ? insista-t-il. »

-« Elle s’est sauvée en courant et dans sa course, elle est tombée dans un puits entre les montagnes. Elle aboie tout le temps pour que tu viennes la chercher mais tu ne l’entends pas, voilà tout ! »

-« Il faut que je retrouve le puits et ma chance, décida le paysan ! « 

Il demanda aussitôt à la femme-chance de son frère de l’aider. La femme lui indiqua le chemin en lui précisant que lorsqu’il s’approchera des lieux, les aboiements de la chienne le guideront.

Il partit par les routes à la recherche du puits entre les montagnes, où il retrouva sa chance sous les apparences d’une chienne au poil doré. Il la porta sur son dos, tout heureux de l’avoir retrouvée. Il partit ainsi de part le monde. Le jeune homme et sa chance menèrent une vie d’errance, demandant asile contre du travail.

Un jour, ils arrivèrent dans une ville prospère. Dans cette ville , il y avait un magnifique château qui attira la curiosité du paysan, qui n’en avait jamais vu d’aussi beau et d’aussi somptueux.

Mais quand il voulut y pénétrer les gardes lui barrèrent le chemin en lui disant :

-« C’est le château du roi, tu ne peux y entrer sans être invité ! « 

-« Je demande alors l’hospitalité du roi lui-même, il ne peut me la refuser, car je suis un voyageur et j’y ai droit durant trois jours comme le veut l’islam. »

-« Il te l’accordera mais sans la bête que tu portes ! lui dit le garde. »

« Jamais sans ma chienne ! insista le voyageur. »

Quand le sultan eut vent de ce qui se passait à l’entrée de son château, il voulut voir le voyageur qui se coltinait sa chance déguisée en chienne au pelage doré. Il lui offrit l’hospitalité en l’installant confortablement.

Mais comme le veut la coutume, contre l’hospitalité, le voyageur se devait de raconter à l’hôte tout ce qu’il avait vécu sur les routes.

L’homme à la chienne raconta alors  ses aventures depuis la mort du père. Le sultan qui dormait peu, trouva la compagnie de l’homme à la chienne, très réconfortante. Il ne voulait plus se passer de sa présence et quand les trois jours de l’hospitalité se terminèrent, le roi vint s’allonger au pied du lit de l’homme afin d’être réveillé lorsque se dernier voudra partir.

L’homme s’étonna de se comportement et le sultan dut lui avouer :

-‘Puisque tu acceptes la compagnie d’un chien ne veux-tu pas aussi de l’amitié d’un sultan ? « 

Pour le décider, le sultan lui présenta des cadeaux fabuleux et lui proposa d’être son vizir. Il alla jusqu’à lui donner sa fille en mariage afin qu’il héritât après sa mort de son vaste royaume.

L’homme dit alors au sultan :

-« Oh grand roi, je suis un pauvre paysan qui veille sur sa chance afin qu’elle ne le quitte jamais plus car ma chance est capricieuse et le moindre spectacle peut la distraire. Tu as la chance puisque tu es roi qui possède un trône et un immense royaume. »

Le roi lui fit alors une confidence :

-« Ce que tu vois n’est qu’apparence, car on me dépouille un peu chaque jour de tous mes biens. Ma chance m’a trahi car je n’arrive pas à neutraliser mes voleurs. »

Le jeune homme, eut une idée dictée par sa chance :

-« Je voudrait une tente en dehors de la ville et des moutons. Chaque soir tu m’enverra un mouton  et le reste est mon affaire. « 

Le roi donna l’ordre de planter une kheyma en dehors de la ville pour l’homme au chien doré. Et comme convenu, le soir tombant, on lui apportait un mouton. Les bandits qui surveillaient le château matin et soir, voulurent savoir. Il envoyèrent un espion qui colla son oreille pour écouter l’homme au chien dire :

-« En voici un d’égorger ! « 

Le brigand partit en courant décrire les faits aux autres.

-« J’ai pris mes jambes à mon cou et je me suis sauvé ! Je ne lui ai pas donné le temps de m’égorger. »

La scène se répéta le lendemain et les jours qui suivirent jusqu’au jour où le chef des brigands vint lui-même se rendre compte des faits. Il se trouva que le sultan lui-même, vint s’enquérir de la situation.

L’homme caressa sa chance qui se mit à aboyer très fort au moment où l’homme prononçait la formule en égorgeant le mouton : 

-« C’est maintenant le tour du septième. » 

Le chef des brigands confirma les dires de ses compagnons et crut fermement  que l’homme et son chien étaient des sorciers aux pouvoirs illimités et que les jours de la bande dans la contrée, étaient comptés. Il entra sous la tente de l’homme au chien et le supplia de l’épargner lui et ses compagnons. L’homme caressa alors sa chance et eut l’idée lumineuse de lui demander :

-« Le sultan est bon ! Rends lui ses biens et quitte le pays aussitôt, ainsi ta vie et celle de tes compagnons seront sauves. »

Le chef des bandits accepta le pacte mais l’homme caressa encore une fois sa chance qui lui donna l’idée de conseiller au roi de garder auprès de lui, ces hommes forts, courageux et expérimentés.

-« Ils sauront mieux que quiconque nettoyer le pays des autres brigands. »

Le roi accepta la proposition qu’il jugea fort intéressante. Quand à l’homme au chien, il préféra au trône et à la princesse, l’aventure, accompagné de sa chance qui lui était devenue très fidèle. 

 

Source : Contes du terroir algérien – Editions Dalimen

Illustration à la une: Ancienne illustration d’un homme jouant de Flûte à bec extérieur avec chien – Getty images

Illustration intérieure : Verger de C. Moreau 

 

 

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