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Cela s’est passé un 26 mars 1962


fusilladeL’organisation de l’armée secrète française (OAS) mène une offensive à la rue d’Isly (actuellement Larbi Ben M’hidi), faisant une cinquantaine de morts parmi les civils, et 200 blessés.

Depuis début 1962, les entretiens d’Évian sont entrés dans une phase active, et chacun sait que la signature d’un accord France-GPRA est imminente. L’activité de l’OAS redouble. En métropole, l’attentat du 7 février 1962, au cours duquel la petite Delphine Renard est gravement blessée, en est un signe.

 

Mais l’escalade en Algérie est infiniment plus sanglante. Ce même 7 février, le général Salan, pour la première fois, autorise ses commandos à ouvrir le feu sur des soldats français, en cas de nécessité. Décision aggravée par une directive, dite OAS/29, en date du 23 février, commençant par cette phrase : « L’irréversible est sur le point d’être commis. »  Salan considérait donc qu’il fallait de toute urgence provoquer les événements par l’adoption d’une stratégie d’ « offensive généralisée » contre « l’Adversaire », nommément désigné : d’abord « les unités de gendarmerie mobile et CRS », considérées comme totalement fidèles au système, secondement « les unités de l’armée », peut-être « moins satisfaites de leur mission ».

Salan,  donnait alors comme consigne à ses activistes : « Ouverture systématique du feu sur les unités de gendarmerie mobile et les CRS. Emploi généralisé de “bouteilles explosives” pendant les déplacements de jour et de nuit. » On est en présence d’un vocabulaire de guerre civile, on a affaire à un appel ouvert au meurtre contre les forces de l’ordre, légalement mandatées. « Quels sont nos atouts ? » poursuivait Salan. Et il citait en premier lieu « la population » (sous-entendu : européenne), qualifiée d’ « outil valable […] considérée en tant qu’armée dans un premier temps et en tant que masse et marée humaine dans un temps final. »

Suivait enfin cette consigne, qui sonne douloureusement quand on connaît la suite rue d’Isly : « Sur ordre des commandements régionaux, la foule sera poussée dans les rues à partir du moment où la situation aura évolué dans un sens suffisamment favorable. » À l’appel au crime contre ses adversaires, Salan ajoutait l’irresponsabilité envers ceux qu’il disait vouloir protéger : il ne pouvait ignorer que, dans son entourage, il y avait des hommes prêts à tout, de véritables fanatiques. Les mémoires de Jean Ferrandi, 600 jours avec Salan, prouvent amplement que la direction de l’OAS était consciente qu’elle ne contrôlait pas tous ses éléments, loin s’en fallait. Donner la possibilité à ces hommes de « pousser la foule dans les rues », était vouer à la mort certaine des civils.

Dès le 19 mars, Salan réaffirme ses consignes à Radio France, la voix de l’Algérie française, captée par toute la communauté pied-noire : « Je donne l’ordre à nos combattants de harceler toutes les positions ennemies dans les grandes villes d’Algérie.»

Un nom va alors, durant ces terribles journées, symboliser le refus acharné du fait accompli : Bab-el-Oued.

Qu’est-ce, alors que Bab-el-Oued ? Un quartier de 50 à 70 000 habitants, pour l’essentiel des Européens de condition modeste ou moyenne. Mais Bab-el-Oued est devenu, avec le développement du conflit, un réduit des irréductibles de l’Algérie française, de cette catégorie de pieds-noirs qui n’avaient, eux, ni les moyens de se replier en métropole, ni les réseaux de connaissances qui leur auraient permis de le faire facilement.

Le drame du 26 mars 1962 

À la périphérie de Bab-el-Oued, les équipes de surveillance, qui contrôlent les barrages, sont sur le qui-vive. Le barrage mis en place rue d’Isly est confié au 4e régiment de Tirailleurs, et est sous le commandement du lieutenant musulman Daoud Ouchène.

Dans la matinée, toute la population européenne d’Alger est en effervescence. Le préfet Vitalis Cros comprend vite que l’emprise de l’OAS (qui avait appelé à manifester les partisans de l’Algérie française) sur la population européenne est telle qu’il risque d’y avoir des centaines de milliers de manifestants. De premiers jets de grenades lacrymogènes, par hélicoptères, ont lieu.

 

Vers 14 heures, bravant les interdits, de premiers manifestants se présentent devant la Grande Poste et s’engagent dans la rue d’Isly. Pourquoi ce lieu est-il important ? Les autres axes (boulevard Carnot, rue Alfred-Lelluch, rampe Bugeaud) ont été hermétiquement bouclés par des chevaux de frise. A rue d’Isly, on a manqué de barbelés.

Les slogans fusent :Al-gé-rie française… L’ar-mée avec-nous… La foule entonne La Marseillaise, puis l’inévitable Chant des Africains.

Le barrage mis en place rue d’Isly est compressé, ses défenseurs quelque peu impuissants. Les appels au calme sont sans effet aucun. Les quelques centaines de personnes qui ont franchi, sans véritable violence, le premier barrage, sont alors prises comme dans une nasse. En cas d’aggravation de la violence, elles seront les premières victimes. C’est ce qui arriva.

C’est alors qu’éclate un premier coup de feu. Il est 14 heures 45 – ou 50 –, les témoignages divergent légèrement.

À la question : qui a tiré ce coup de feu ?, il ne sera jamais vraiment répondu. Le haut-commissaire de France, Christian Fouchet, plus haute autorité de l’État en Algérie, écrira dans ses mémoires : « Les premiers coups de feu furent tirés d’un toit par un provocateur. Mais personne ne le prouvera jamais. »

Ensuite, durant plusieurs minutes, la fusillade éclate, apparemment un temps sans contrôle de la part des officiers français.

Les cris angoissés et répétés Halte au feu !, que l’on entend sur les bandes sonores, prouvent que, durant en tout cas quelques minutes, les ordres n’étaient plus respectés. Panique ? Vengeance ?

Les manifestants, sous le feu de projectiles venant de toutes les directions, courent, certains sont fauchés. D’autres se sont couchés sur les marches de la Grande Poste, elle aussi objet de tirs intensifs.

Enfin le halte au feu est respecté en milieu d’après-midi, et Yves Courrière décrira la fin de la fusillade comme telle :  des « Algérois, hébétés, hagards, les vêtements souillés de poussière et parfois de sang, contemplent le spectacle »Certains sont la proie de crise de nerfs. Partout, les cadavres sont allongés, mêlés aux blessés, à divers débris, à des éclats de vitres, des objets divers…!

 

 

 

Alain Ruscio
Communication du 17 mars 2012 lors de notre colloque organisé à Évian pour le cinquantenaire des accords.
Texte publié dans Le Lien 62, avril 2013

 

 

 

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