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Beauté et apparat de la mariée du M’zab (II)


Autochrome de Frédéric Gadmer (inv.A 61 419 S). © Musée Albert-Khan – Département des Hauts-de-Seine

Rituels de préparation de la mariée   

Pour la préparer au mariage, la jeune femme se fait appliquer du henné, la veille, aux pieds et aux mains. Sa mère orne sa coiffure d’une qamboucha, un bijou réservé aux jeunes femmes, la première année de leur mariage. Elle se pose sur la tête, laissant une frange sur le front, tandis que sur le milieu de la crinière, on fera avec les cheveux de devant, une tresse que l’on montera en chignon. Haut de huit à dix centimètre et presque aussi large, le tortillon sera orné de trois épingles d’or, appelés : khlaïl, pluriel de khlala, et dont les pointes seront cachées par trois ibzimen, pluriel de abzim, petites fibules rondes.

La future mariée est, ensuite, habillée d’une qmedja, chemise, blanche ou du corselet blanc à manches de tulle brodé, puis revêt le traditionnel timel’hafa, un précieux drapé d’étoffe de ton clair uni ou fleuri, retenu à la taille par une bande de laine orange ou de coton blanc. Aujourd’hui, cette bande peut être remplacée par une ceinture d’argent ajourée qu’on ne remarquait, autrefois, que sur les danseuses.

La mah’erma de soie, ce foulard soyeux rouge, viendra se poser sur ses cheveux (très souvent) noirs, déjà coiffés, au-dessus de laquelle on pose la hazzamyia, d’arrière en avant. La hazzamyia est une bande de soie rouge soulignée d’un liseré blanc et ornée d’un dessin au safran. Aujourd’hui, la hazzamyia n’est plus posée sur la tête mais sur les épaules, au lendemain du mariage.

Le jour des noces, la mariée porte peu de bijoux, formant un mélange de genres et de styles qui n’en constituent pas moins un ensemble attrayant parmi lesquels on peut retenir les bracelets et anneaux aux chevilles, les akhelkhalen. Ce croisement de style est décelable dans les matières, comme dans les techniques de fabrication mais aussi dans les types et les formes des bijoux. La particularité de la parure mozabite se distingue surtout dans le surnombre des bijoux portés. Ils sont agencés côte à côte sur la mariée, et leur ordonnancement se traduit par une succession de chaînes, broches et colliers de perles et d’or ainsi que de pièces de monnaie.

Dans tout cet ensemble, la plus originale des parures est sans nul doute celle qui orne la coiffure : la cambusa ou qamboucha, laquelle est composée de fibules d’or, à plaques triangulaires, de plaques décoratives et d’anneaux. Des pendants de tempes et des jugulaires complètent la parure.

Durant les cérémonies, à l’époque où ils comptaient encore 7 jours de festivités, la mariée changeait souvent de toilettes et de coiffure, et sa tignasse se trouvait enduite d’une pâte parfumée de pétales de fleurs et de safran. Les deux tresses des côtés étaient repliées et maintenues en arrière par leurs extrémités le jour du mariage. Une coiffure portée par les Mozabites que pour cette circonstance.

La chemise ou le corselet ainsi que le drapé, appelé timeleh’fa blanc uni ou brodé, étaient chaque jour changés et recouverts par une gandoura ou une â’baya. La hazzamyia, le foulard rouge, initialement posé sur la tête et noué devant, était retirée les jours suivants puis placée sur les épaules, la tête de la mariée s’en trouvait alors recouverte de foulards de couleur.

Sur sa poitrine, une grande voilette, appelée âb’rouq, était placée et attachée par des fibules, recouverte, en partie, par un joli mouchoir en soie, orné de dessins qui retombent sur la hazzamyia. Un autre âb’rouq de soie, d’environ vingt centimètres carrés, prenait place sous les cheveux.

Si le premier jour la mariée est parée de quelques bijoux, les jours suivants, elle sera recouverte de chaînes, broches et agrafes ainsi que de certains colliers en perles, de parfum solidifié (boules d’ambre) ou encore d’argent, appelés «thaglat», et composé de plusieurs boîtes à amulettes, suspendues à trois ou quatre chaînettes. Son visage sera encadré par des boucles d’oreilles ornées de verre taillé ou frangées de petites chaînettes.

Au quatrième jour, la mariée revêt un beau châle de laine noire brodé, appelé le khomri, et qui accessoirise la tenue appelée la jerbyia ou tajerbit. Les cinq et sixième jours, elle porte le haïk fait de laine blanche puis, au septième rouge, elle met le haïk des temps plus anciens, au tissage rouge.

La coiffure du dernier jour se portera aussi le lendemain des noces. Après que la mariée eut été transportée à dos de mule, de chameau, ou sous un palanquin, à la maison du futur mari où elle sera accueillie par sa belle-mère, on dénoue la qemboucha, laissant retomber les cheveux, séparés en trois nattes terminées chacune, autrefois, par un gland d’argent, appelé nouacha, semblable à celui qui garnissait le ruban du marié. Aujourd’hui, ces nattes sont liées en forme de catogan et la jeune épousée conserve au-dessus du front le bandeau de soie noir, appelé chenbir, sur lequel est appliquée la bande plus étroite de soie rouge, la hazzamyia.

Quelquefois, des nœuds de nuances vives, garnis de plantes odorantes, sont suspendus à ses nattes. De plus, l’on attachait la queue d’un chacal sous l’oreille gauche et un morceau de soufre contre le mauvais œil.

Pour le festin nuptial, les femmes continuent à préparer les philtres venus de Perse, et dont elles ont gardé le secret, comme le «couscous d’amour» et «l’eau de lune», afin d’attirer les bons esprits et détourner les mauvais.

 

Mounira Amine-Seka

 

* Calebasse : petite courge sèche, de la taille d’une main de laquelle on ôte le bout supérieur en y laissant attaché le pédoncule qui servira de couvercle.

Sources :

  1. Pichault, Le Costume traditionnel algérien. Ed. Maisonneuve & Larose, 2007. (206 pp.). Maisonneuve & Larose : 15, rue Victor Cousin, 75005, Paris, France.
  2. Rabah Abtout, Artisanat traditionnel d’Algérie. La génie d’un peuple. Editions Shfar. (115 pp.). Shfar : 12, rue Henri Dunant, Alger-Centre. Impression Anep, 2009.

 

 

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