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Cela s’est passé un 11 décembre 1960, manifestations des Algériens dans tout le pays


imagesCette date, très peu commémorée en Algérie, est pourtant décisive dans la Révolution. Elle a permis de faire connaitre au monde entier- et à quelques jours du réexamen du dossier algériens par l’ONU, prévu le 19 décembre- que le peuple veut sa liberté, son indépendance.

Alors que le FLN est affaiblit militairement et que les maquis sont décimés par les opérations militaires menées par le général Maurice Challe, les Algériens sortent dans la rue- à Alger d’abord, puis un peu partout dans le reste du pays- pour crier « Algérie algérienne », «tayha djazaïr», «Algérie indépendante» ou encore «Ferhat Abbas président», arborant le drapeau vert, blanc et rouge. Le message est on ne peu plus clair pour les pros Algérie française et pour De Gaulle qui venait d’entamer un voyage officiel de 6 jours en Algérie (depuis le 9 décembre) : le peuple devient acteur de son propre destin, il en est conscient. Son indépendance est inéluctable.

Mais cette manifestation sera, une fois de plus, réprimée dans le sang par la police française. On parle d’une centaine de morts et de 400 blessés. Parmi eux, des enfants et des adolescents.

Babzman vous livre un article très émouvant qui évoque justement ces algériens pas encore adultes et pourtant si courageux et si conscients.

La révolte des enfants algériens 11 décembre 1960 

Des mains nues contre des troupes coloniales armées jusqu’aux dents

 

Evoquer le 11 décembre c’est dérouler encore une fois une page d’histoire, l’histoire d’un pays pour lequel ce jour-là des enfants ont accompagné les adultes pour crier leur refus du colonialisme, leur fierté d’être Algérien, leur amour pour l’Algérie. Ils avaient 10, 12, 14 ou 15 ans et ils ont abandonné leurs jeux pour se joindre aux manifestants.

Ils s’appelaient Saliha, Farid, Omar et les rafales meurtrières les ont cueillis en plein envol vers la liberté.

C’est l’histoire très belle de ces enfants qui ont fait l’évènement durant les manifestations pacifiques du 11 décembre 1960.

Moins d’une année avant le 17 octobre 1961, à Alger où souffle déjà un vent de liberté, des manifestations s’organisent spontanément. Les témoignages concordent pour lier ces émeutes aux provocations ou « ratonnades » que des français (les « Ultras » excédés par les déclarations du général de Gaulle) défendant une Algérie qui n’a jamais été française, distribuaient aux algériens, aux « bougnoules » ou aux « ratons ».

Témoin oculaire au niveau d’un quartier arabe, un adolescent de 14 ans assiste impuissant le 10 décembre à l’interpellation d’arabes, ouvriers généralement, par des pieds noirs. Fouille, gifles, coups de pieds. Arrivés au monoprix de Belcourt, les français interpellent un jeune algérien et lui demandent ses papiers. Devant son refus, ils l’insultent. Le jeune répond à l’insulte. Un revolver est tiré. Sous la menace, les jeunes accourus pour aider leur camarade, laissent partir l’homme armé. L’autre se trouve pris en chasse par les jeunes, aidés d’écoliers. Il est battu.

Son copain est pris à parti par un autre groupe de musulmans qu’il continue de menacer de son arme. Intervention d’une patrouille qui remet de l’ordre en arrêtant le civil armé.

Mais les musulmans se sentent frustrés. Une contre manifestation submerge les français qui s’enferment chez eux. Les cortèges se forment avec une majorité d’enfants et ils commencent à manifester en criant des slogans nationalistes « Vive l’Algérie », « l’Algérie algérienne », « l’Algérie musulmane » « Vive le GPRA ». Le cortège s’agrandit et tous se joignent à cette manifestation spontanée pour crier leur colère et leur révolte.

Tirs des pieds noirs et des CRS sur les manifestants.

Les premiers morts et blessés. L’effervescence se propage vers d’autres quartiers et les parachutistes (bérets verts, bérets rouges, bérets noirs) sont appelés en renfort et sans sommation ouvrent le feu sur les manifestants. Le 11 décembre les manifestations se généralisent.

On voit alors tout un peuple déferler dans les rues et défier, poitrines nues, les troupes coloniales. Quelques témoignages nous donnent la dimension du combat et des sacrifices d’une jeunesse et une enfance qui avaient mis au-dessus de tout l’amour de la patrie. Ils se disputèrent l’honneur de porter l’emblème de la liberté, le drapeau algérien aux couleurs vert, blanc et rouge.

Ces enfants fous de liberté et d’espoir, au courage incroyable ont défié mains nues des soldats armés jusqu’aux dents. Ces enfants sont tombés pour la patrie, le drapeau algérien entre leurs mains. Ils ne joueront plus ni à la marelle, ni au football, ni à la poupée.

Parmi ces héros arrachés à la vie Farid Magraoui et Saléha Ouatiki.

Farid Magraoui avait 10 ans. Ce 11 décembre, l’effervescence de la veille reprend tôt le matin. Les manifestations commencent à Diar El Mahçoul. Un millier de manifestants défilent dans les rues de la cité. Une jeune fille était à la tête du cortège et arborait le drapeau. Au niveau du grand dispositif de sécurité précédé par des parachutistes (ceux de Bigeard) la percée que tentent les manifestants échoue et dans ce moment de confusion un officier arrache le drapeau des mains de la jeune fille. Farid réalise que cet acte est grave, il saute sur l’officier, reprend l’étendard de la révolte et s’envole avec ce symbole. Un parachutiste stoppe sa course vers la liberté d’une longue rafale de mitraillette.

Le corps criblé de balles, Farid tournoie, s’enveloppant de « son drapeau » et tombe, martyr à 10 ans !

Saliha Ouatiki est une petite fillette âgée d’à peine 12 ans. A Belcourt, ce 11 décembre les manifestations continuent. Youyou des femmes du haut des terrasses, slogans nationalistes. Le peuple ivre de liberté crie son refus d’être le colonisé, l’être inférieur, le raton, le bougnoule. Il crie son refus d’être français tout simplement après 130 ans d’occupation coloniale, de répression, de génocides, de spoliations de ses terres, d’humiliation, de déni de ses racines. Le peuple ne rêve plus, il se bat, il dit non à la colonisation, mains nues, poitrines nues.

Saliha joue ce matin-là devant chez elle. Elle a participé aux manifestations de la veille criant son désir de liberté, son amour pour sa patrie, chants patriotiques chantés par des voix fluettes et des poings fermés qui défiaient les armes et les uniformes. Ce jour là, comme la veille elle se joint au cortège et se laisse emporter derrière le drapeau algérien tenu par un jeune homme. Elle se mêle au défilé et se place en tête du cortège. Elle crie comme les adultes « Tahia Djazair (Vive l’Algérie) » « Algérie algérienne ». Devant un barrage de CRS Saliha fait partie de ceux qui ont forcé le barrage et poursuivent leur marche. Elle est heureuse d’être en tête du cortège et juste au-dessus d’elle flotte le drapeau comme une récompense à son courage. Le jeune homme qui le tient lui propose de grimper sur ses épaules pour avoir l’honneur de tenir le drapeau. Elle accepte immédiatement. Le drapeau flotte et le cortège avance. Arrivé au quartier européen, la vue du drapeau est insupportable aux pieds noirs armés. Des balcons des coups de feu qui visent Saliha sont tirés. Des coups de feu mortels.

Ayant constaté sa disparition, sa famille s’inquiète. Son frère court à sa recherche. Il la trouve agonisante. La foule fuyant sous les balles l’avait déposée près d’un kiosque.

Le 11 décembre, Place des Armes, basse Casbah, des milliers de manifestants hurlent leur ras le bol et crient leur soif de liberté face à des parachutistes (bérets rouges) armés et déterminés à tuer. Une jeune fille d’une quinzaine d’années aidée par les manifestants se hisse sur la statue du duc d’Orléans. Elle s’accroche à la tête de la statue, et de sa main libre elle tire ce merveilleux drapeau algérien caché dans son corsage et le laisse flotter sur ces cœurs pleins d’amour pour leur pays. Fiers d’être Algériens, tous lancent des « Vive l’Algérie libre et indépendante ». La joie est brisée par les fusils mitrailleurs. La jeune fille est la première à tomber, criblée de balles.

Le 12 décembre Bouarioua Chérif, 18 ans, La Glacière. Il veut accrocher un drapeau vert et blanc sur un poteau électrique. Le parachutiste lui tire dessus. Une rafale mortelle qui l’abat. Il tombe du haut de son poteau, baignant de son sang le sol.

Beaucoup d’enfants et d’adolescents ont été tués par les parachutistes ou les pieds noirs qui ont montré lors de ces manifestations leur haine de ceux qu’ils voulaient « civiliser » depuis plus d’un siècle !

Durant trois jours les manifestations ont fait trembler ces colonisateurs qui avaient cru que le peuple algérien était français. Le peuple a dit non et il a payé très cher son refus d’être colonisé. On dénombra officiellement 112 morts. Beaucoup d’enfants furent arrêtés et parqués avec des adultes dans des stades. Certains moururent de froid.

Si les Français savaient combien douloureuse est la mémoire lorsqu’elle fouille dans ses entrailles d’ancienne colonisée.

Si les Français savaient combien fut cruelle et inhumaine et destructrice la colonisation française en Algérie.

Si les Français savaient que la mentalité coloniale persiste et se fait voter une loi à l’Assemblée décrivant la colonisation comme un bienfait de la civilisation européenne sur toutes les civilisations non européennes.

Si les Français comprenaient que l’occupant d’un pays libre est toujours un ennemi comme le furent les nazis. Ils demanderaient alors des comptes à ceux qui, au regard de la loi internationale sont des criminels de guerre.

Qui osera raconter dans les manuels scolaires l’histoire de Farid et Saliha et les autres ?

 

Abida Z.

  1. Article publié le Dimanche 11 Décembre 2005, dans le site http://www.planetenonviolence.org

 

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