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Aux origines de la blondeur des berbères, suite et fin


filleCertains auteurs, pensaient que les blonds, pour être du Nord, n’étaient pas, pour autant, des baltiques ou des nordiques, Celtes, Germains ou Aryens.

Bertholon, auteur avec Ernest Chantre des célèbres Recherches Anthropologiques dans la Berbérie orientale (1913), s’intéressait particulièrement à ce qu’il nommait « les Berbères de souche européenne » (1898). Il croyait initialement qu’il s’agissait de Celtes, puis crut qu’ils étaient Ligures (1888) ; il les découvrit enfin Danubiens (1893). Ces derniers seraient passés par l’Asie mineure et par l’Egypte pour arriver en Afrique du Nord. Afin d’appuyer sa démonstration, il utilise les sources égyptologiques, et particulièrement Rougé (1867) et Lenormant (1868), qui font état de Libyens blonds qui envahirent l’Egypte entre 2000 et 1000 av. J.-C.

A l’instar de Faidherbe (1873), Bertholon ne cite les Libyens blonds décrits par les Égyptiens que comme un moyen de datation de la migration des peuples nordiques ; pour lui, cela ne signifie pas qu’ils étaient effectivement des Libyens autochtones, sa théorie étant qu’ils furent Égéens et introduisirent la civilisation grecque en Afrique du Nord, comme pourrait en témoigner une étude de la culture kabyle (1913).

Le pragmatisme des blonds autochtones

La thèse de Shaw ne s’est toutefois pas seulement trouvée attaquée en ce qui concerne l’antériorité des blonds aux Vandales. C’est l’idée même d’une origine exogène de ceux-ci, qui fut critiquée dès Gibbon (1985, t. II, p. 97), lequel voyait en eux des autochtones éclaircies par le climat de la montagne. Périer (1873) faisait également provenir les Berbères de l’Atlas, refusant — bien qu’il n’évoquât pas explicitement les blonds — l’idée d’une origine étrangère des populations locales. Cette position sera ultérieurement celle de Sergi (1895, 1897, 1901, 1911), qui, reprenant les hypothèses de Hartmann (1876, 1880) et s’appuyant sur les travaux d’anthropologie militaire de Livi (1896), affirma que le blondisme n’est qu’un effet de l’altitude sur les populations méditerranéennes, observable aussi bien chez les Marocains de l’Atlas que chez les Italiens étudiés par Livi. Sergi développe cette argumentation dans The Mediterranean Race.

L’intérêt de l’hypothèse de Sergi nous paraît résider, moins dans la détermination de la cause du blondisme, que dans la comparaison, qu’il opère, entre une population italienne et une population berbère, comparaison sous-tendue par l’idée de race méditerranéenne. Que des blonds apparaissent en altitude en Italie et au Maroc, n’a de sens que s’ils appartiennent à la même race ; c’est-à-dire s’il s’agit, au départ, d’une population brune qui offrirait une variante adaptative blonde. Weisgerber objecte à la théorie de Sergi que les blonds d’Italie pourraient tout aussi bien être les survivants d’une ancienne race blonde (1910, p. 127).

 La théorie de l’Atlantide

Quand Périer (1873) parle d’Atlantes, qui constitueraient la population autochtone de l’Afrique septentrionale, cette dénomination désigne les habitants de l’Atlas. D’autres auteurs désignent par là les habitants de l’Atlantide ; c’est de ces habitants que descendraient les blonds. Généralement, les considérations ayant trait à l’Atlantide passent pour peu sérieuses quoique prolifiques, Bessmerty (1949) ayant recensé plus de 2000 publications traitant de la question. Il paraît cependant difficile de les méconnaître, dans la mesure où elles exercent un profond effet sur l’imaginaire du monde berbère, dont témoigne, par exemple, le roman de Pierre Benoit, L’Atlantide (1919).

Selon Berlioux (1883, p. 19), les blonds d’Afrique du Nord, seraient ethnogéniquement différents des bruns ; les blonds descendraient des Atlantes alors que les bruns descendraient des Gétules sahariens. Les blonds ne seraient donc pas des Berbères, et, sous le nom de Libyens, proviendraient, comme les Européens, de l’Atlantide. Cette idée est reprise par Levistre (1903, pp. 104-106), dans une longue communication à l’Académie d’Hippone ; ce qui lui permet d’expliquer la présence des blonds antérieurement à l’invasion vandale, tout en contrant les théories aryennes.

Le problème de la répartition du type blond en Afrique du Nord a été clos par la publication de Kidder et al. (1955), après qu’ils eussent signalé des fréquences de blonds analogues dans bon nombre de populations méditerranéennes. L’hypothèse du phénomène adaptatif, telle qu’elle fut proposée par Sergi, s’avère séduisante, car elle pourrait expliquer partiellement la variation biologique observable entre différents groupes berbères. Elle a, cependant, été critiquée par Gsell, qui a fait remarquer que, si l’on trouvait des berbères blonds dans les pays montagneux tel le Rif, la Kabylie ou l’Aurès, ils paraissent être forts rares dans le Moyen et le Haut-Atlas, où l’altitude est plus élevée (1920, p. 308). Néanmoins, si l’on se réfère au concept d’isolat, et, a fortiori, au mécanisme de la dérive génique, tel qu’il a pu être observé par l’étude de la fréquence des groupes sanguins dans les populations berbères Aït Haddidou (Johnson et al., 1964) ou dans de familles juives des oasis du Tafilalet (Ikin et al, 1972), on peut envisager la possibilité d’une dynamique endogène du blondisme (Ki-Zerbo, 1980). Ceci implique que ces différences phénotypiques ne sont point opératoires dans l’établissement d’une classification raciale.

*retrouvez la première partie, sur Babzman : http://www.babzman.com/2014/aux-origines-de-la-blondeur-des-berbere-partie-i/

Sources :

  1. Référence papier
  2. G. Boetsch et J.-N. Ferrié, « Blonds (Berbères) », Encyclopédie berbère, 10 | Beni Isguen – Bouzeis, Aix-en-Provence, Edisud, décembre 1991, p. 1539-1544
  3. Référence électronique
  4. G. Boetsch et J.-N. Ferrié, « Blonds (Berbères) », in Encyclopédie berbère, 10 | Beni Isguen – Bouzeis [En ligne],
  5.  http://encyclopedieberbere.revues.org/1768
  6. Source photographie : http://iferhounen.blogs.nouvelobs.com/media/02/02/2349077637.2.jpg

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2 thoughts on “Aux origines de la blondeur des berbères, suite et fin

  1. Milkade

    On voit bien que le sujet intéresse plus d’un, mais toutes ces études, quoique paraissant sérieuses , n’apportent aucune certitude scientifique, d’une part. D’autre part, pourquoi devons-nous toujours aborder ces débats identitaires avec autant de passion, pour ne pas dire d’intolérance? Je suis pour ma part fier et heureux de mon origine algérienne, laissons aux chercheurs le temps d’effectuer des travaux plus poussés (la technologie contemporaine étant un atout majeur, par rapport aux travaux effectués au dernier siècle), et plus réalistes. Il ne fait néanmoins aucun doute pour moi que l’origine des populations de l’Afrique du nord est multiple et diverse, et c’est celà qui est formidable : nous avons notre propre melting pot bien à nous, nous sommes d’origines multiples mais nous sommes les enfants d’une seule et même nation : l’Algérie. J’aime tous les algériens, ceux du nord, du sud, de l’est et de l’ouest. J’aime les algériens avec leurs différences culturelles, linguistiques, culturelles ou religieuses. Je les aime justement pour toutes ces différences bénies, et si constructives si nous savons bien les exploiter.
    NB: Si certains chercheurs européens ont assimilé l’origine de la blondeur des algériens à leur situation géographique (habitants des montagnes-Atlas ou autre) je vous apporte la preuve de leur fourvoiement : j’habite le sud de l’Algérie (Laghouat), je suis blond aux yeux clairs, ma famille aussi, ainsi que mes ancêtres, sur plus de 13 générations.

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  2. Lucy 33

    Avec des considérations aussi simplistes, on pourrait envisager le raisonnement logique suivant :

    1 – les blonds sont des peuples germano-celtiques du Nord,
    2 – les berbères d’afrique habitent le Nord,
    3 – les berbères d’afrique sont donc des blonds issus des peuples germano-celtiques du Nord.

    Restons prudent à l’égard des théories des origines qui sont le plus souvent des miroirs aux alouettes pour construire des mythes.
    Dans cet imaginaire, certains verront dans le berbère un Viking descendu d’une soucoupe volante qui s’est posée en Numidie !

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