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Cela s’est passé un 30 mars 1975, assassinat de Mohamed Racim


mohPeintre, calligraphe, miniaturiste, fondateur de l’École algérienne de miniature, Mohamed Racim a été assassiné avec son épouse, dans leur demeure à El Biar, le 30 mars 1975.

Le meurtre n’a jamais été élucidé. Cinq jeunes hommes d’El Biar avaient été arrêtés peu de temps après le crime. Ils auraient pénétré dans la demeure des victimes avec l’objectif de les voler et auraient commis ce double homicide. Mais après 6 ans d’incarcération sans procès, ils ont été relâchés. Le mystère demeure donc entier. Qui peut bien en vouloir à un artiste et de grande renommée par-dessus le marché ?

Mohamed Racim est né le 24 juin 1896 à la Casbah d’Alger, dans une famille d’artistes qui, en plus d’une tradition d’art, lui a légué le nom « Er Racim » qui, en arabe, signifie peintre.

Son père Ali excellait dans l’art de la sculpture et de la peinture sur le bois des appliques, des cadres et des coffres de mariées. Il créait de magnifiques miniatures et enluminures sur verres qui décoraient alors les intérieurs des familles algériennes.

Son oncle, Mohamed Bensaïd, et son frère aîné Omar ont aussi exercé ce métier délicat dans l’atelier familial. C’est là également que Mohammed Racim reçut les premiers enseignements du métier et les multiples secrets de l’art de la miniature dont il deviendra un grand maître plus tard.

Il révèle en effet dés son enfance, des qualités exceptionnelles : une remarquable maîtrise dans l’exécution, un sens inné du dessin et de la couleur et une imagination pleine de grâce et d’élégance.

A l’école des Beaux-arts d’Alger et au Cabinet de Dessin de l’Académie, il affirme la technique transmise par son père. Et la découverte de la miniature persane marquera une seconde étape dans l’apprentissage de Mohamed Racim. Elle fut décisive lorsque Nassereddine Dinet lui confia, en 1916, l’ornementation du livre « La vie de Mohamed », publié chez Piazza.

Ayant atteint une certaine notoriété, Racim entreprendra son premier voyage en quête de l’histoire de l’enluminure et de la miniature. Il visita successivement Paris, Cordoue et Grenade où l’art de la miniature était florissant. Après son retour, il exécutera des travaux divers, dont la décoration du texte des « Mille et une nuits » de Joseph-Charles Mardrus. Après un bref et discret passage au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale de France, il voyagea encore et encore. A Londres, d’abord, où il rencontre Sir Denison Ross, maître des études iraniennes, qui lui facilite l’accès des musées et des collections de Londres. Mohamed Racim poursuit son périple au Caire, à Rome, Vienne, Bucarest et Stockholm où il expose la somme de ses ouvrages.

Au musée Galieni, à Paris, il monte sa première exposition. L’accueil est des plus enthousiastes, tant de la part du public que de la presse qui saluent en lui l’artiste qui monte.

De retour en Algérie en 1932, il reçoit le grand prix artistique. Et à partir de 1934, il se consacre à l’enseignement à l’École des Beaux-arts d’Alger.

A cette époque, grâce à lui, l’Algérie possédait la première place dans le monde de l’art miniatural. La célébrité du maître était telle qu’il faillit émigrer en Inde où sa présence était réclamée. C’est qu’à force de travail et d’intelligence, il écartait les altérations dues aux apports néfastes de l’occident et faisait jaillir de quatre siècles et demi d’obscurité l’éclatante fraîcheur de l’œuvre originelle.

Par ces descriptions, sa miniature renvoie à la société algérienne d’antan : images toutes en poésie, dénotant une extrême sensibilité et un souci permanent de rapporter fidèlement des scènes de la vie sociale, dans des décors minutieusement étudiés, comme les avaient conçus les artisans-décorateurs de l’époque. Minutie, patience, poésie, sens du décor, sûreté de main, choix des nuances, sont autant de facteurs qui président aux créations de Racim qui ne fera qu’une courte incursion dans la peinture à l’huile.

Georges Marçais, le grand spécialiste de l’art musulman, voit en lui un artiste aux dons exceptionnels. Il le surnomma le « chantre d’Alger », qui a « le culte de sa ville natale, il en aime le passé d’hier et de jadis, il restitue ce passé héroïque ou familier à l’aide de ses souvenirs encore vivants autour de lui ». Les deux hommes travailleront beaucoup ensemble.
En 1950, pour marquer le succès des expositions de Racim dans les trois capitales des pays scandinaves, la «Société Royale d’Angleterre des miniaturistes et peintres» l’élit membre honoraire.

En 1963, il participa à l’exposition des « Peintres algériens » organisée à Alger pour la célébration du 1er novembre. L’exposition était préfacée par Jean Sénac. Puis en 1964, il participera à celle qui est présentée à Paris au Musée des arts décoratifs.

Parallèlement à l’enseignement, Racim œuvre dans le cadre des commissions de sauvegarde des sites et monuments historiques, notamment, de la Casbah d’Alger.

Il meurt le 30 mars 1975, assassiné avec sa femme dans leur demeure à Alger. Les circonstances du meurtre n’ont jamais été élucidées.

Synthèse Khadija T.

Sources :

« Dictionnaire encyclopédique de l’Algérie », par Achour Cheurfi. Editions ANEP, 2007.

http://mracim.free.fr/

 

 

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