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Information historique et socioculturelle sur l'Algérie

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Cela s’est passé un 15 janvier 1958, le premier échantillon du pétrole d’Algérie est exhibé à Paris.


Capture d'écran 2018-01-16 12.17.34_previewUn ingénieur français du pétrole d’Algérie – dit Saharien par l’administration coloniale – descend en pleine nuit d’un avion à Paris. Il est apparemment fier d’apporter lui-même ce cher colis, une petite bouteille contenant du pétrole. Il l’a ensuite débouché, il en fait sentir le contenu à deux personnes sur l’aérodrome. Puis, il en déverse un peu dans une assiette blanche et l’enflamme avec une allumette. Voilà une petite flamme qui symbolise alors l’aggravation du conflit franco-algérien.

 

Il faudra attendre jusqu’à mars 1958 pour réceptionner cet or noir au port pétrolier de Martigues-Lavéra, annexe de celui de Marseille, via des tankers et alimenter ensuite les raffineries de l’Etang de Berre dans le Sud de la France. Le premier navire ayant assuré cette importation de 15 000 tonnes est Président Mény, du nom de Jules Mény, polytechnicien et ingénieur des mines qui sera le premier président de la Compagnie française des pétroles.  

 

Hassi Messaoud 

 Une première arrivée qui a d’abord nécessité un acheminement par la voie ferrée de 540 km. A Touggourt, des réservoirs sont remplis de pétrole venu par pipe-line de Hassi-Messaoud, là où le 13 juin 1956 l’association SN Repal/CFP a découvert le plus grand gisement pétrolier algérien. Ses réserves sont alors estimées à un milliard de tonnes, sept milliards de barils. Au terminal marin de Skikda (ex-Philippeville), les bateaux n’ont qu’à être chargés. Auparavant, en décembre 1957, il a fallu recourir aux barils jusqu’au port d’Annaba (ex-Bône), via un oléoduc long de 180 kilomètres. Un moyen de transport qui sera utilisé jusqu’en décembre 1959, date du début de fonctionnement du terminal (660 km) reliant Haoud El Hamra (au nord de Hassi Messaoud) à Mjara (Béjaïa). Il y a aussi la réalisation d’un oléoduc entre ln-Amenas (ex-Fort-Polignac) et le port de La Skhirra (une longueur de long de 780 kilomètres dont la pose est achevée en octobre 1960) en Tunisie, afin d’évacuer la production du gisement d’Edjeleh, localité limitrophe à la Libye où est enregistrée en janvier 1956 la première découverte du pétrole.  

 

Sahara, l’enjeu 

Cette exploitation ne passera pas sous silence en Algérie. La guerre se poursuit dans tout le pays et le Comité de coordination et d’exécution du Front de libération nationale s’adresse, dans un communiqué en 1958, au gouvernement tunisien: « Le FLN a l’honneur de préciser sa position en ce qui concerne le problème de l’exploitation par la France du pétrole saharien, notamment par la construction d’un pipeline à travers le territoire tunisien ». Il rappelle aussi avoir « attiré l’attention des gouvernements des pays du Maghreb sur la gravité de ce problème, et l’importance que l’Algérie combattante lui accordait dans la guerre qu’elle mène contre les colonialistes français ». Il est question, certes, de consolider la solidarité maghrébine et nord-africaine, mais aussi de contrer la tentative française d’obtenir la coopération du Maroc et de la Tunisie, sinon leur neutralité dans le cadre de sa politique saharienne. Revendiqué comme un territoire algérien par la direction du FLN, le Sahara contient des richesses en hydrocarbures qui constituent l’un des principaux enjeux durant les négociations algéro-françaises. Toutes les propositions françaises seront rejetées, notamment parce qu’elles n’ont pas inclues le Sahara comme partie intégrante de l’Algérie. Le Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) maintiendra cette position jusqu’à la signature des accords d’Evian, le 18 mars 1962. Le Sahara reste algérien, mais c’est là une autre histoire.  

 

Mohamed Redouane 

 

Bibliographie 

  1. Institut national de l’audiovisuel (ina.fr/archives algérie & Repères méditerranéens).  
  2. Histoire secrète du pétrole algérien de Hocine Malti (édition La découverte, Paris, 2010).  
  3. Contribution à l’histoire du pétrole algérien/1er novembre 1954 – 24 février 1971 (chronologie Abdelkrim Badjadja, consultant en archivistique, dans socialgerie.net).  
  4. Le Monde (article Le premier pétrole saharien).  
  5. Illustration : Archives Ina

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