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Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

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Ces Rustumides qui ont fondé Tahert et investi le M’zab


mozNi Chiites ni Sunnites, les Rustumides de la vallée du M’zab dans le Sud algérien, connus sous le nom de Mozabites aujourd’hui, sont une émanation du mouvement kharidjite : le précurseur du premier Etat musulman dans le Maghreb central, à Tahert dans l’ouest d’Algérie, dès 761.  

 

Désigné par le consensus d’un conseil de sages ibadites, l’imam Abd El Rahmen Ibn Rustum devient le fondateur de l’Etat rustumide, en 777. Tahert (ou Tihert) – l’actuelle Tagdemt située à une dizaine de km de Tiaret – en est la capitale. Les limites de son territoire ne sont pas bien définies, mais son rôle religieux est reconnu dans plusieurs régions d’Afrique du nord et même au-delà. Abd El Rahmen est originaire de Perse, il s’est établi à Tahert après avoir gouverné Kairouan et converti la tribu berbère des Infusen (Nefouça) au kharidjisme. Cette doctrine islamique comprend elle-même quatre branches : Azraqites, Najadât, Sufrites, Ibadites. Seul l’ibadisme a subsisté dont le nom revient à Abdullah ibn Ibad (de la tribu des Tamimi en Arabie Saoudite). Son chef spirituel et politique n’est pas choisi selon ses origines et son statut social ou encore selon la règle musulmane du Califat. Il doit être, d’après l’historien Mahfoud Kaddache, « l’homme le plus pur, le plus pieux, le plus savant sans qu’aucune supériorité de race n’attribuât aux Arabes le pouvoir de commander aux autres musulmans ».  

Il en est ainsi pour Rustum qui s’est intégré aux habitants autochtones de Tahert, épousant même une Berbère des Ath Ifren. Il fera de sa capitale ibadite un centre prospère grâce au commerce de l’or, il assure l’équité et la paix entre les différentes communautés (berbères, habitants originaires de Kairouan, Koufa ou Bassora, chrétiens autochtones) sous l’œil vigilant du conseil des sages. Il aménage des espaces urbains, développe les vergers et la culture maraîchère. Pour son fils Abd El Waheb et premier successeur en 784, le pouvoir ibadite repose principalement sur « les épées des Nefouça et les richesses des Mazâta », soit l’ossature de l’armée et le commerce de ces tribus berbères du Maghreb-est.  

 

Dissidence des Kharidjites 

En centre rayonnant, Tahert s’affirme comme une autorité indépendante du califat des Abbassides à Baghdad. La raison d’être du kharidjisme réside dans le libre choix du guide, de l’imam par les croyants, mais aussi dans l’interprétation rigoriste des textes, soit « l’observance de la loi de l’islam, appuyée sur la foi, les œuvres et la pureté de conscience », selon M. Kaddache. Avant de s’exiler en Afrique du nord, les Kharidjites se sont opposés, d’une part, aux partisans – Chiites – de Ali qui rejettent la légitimité du quatrième califat pour Muawiya (gouverneur de Damas), et d’autre part, à ceux – les Sunnites – de Othmane (les premiers étant accusés par les seconds de la mort de ce dernier en 655). Ils contestent l’idée de vengeance de ce meurtre, proclament la nullité du califat d’Ali, condamnent la conduite de Othmane. Ils apparaissent alors comme une dissidence sous les Omeyyades (661-750) en quittant les rangs d’Ali.  

Ces révoltés portent, désormais, le nom de Kharidjites (les sortants). Ils intéressent les berbères nord-africains pour leur vision collégiale du pouvoir. De nouveaux Emirats naissent alors, notamment ceux des Barghwata (744-1058), des Midrarides de Sijilmasa (758-1055) au Maroc, de Abou Qourra du côté de Tlemcen (742-789). Le mouvement kharidjite s’imposera aussi à Oman en 749 et au Yemen en 756.   

   

Une courte vie à Sedrata  

Les Rustumides, eux, seront marqués par plusieurs conflits, aggravés par la mort de leur fondateur. Ce dernier a même prédit : « Voici une ville où le sang ne cessera de couler et où l’on fera toujours la guerre ». Au lieu de continuer à choisir librement leur imam, les successeurs préfèrent une autorité dynastique héréditaire, à commencer par le fils de Abd El Rahmen dont la légitimité n’est pas reconnue par tous les Kharidjites. Le pouvoir rustumide s’affaiblit au fur et à mesure des luttes internes. Pis encore, Tahert voit exécuté El Yaqzân son dernier imam, en 909. L’armée des Fatimides, sous la direction du chiite Obeïd Allah renverse le pouvoir rustumide. Les Ibadites prennent la fuite et s’installent à Sedrata, près de Ouargla dans le sud algérien où des vestiges datant du Xe-XIe siècle) sont découverts en 1868. Leur existence y est relativement courte, non sans la préservation de leur culte.  

Ils reprennent le chemin de la migration et s’installent dans la vallée du M’zab. Ils y édifient une pentapole : El Atteuf (1010), Béni Isguen, Bou Noura, Melika (1048), Ghardaïa (1053) la cité cosmopolite construite sur une colline pour des motifs défensifs. Fidèles à leur identité, ils ont développé un commerce qui, au jour d’aujourd’hui en Algérie, représente une part importante de l’économie nationale. Ils construisent une autre ville, Berriane (1690). Ils ont pu conserver leur dogme dans toute la région. Leur conseil de sages codifie le mode de vie social, économique de la communauté tout en tolérant les autres rites musulmans. L’ibadisme a réussi à devenir une doctrine d’Etat, même s’il constitue une minorité islamique. Au-delà du M’zab, ses communautés sont implantées à Zanzibar, en Libye (Djebel Nefouça, Zuwara) et en Tunisie (île de Djerba). L’exception est à Oman : seul pays à majorité ibadite.  

  

Mohamed Redouane 

 

Sources  

  1. Chronique sur Les imams rostemides de Tahert par Ibn Saghir 
  2. Les Berbers dans l’histoire Les Ibadites par Gaid Mouloud.  
  3. L’ibadisme maghrébin en contexte fatimide (début Xe –milieu Xe siècle) par Cyrille Aillet 

 

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